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Le livre de Job
Sondez les Écritures - 3e année

Le cheminement moral des chapitres 3 à 31

Comme signalé plus haut, un titre de ce livre pourrait être : l’homme à la recherche d’une relation authentique avec Dieu. Cette investigation est décrite au travers du cheminement du souffrant, ce qui lui donne une note pathétique et très réaliste.

Arrivés à ce point du récit, nous nous trouvons dans une impasse soulignée par un double silence : les paroles de Job sont finies (31. 40), et les amis ne savent plus quoi répondre (32. 3). Essayons de comprendre comment l’homme arrive à cette voie sans issue, cela nous permettra de mieux saisir la réponse de Dieu.

1. Les tourments de Job

Angoisses et déceptions

  • Il craint d’être envahi par la peur (3. 25), et elle l’assaille. Cette frayeur (6. 4) lui fait apparaître Dieu comme un juge (10. 2), ou comme un ennemi (13. 24 ; 16. 9 ; 19. 11 ; 30. 21). Dieu lui semble loin (23. 3, 4), et l’avoir abandonné (16. 11 ; 30. 20). Le souvenir des soins de Dieu le remplit d’amertume (29. 2-5). Depuis qu’il a laissé le doute se glisser dans son esprit au sujet de la bonté divine, l’homme accuse Dieu.
  • Job admet que Dieu sonde tout et connaît ses péchés, mais ne comprend pas qu’Il ne laisse pas de côté ses erreurs : ignorant le pardon, il est irrité par l’existence de ses fautes et devient un fardeau à lui-même (7. 17-21 ; 13. 26). Il en vient à souhaiter échapper au regard scrutateur de Dieu (14. 16).
  • Job se sent incohérent aux yeux des autres quand il clame son innocence. Pour eux en effet, son malheur présent constitue un démenti cinglant (10. 14, 15 ; 16. 8).
  • Dieu a pour Job des projets qu’il ignore et qui l’angoissent (23. 14, 15) : la souveraineté divine est terrifiante si elle n’est pas accompagnée de la révélation de la grâce.

Les insinuations des amis

  • Alors que tu as enseigné les autres, ton état actuel fait penser que tu es un hypocrite (4. 2-7). Tu ne respires pas la vie abondante du croyant (8. 11-13), tu ne peux plus prier (15. 4) et tu as peur de l’avenir, comme les méchants (15. 21-24). Penser que nous ne sommes pas de vrais croyants à cause de nos inconséquences est un tourment sans issue, car cette pensée nous centre sur nous-mêmes.
  • Dieu ne maltraite pas les innocents (4. 7), et les terreurs que tu ressens sont un jugement sur tes fautes (22. 10) : tu ferais mieux de te réconcilier avec Dieu (22. 21), dont la colère te menace (20. 28). L’homme se croit pieux en craignant le jugement divin, mais la véritable piété est d’accepter le jugement mérité : nous savons maintenant qu’il est tombé sur Christ à notre place.
  • Les anges ne peuvent pas te servir d’intermédiaire (5. 1), et tu ferais mieux de rechercher Dieu (5. 8). Mais tu es si petit devant lui que ta justice ne lui apporte rien (22. 2-4) ; Dieu d’ailleurs en oublie une partie quand il pense à toi, sinon il t’anéantirait (11. 4-8). Mais jamais l’évocation d’un tel Dieu distant qui effacerait tout n’apaisera notre soif intérieure de justice.

2. Les vérités fondamentales

Tour à tour Job et ses amis évoquent des réalités qui proviennent de la connaissance qu’ils ont de Dieu.

  • L’homme a besoin de justice pour se tenir devant Dieu, mais il ne la trouve pas en lui-même (4. 17 ; 9. 2 ; 25. 4).
  • Il est atteint par le péché dès sa naissance. Il ne peut être qu’impur face au regard d’un Dieu saint (14. 4 ; 15. 14-16).
  • Il a besoin de pardon (7. 21) et de réconciliation (22. 21).
  • Il n’y a aucune ressource en lui pour faire face à ces exigences (6. 13 ; 9. 30-32 ; comp. Jérémie 2. 22).

Face aux terreurs et doutes intérieurs, aux incohérences de notre raisonnement, aux accusations des autres et de notre conscience, la connaissance limitée d’un Dieu juste laisse l’homme face à son angoisse.

3. Comment échapper au dilemme ?

L’homme cherche à tout prix à éloigner son angoisse pour survivre. Celui qui ignore Dieu s’étourdit dans le plaisir ou le travail, ou milite pour des causes humanitaires. Celui qui craint Dieu comme Job a deux façons de se rassurer :

  • soit il ne se voit pas tellement mauvais, et c’est la propre justice ;
  • soit il pense que Dieu finira par lui être favorable, et il cultive un espoir sans garantie.

La propre justice

  • Job tient ferme dans son épreuve, il ne renie pas son Dieu. Cette vertu devient la perfection sur laquelle il s’appuie (6. 10 ; 6. 29).
  • Il pense qu’il est sans péché, ou du moins qu’il n’a pas commis de péché susceptible de causer ce malheur (10. 6, 7, 14). Il veut bien admettre l’existence de fautes, mais lesquelles (13. 23) ? En tout cas, il refuse de porter maintenant les conséquences de manquements de sa jeunesse (13. 26 ; contraste avec DavidPsaume 19. 13).
  • Job se tourne vers le passé (chapitre 29-31), souhait douloureux de celui qui a du mal à faire face à la réalité. Il pense que sa piété lui permet d’espérer la bénédiction divine (30. 24-26), et que ses vertus peuvent constituer un titre à faire valoir devant Dieu (31. 35-37).

L’espoir sans garantie

  • Job entrevoit par moment une justice accordée gratuitement : même s’il était juste, il ferait appel à la grâce (9. 15 ; 17. 3 ; 19. 25).
  • Il ne s’agit pas d’une doctrine impersonnelle, mais c’est l’espoir en un Dieu favorable (7. 21 ; 14. 15), qui fasse attention à lui (23. 6), qui l’écoute (31. 35), qui soit un juge honnête (13. 13-19).
  • Job exprime la nécessité de trouver auprès de Dieu un arbitre (9. 33), un témoin et avocat (16. 19-21). Finalement le rédempteur ne peut être que Dieu lui-même (19. 25). Il arrive que le croyant goûte la joie de la rédemption et les consolations divines sans avoir saisi pleinement la justification dont il fait l’objet par grâce. Cette expérience est reprise en détail dans l’épître aux Romains.

Ces deux tentatives amènent l’esprit honnête à un raisonnement sans fin, car comment réconcilier la justice absolue de Dieu et la bonté qu’on voudrait lui prêter ? Qui peut nous garantir que cette bonté se satisfera de notre “à peu près” ? Si nous nous estimons justes, qui peut nous dire que cette justice est suffisante ? Dès lors, nous n’avons plus qu’à essayer de nous conduire toujours mieux, pour nous conforter dans notre irréprochabilité. C’est le cercle vicieux de la recherche de Dieu par nous-mêmes, si bien illustrée par le récit de Job. Le schéma suivant nous servira de résumé.

Schéma du cercle vicieux du raisonnement de Job
Les remarques situées à l’extérieur du cercle sont celles des amis. Job y répond par les phrases situées à cheval sur le cercle. De temps à autre, la foi de Job s’exprime par des mots pleins d’espoir (au centre du cercle), qui n’ont cependant pas le pouvoir de le faire échapper au cercle vicieux du raisonnement. Job a pénétré dans ce cercle par la souffrance, mais on peut y entrer aussi par la réussite sociale ou le bien-être dont la vanité apparaît à l’homme honnête (le texte de l’Ecclésiaste décrit cette expérience). Le résultat est le même.

Job 3

1Après cela, Job ouvrit sa bouche et maudit son jour. 2Et Job prit la parole et dit :

3Périsse le jour auquel je naquis, et la nuit qui dit : Un homme a été conçu !

4Ce jour-là, qu’il soit ténèbres ; que †Dieu ne s’en enquière pas d’en haut, et que la lumière ne resplendisse pas sur lui !

5Que les ténèbres et l’ombre de la mort le réclament ; que les nuées demeurent sur lui ; que ce qui assombrit les jours le terrifie !

6Cette nuit-là, que l’obscurité s’en empare ; qu’elle ne se réjouisse point parmi les jours de l’année, qu’elle n’entre pas dans le nombre des mois !

7Voici, que cette nuit-là soit stérile ; que les cris de joie n’y entrent pas !

8Que ceux qui maudissent le jour la maudissent, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !

9Que les étoiles de son crépuscule soient obscurcies ; qu’elle attende la lumière, et qu’il n’y en ait point, et qu’elle ne voie pas les cils de l’aurore !

10Parce qu’elle n’a pas fermé les portes du sein qui m’a portéa, et n’a pas caché la misère de devant mes yeux.

11Pourquoi ne suis-je pas mort dès la matrice, n’ai-je pas expiré quand je sortis du ventre ?

12Pourquoi les genoux m’ont-ils rencontré, et pourquoi les mamelles, pour les téter ?

13Car maintenant je serais couché et je serais tranquille, je dormirais : alors j’aurais du repos,

14Avec les rois et les conseillers de la terre qui se bâtissent des solitudesb,

15Ou avec les princes qui ont de l’or, qui ont rempli d’argent leurs maisons ;

16Ou, comme un avorton caché, je n’aurais pas été, – comme les petits enfants qui n’ont pas vu la lumière.

17Là, les méchants ont cessé leur tumulte, et là ceux dont les forces sont épuisées par la fatigue sont en repos ;

18Les prisonniers demeurent ensemble tranquilles, ils n’entendent pas la voix de l’exacteur ;

19Là sont le petit et le grand, et le serviteur libéré de son maître.

20Pourquoi la lumière est-elle donnée au misérable, et la vie à ceux qui ont l’amertume dans l’âme,

21À ceux qui attendent la mort, et elle n’est pas là, – qui la cherchent plus que des trésors cachés,

22Qui se réjouissent jusqu’aux transports [et] sont dans l’allégresse, parce qu’ilsc ont trouvé le sépulcre, –

23À l’homme de qui le chemin est caché et que †Dieu a enfermé de toutes parts ?

24Car mon gémissement vient avant mon pain, et mes rugissements débordent comme des eaux.

25Car j’ai eu une crainte, et elle est venue sur moi, et ce que j’appréhendais m’est arrivé.

26Je n’étais pas en sécurité, et je n’étais pas tranquille ni en repos, et le trouble est venu.

Job 4

1Et Éliphaz, le Thémanite, répondit et dit :

2Si nous essayons de t’adresser une parole, en seras-tu irrité ? Mais qui pourrait se retenir de parler ?

3Voici, tu en as enseigné beaucoup, et tu as fortifié les mains languissantes ;

4Tes paroles ont tenu droit celui qui chancelait, et tu as affermi les genoux qui ployaient ;

5Mais maintenant [le malheur] est venu sur toi, et tu es irrité ; il t’atteint, et tu es troublé.

6Ta crainte [de Dieu] n’est-elle pas ta confiance, et l’intégritéd de tes voies, ton espérance ?

7Souviens-toi, je te prie, qui a péri étant innocent ? et où les hommes droits ont-ils été détruits ?

8Selon ce que j’ai vu, ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment la misère, la moissonnent.

9Ils périssent par le souffle de †Dieu, et sont consumés par le souffle de ses narines.

10Le rugissement du lion et la voix du [lion] rugissant [sont étouffés], et les dents des jeunes lions sont brisées ;

11Le lion fort périt faute de proie, et les petits de la lionne sont dispersés.

12Une parole vint à moi secrètement, et mon oreille en saisit la susurration,

13Au milieu des pensées que font naître les visions de la nuit, quand un sommeil profond tombe sur les hommes ;

14La frayeur vint sur moi, et le frisson, et elle fit trembler la multitude de mes os ;

15Et un esprit passa devant moi : les cheveux de ma chair se dressèrent.

16Il se tint là ; je ne reconnus pas son apparence : une forme était devant mes yeux. J’entendis un léger murmure et une voix :

17Un mortel sera-t-il plus juste que †Dieu, l’homme sera-t-il plus pur que celui qui l’a fait ?

18Voici, il ne se fie pas à ses serviteurs, et ses anges il les charge de folie ;

19Combien plus à ceux qui habitent dans des maisons d’argile dont le fondement est dans la poussière, qui sont écrasés comme la teigne !

20Du matin au soir, ils sont frappés ; ils périssent pour toujours sans qu’on y fasse attention.

21Leurs cordese ne leur sont-elles pas arrachées ? Ils meurent, et sans sagesse.

Job 5

1Crie donc ! Y a-t-il quelqu’un qui te réponde ? Et vers lequel des saints te tourneras-tu ?

2Car le chagrin fait mourir le sot, et la jalousief tue le simple.

3J’ai vu le sot s’enraciner, et soudain j’ai maudit sa demeure ;

4Ses fils sont loin de la sûreté, et sont écrasés dans la porte, et il n’y a personne pour délivrer ;

5Sa moisson, l’affamé la mange, et jusque parmi les épines il la prend ; et le piège guette son bien.

6Car l’affliction ne sort pas de la poussière, et la misère ne germe pas du sol ;

7Car l’homme est né pour la misère, comme les étincellesg volent en haut.

8Mais moi je rechercherai ✷Dieu, et devant Dieu je placerai ma cause, –

9Qui fait de grandes choses qu’on ne peut sonder, des merveilles à ne pouvoir les compter ;

10Qui donne la pluie sur la face de la terre, et envoie des eaux sur la face des campagnes,

11Plaçant en haut ceux qui sont abaissés ; et ceux qui sont en deuil sont élevés au bonheur.

12Il dissipe les projets des hommes rusés, et leurs mains n’accomplissent pas leurs conseils.

13Il prend les sagesh dans leur ruse, et le conseil des astucieux est précipitéi :

14De jour, ils rencontrent les ténèbres, et en plein midi ils marchent à tâtons, comme de nuit.

15Et il sauve le pauvre de l’épée, de leur bouche, et de la main du fort ;

16Et il arrive au chétif ce qu’il espère, et l’iniquité a la bouche fermée.

17Voici, bienheureux l’homme que †Dieu reprend ! Ne méprise donc pas le châtiment du Tout-puissant.

18Car c’est lui qui fait la plaie et qui la bande ; il frappe, et ses mains guérissent.

19En six détresses il te délivrera, et, dans sept, le mal ne t’atteindra pas.

20Dans la famine il te délivrera de la mort, et, dans la guerre, de la puissancej de l’épée.

21Tu seras à couvert du fouet de la langue, et tu ne craindras pas le désastre quand il viendra.

22Tu te riras du désastre et de la faim, et tu n’auras pas peur des bêtes de la terre ;

23Car tu auras une alliance avec les pierres des champs, et les bêtes des champs seront en paix avec toi.

24Tu sauras que ta tente est prospère, tu visiteras ta demeurek et tu n’y trouveras rien qui manque,

25Et tu sauras que ta postérité est nombreuse, et tes rejetons, comme l’herbe de la terre.

26Tu entreras au sépulcre en bonne vieillesse, comme on enlève le tas de gerbes en sa saison.

27Voici, nous avons examiné cela ; il en est ainsi. Écoute-le, et sache-le pour toi-même.

Job 6

1Et Job répondit et dit :

2Oh ! si mon chagrin était bien pesé, et si on mettait toutel ma calamité dans la balance !

3Car maintenant elle pèserait plus que le sable des mers ; c’est pourquoi mes paroles sont outrées ;

4Car les flèches du Tout-puissant sont en moi, leur venin boit mon esprit ; les frayeurs de †Dieu se rangent en bataille contre moi.

5L’âne sauvage brait-il auprès de l’herbe ? Le bœuf mugit-il auprès de son fourrage ?

6Ce qui est insipide, le mange-t-on sans sel ? Y a-t-il de la saveur dans le blanc d’un œuf ?

7Ce que mon âme refusait de toucher est commem ma dégoûtante nourriture.

8Oh ! si ma demande s’accomplissait, et si †Dieu m’accordait mon désir,

9S’il plaisait à †Dieu de m’écraser, de lâcher sa main et de me retrancher !

10Alors il y aurait encore pour moi une consolation, et, dans la douleur qui ne m’épargne pas, je me réjouirais de ce que jen n’ai pas renié les paroles du Saint.

11Quelle est ma force pour que j’attende, et quelle est ma fin pour que je patiente ?

12Ma force est-elle la force des pierres ? Ma chair est-elle d’airain ?

13N’est-ce pas qu’il n’y a point de secours en moi, et que toute capacité est chassée loin de moi ?

14À celui qui est défaillant est due la miséricorde de la part de son ami, sinon il abandonnera la crainte du Tout-puissant.

15Mes frères m’ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents qui passent,

16Qui sont troubles à cause des glaces, dans lesquels la neige se cache ;

17Au temps où ils se resserrento ils tarissent, quand la chaleur les frappe ils disparaissent de leur lieu :

18Ils serpentent dans les sentiers de leur cours, ils s’en vont dans le désert, et périssent.

19Les caravanes de Théma les cherchaient du regard, les voyageurs de Sheba s’attendaient à eux ;

20Ils ont été honteux de leur confiance ; ils sont venus là, et ont été confondus.

21De même maintenant vous n’êtes rien ; vous avez vu un objet de terreur, et vous vous êtes effrayés.

22Ai-je dit : Donnez-moi, et de votre richesse faites-moi des présents,

23Et délivrez-moi de la main de l’oppresseur, et rachetez-moi de la main des terribles ?

24Enseignez-moi, et je me tairai ; et faites-moi comprendre en quoi je me trompe.

25Combien sont puissantes les paroles justes ! Mais la censure de votre part que reprend-elle ?

26Songez-vous à censurer des discours ? Mais les paroles d’un désespéré ne sont faites que pour le vent.

27Certes, vous tombez sur l’orphelin, et vous creusez [une fosse] pour votre ami.

28Et maintenant, si vous voulez, regardez-moi ; vous mentirais-je donc en face ?

29Revenez, je vous prie ; qu’il n’y ait pas d’injustice ; oui, revenez encore : ma justice sera là.

30Y a-t-il de l’iniquité en ma langue ? Mon palais ne discernerait-il pas la méchanceté ?

Job 7

1L’homme n’a-t-il pas une vie de labeur sur la terre ? Et ses jours ne sont-ils pas comme les jours d’un mercenaire ?

2Comme l’esclavep soupire après l’ombre, et comme le mercenaire attend son salaire,

3Ainsi j’ai eu pour partage des mois de déception, et des nuits de misère me sont assignées.

4Si je me couche, alors je dis : Quand me lèverai-je et quand l’obscurité prendra-t-elle fin ? et je suis excédé d’agitations jusqu’au point du jour.

5Ma chair est couverte de vers et de croûtes de terre, ma peau se retire et suppure.

6Mes jours s’en vont plus vite qu’une navette, et finissent sans espérance.

7Souviens-toi que ma vie n’est qu’un souffle : mon œil ne reverra pas le bien ;

8L’œil qui me regarde ne me reverra plus ; tes yeux sont sur moi, et je ne suis plus.

9La nuée disparaît et s’en va ; ainsi celui qui descend au shéolq n’en remonte pas,

10Il ne revient plus dans sa maison, et son lieu ne le reconnaît plus.

11Aussi je ne retiendrai pas ma bouche ; je parlerai dans la détresse de mon esprit, je discourrai dans l’amertume de mon âme.

12Suis-je une mer, suis-je un monstre marin, que tu établisses des gardes autour de moi ?

13Quand je dis : Mon lit me consolera, ma couche allégera ma détresse,

14Alors tu m’effraies par des songes, tu me terrifies par des visions,

15Et mon âme choisit la suffocation, – plutôt la mort que mes os :

16J’en suis dégoûté ; je ne vivrai pas à toujours. Laisse-moi, car mes jours sont vanitér.

17Qu’est-ce que l’homme que tu fasses grand cas de lui, et que ton cœur s’occupe de lui,

18Et que tu le visites chaque matin, que tu l’éprouves à tout moment ?

19Pourquoi ne détournes-tu pas les yeux de moi, et ne me laisses-tu pas tranquille jusqu’à ce que j’aie avalé ma salive ?

20J’ai péché ; – que t’ai-je fait ? Toi qui observes l’homme, pourquoi m’as-tu placé pour être l’objet de tes coups, de sorte que je suis un fardeau à moi-même ?

21Et pourquoi ne pardonnes-tu pas ma transgressions, et ne fais-tu point passer mon iniquité ? Car maintenant je me coucherai dans la poussière, et tu me chercheras, et je ne serai plus.

Job 8

1Et Bildad, le Shukhite, répondit et dit :

2Jusques à quand diras-tu ces choses, et les paroles de ta bouche seront-elles un vent impétueux ?

3Est-ce que ✷Dieu pervertit le droit ? Le Tout-puissant pervertira-t-il la justice ?

4Si tes fils ont péché contre lui, il les a aussi livrés en la main de leur transgressions.

5Si tu recherches ✷Dieu et que tu supplies le Tout-puissant,

6Si tu es pur et droit, certainement il se réveillera maintenant en ta faveur, et rendra prospère la demeure de ta justice ;

7Et ton commencement aura été petit, mais ta fin sera très grande.

8Car interroge, je te prie, la génération précédente, et sois attentif aux recherches de leurs pères ;

9Car nous sommes d’hier et nous n’avons pas de connaissance, car nos jours sont une ombre sur la terre.

10Ceux-là ne t’enseigneront-ils pas, ne te parleront-ils pas, et de leurs cœurs ne tireront-ils pas des paroles ?

11Le papyrus s’élève-t-il où il n’y a pas de marais ? Le roseau croît-il sans eau ?

12Encore dans sa verdeur, sans qu’on l’ait arraché, avant toute herbe il sèche.

13Tels sont les sentiers de tous ceux qui oublient ✷Dieu ; et l’attente de l’impie périra ;

14Son assurance sera retranchée, et sa confiance sera une toilet d’araignée :

15Il s’appuiera sur sa maison, et elle ne tiendra pas ; il s’y cramponnera, et elle ne restera pas debout.

16Il est verdoyant devant le soleil, et son rameau s’étend sur son jardin ;

17Ses racines s’entrelacent dans un tas de rocailleu, il voit la demeure des pierres ;

18S’Il l’ôte de sa place, celle-ci le désavouera : Je ne t’ai pas vu !

19Telles sont les délices de ses voies ; et de la poussière, d’autres germeront.

20Voici, ✷Dieu ne méprisera pas l’homme parfaitv, et ne soutiendra pas les mains des méchants :

21Tandisw qu’il remplira ta bouche de rire et tes lèvres de chants de joie,

22Ceux qui te haïssent seront revêtus de honte, et la tente des méchants ne sera plus.

Job 9

1Et Job répondit et dit :

2En vérité, je sais qu’il en est ainsi. Mais comment l’homme sera-t-il juste devant ✷Dieu ?

3S’il se plaît à contester avec lui, il ne lui répondra pas sur un point entre mille.

4Il est sage de cœur et puissant en force : qui s’est endurci contre lui et a prospéré ?

5Il transporte les montagnes, et elles ne savent pas qu’ilx les renverse dans sa colère ;

6Il remue la terre de sa place, et ses colonnes tremblent ;

7Il parle au soleil, et [le soleil] ne se lève pas ; et sur les étoiles il met son sceau ;

8Seul il étend les cieux et marche sur les hauteursy de la mer ;

9Il fait la grande Ourse, Orion, et les Pléiades, et les chambresz du midi ;

10Il fait de grandes choses qu’on ne saurait sonder, et des merveilles à ne pouvoir les compter.

11Voici, il passe près de moi, et je ne [le] vois pas ; et il passe à côté [de moi], et je ne l’aperçois pas.

12Voici, il ravit ; qui l’en détournera ? Qui lui dira : Que fais-tu ?

13†Dieu ne retire pas sa colère ; sous lui fléchissent les orgueilleux qui prêtent secours{.

14Combien moins lui répondrais-je, moi, [et] choisirais-je mes paroles avec lui !

15Si j’étais juste, je ne lui répondrais pas, je demanderais grâce à mon juge.

16Si je criais, et qu’il me réponde, je ne croirais pas qu’il ait prêté l’oreille à ma voix, –

17Lui qui m’écrase dans une tempête, et qui multiplie mes blessures sans cause.

18Il ne me permet pas de reprendre haleine ; car il me rassasie d’amertumes.

19S’agit-il de force, voici, il est fort ; s’agit-il de jugement : Qui m’assignera ?

20Si je me justifiais, ma bouche me condamnerait ; si j’étais parfait, il me montrerait pervers.

21Si j’étais parfait, je méconnaîtrais mon âme, je mépriserais ma vie.

22Tout revient au même ; c’est pourquoi j’ai dit : Il consume le parfait et le méchant.

23Si le fléau donne subitement la mort, il se rit de l’épreuve de l’innocent.

24La terre est livrée en la main du méchant : il couvre la face de ses| juges. S’il n’en est pas ainsi, qui est-ce donc ?

25Mes jours s’en vont plus vite qu’un coureur ; ils fuient, ils ne voient pas ce qui est bon ;

26Ils passent rapides comme les barques de jonc, comme un aigle qui fond sur sa proie.

27Si je dis : J’oublierai ma plainte, je renoncerai à mon visage [morne] et je serai joyeux,

28Je suis épouvanté de tous mes tourments ; je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.

29Soit, je suis méchant : pourquoi me fatigué-je ainsi en vain ?

30Si je me lave avec de l’eau de neige, et que je nettoie mes mains dans la pureté},

31Alors tu me plongeras dans un fossé, et mes vêtements m’auront en horreur.

32Car il n’est pas homme, comme moi, pour que je lui réponde, pour que nous allions ensemble en jugement.

33Il n’y a pas entre nous un arbitre~ qui mettrait sa main sur nous deux.

34Qu’il retire sa verge de dessus moi, et que sa terreur ne me trouble pas ;

35Alors je parlerai et je ne le craindrai pas ; mais il n’en est pas ainsi de moi.

Job 10

1Mon âme est dégoûtée de ma vie ; je laisserai libre cours à ma plainte, je parlerai dans l’amertume de mon âme,

2Je dirai à †Dieu : Ne me condamne pas ; fais-moi savoir pourquoi tu contestes avec moi.

3Prends-tu plaisir à opprimer, que tu méprises le travail de tes mains, et que tu fasses briller ta lumière sur le conseil des méchants ?

4As-tu des yeux de chair ? Vois-tu comme voit l’homme mortel ?

5Tes jours sont-ils comme les jours d’un mortel, ou tes années, comme les jours de l’homme,

6Que tu recherches mon iniquité et que tu scrutes mon péché ;

7Puisque tu sais que je ne suis pas un méchant, et que nul ne délivre de ta main ?

8Tes mains m’ont formé et m’ont façonné tout à l’entour en un tout, et tu m’engloutis !

9Souviens-toi, je te prie, que tu m’as façonné comme de l’argile, et que tu me feras retourner à la poussière.

10Ne m’as-tu pas coulé comme du lait, et fait cailler comme du fromage ?

11Tu m’as revêtu de peau et de chair, tu m’as tissé d’os et de nerfs ;

12Tu m’as donné la vie, et tu as usé de bonté envers moi, et tes soins ont gardé mon esprit ;

13Et tu cachais ces choses dans ton cœur : je sais que cela était par-devers toi.

14Si j’ai péché, tu m’as aussi observé, et tu ne me tiendras pas pour innocent de mon iniquité.

15Si j’ai agi méchamment, malheur à moi ! Si j’ai marché justement, je ne lèverai pas ma tête, rassasié que je suis de mépris et voyant ma misère.

16Et elle augmente : tu me fais la chasse comme un lion, et en moi tu répètes tes merveilles ;

17Tu renouvelles tes témoins contre moi, et tu multiplies ton indignation contre moi. Une succession [de maux] et un temps de misère sont avec moi.

18Et pourquoi m’as-tu fait sortir du sein [de ma mère] ? J’aurais expiré, et aucun œil ne m’aurait vu !

19J’aurais été comme si je n’avais pas été ; de la matrice on m’aurait porté au sépulcre !

20Mes jours ne sont-ils pas en petit nombre ? Qu’il cesse [donc], qu’il se retire€ de moi, et je me remonterai un peu,

21Avant que je m’en aille, pour ne plus revenir, dans le pays de l’obscurité et de l’ombre de la mort,

22Terre sombre comme les ténèbres de l’ombre de la mort, et où il n’y a que confusion, et où la clarté est comme des ténèbres profondes.

Job 11

1Et Tsophar, le Naamathite, répondit et dit :

2La multitude des paroles ne recevrait-elle pas de réponse, et un grand parleur serait-il justifié ?

3Tes mensonges‚ doivent-ils faire taire les gens ? Te moqueras-tu, sans que personne te fasse honte ?

4Car tu as dit : Ma doctrine est pure, et je suis sans tache à tes yeux !

5Oh ! qu’il plût à †Dieu de parler et d’ouvrir ses lèvres contre toi,

6Et de te raconter les secrets de la sagesse, comment ils sont le double de ce qu’on réalise ! Et sache que †Dieu laisse dans l’oubli [beaucoup] de ton iniquité.

7Peux-tu, en sondant, découvrir ce qui est en †Dieu, ou découvriras-tu parfaitement le Tout-puissant ?

8Ce sont les hauteurs des cieux, – que feras-tu ? C’est plus profond que le shéol, qu’en sauras-tu ?

9Plus longue que la terre est sa mesure, plus large que la mer.

10S’il passe et enferme et fait comparaîtreƒ, qui donc le détournera ?

11Car il connaît, lui, les hommes vains, et il voit l’iniquité sans que [l’homme] s’en aperçoive ;

12Et l’homme stupide„ s’enhardit, quoique l’homme naisse… comme le poulain de l’âne sauvage.

13Si tu prépares ton cœur et que tu étendes tes mains vers lui,

14Si tu éloignes l’iniquité qui est dans ta main, et que tu ne laisses pas l’injustice demeurer dans tes tentes,

15Alors tu lèveras ta face sans tache, tu seras ferme et tu ne craindras pas ;

16Car tu oublieras ta misère, tu t’en souviendras comme des eaux écoulées ;

17 [Ta] vie se lèvera plus claire que le plein midi ; si tu étais couvert de ténèbres, tu seras comme le matin ;

18Et tu auras de la confiance, parce qu’il y aura de l’espoir ; tu examineras [tout], et tu dormiras en sûreté ;

19Tu te coucheras, et il n’y aura personne pour te faire peur, et beaucoup rechercheront ta faveur.

20Mais les yeux des méchants seront consumés, et [tout] refuge périra pour eux, et leur espoir sera d’expirer.

Job 12

1Et Job répondit et dit :

2Vraiment vous êtes les [seuls] hommes, et avec vous mourra la sagesse !

3Moi aussi j’ai du sens comme vous, je ne vous suis pas inférieur ; et de qui de telles choses ne sont-elles pas [connues] ?

4Je suis un [homme] qui est la risée de ses amis, criant à †Dieu, et à qui il répondra ; – le juste parfait est un objet de risée !

5Celui qui est prêt à broncher de ses pieds est une lampe méprisée pour les pensées de celui qui est à son aise†.

6Les tentes des dévastateurs prospèrent, et la confiance est pour ceux qui provoquent ✷Dieu, pour celui dans la main duquel †Dieu a fait venir [l’abondance] ‡.

7Mais, je te prie, interroge donc les bêtes, et elles t’enseigneront, et les oiseaux des cieux, et ils te l’annonceront ;

8Ou parle à la terre, et elle t’enseignera, et les poissons de la mer te le raconteront.

9Qui d’entre tous ceux-ci ne sait pas que la main de l’Éternel a fait cela,

10Lui, dans la main duquel est l’âme de tout être vivant et l’esprit de toute chair d’homme ?

11L’oreille n’éprouve-t-elle pas les discours, comme le palais goûte les aliments ?

12Chez les vieillards est la sagesse, et dans beaucoup de jours l’intelligence.

13Avec lui est la sagesse et la force, à lui sont le conseil et l’intelligence.

14Voici, il démolit, et on ne rebâtit pas ; il enferme un homme, et on ne lui ouvre pas.

15Voici, il retient les eaux, et elles tarissent ; puis il les envoie, et elles bouleversent la terre.

16Avec lui est la force et la parfaite connaissance ; à lui sont celui qui erre et celui qui fait errer.

17Il emmène captifs les conseillers, et rend fous les juges ;

18Il rend impuissant le gouvernement des rois, et lie de chaînes leurs reins ;

19Il emmène captifs les sacrificateursˆ, et renverse les puissants ;

20Il ôte la parole‰ à ceux dont la parole est sûreŠ, et enlève le discernement aux anciens ;

21Il verse le mépris sur les nobles, et relâche la ceinture des forts ;

22Il révèle du sein des ténèbres les choses profondes, et fait sortir à la lumière l’ombre de la mort ;

23Il agrandit les nations, et les détruit ; il étend les limites des nations, et les ramène.

24Il ôte le sens aux chefs du peuple de la terre, et les fait errer dans un désert où il n’y a pas de chemin ;

25Ils tâtonnent dans les ténèbres où il n’y a point de lumière ; il les fait errer comme un homme ivre.

Job 13

1Voici, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et l’a compris.

2Ce que vous connaissez, moi aussi je le connais ; je ne vous suis pas inférieur.

3Mais je parlerai au Tout-puissant, et mon plaisir sera de raisonner avec ✷Dieu ;

4Mais pour vous, vous êtes des forgeurs de mensonges, des médecins de néant, vous tous !

5Oh ! si seulement vous demeuriez dans le silence ! et ce serait votre sagesse.

6Écoutez donc mon plaidoyer, et prêtez attention aux arguments de mes lèvres.

7Est-ce pour ✷Dieu que vous direz des choses iniques ? Et pour lui, direz-vous ce qui est faux ?

8Ferez-vous acception de sa personne ? Plaiderez-vous pour ✷Dieu ?

9Vous est-il agréable qu’il vous sonde ? Vous moquerez-vous de lui comme on se moque d’un mortel ?

10Certainement il vous reprendra, si en secret vous faites acception de personnes.

11Sa majesté ne vous troublera-t-elle pas ? Et sa frayeur ne tombera-t-elle pas sur vous ?

12Vos discours sentencieux sont des proverbes de cendre, vos retranchements sont des défenses de boue.

13Gardez le silence, laissez-moi, et moi je parlerai, quoi qu’il m’arrive.

14Pourquoi prendrais-je ma chair entre mes dents, et mettrais-je ma vie dans ma main ?

15Voici, qu’il me tue, j’espérerai en lui ; seulement, je défendrai mes voies devant lui.

16Ce sera même ma délivrance, qu’un‹ impie n’entre pas devant sa face.

17Écoutez, écoutez mon discours, et que ma déclaration [pénètre] dans vos oreilles !

18Voyez, j’exposerai [ma] juste cause : je sais que je serai justifié.

19Qui est celui qui contestera avec moi ? Car maintenant, si je me taisais, j’expirerais.

20Seulement ne fais pas deux choses à mon égard ; alors je ne me cacherai pas loin de ta face :

21Éloigne ta main de dessus moi, et que ta terreur ne me trouble pas.

22Et appelle, et moi je répondrai, ou bien je parlerai, et toi, réponds-moi !

23Quel est le nombre de mes iniquités et de mes péchés ? Fais-moi connaître ma transgression et mon péché !

24Pourquoi caches-tu ta face, et me tiens-tu pour ton ennemi ?

25Veux-tu épouvanter une feuille chassée [par le vent], et poursuivre du chaume sec ?

26Car tu écris des choses amères contre moi, et tu me fais hériter des iniquités de ma jeunesse ;

27Et tu mets mes pieds dans les ceps, et tu observes tous mes sentiers ; tu as tracé une ligne autour des plantes de mes pieds ;

28Et celui [que tu poursuis] dépérit comme une chose pourrie, comme un vêtement que la teigne a rongé.

Job 14

1L’homme né de femme est de peu de jours et rassasié de trouble ;

2Il sort comme une fleur, et il est fauché ; il s’enfuit comme une ombre, et il ne dure pas.

3Pourtant, sur lui tu ouvres tes yeux, et tu me fais venir en jugement avec toi !

4Qui est-ce qui tirera de l’impur un [homme] pur ? Pas un !

5Si ses jours sont déterminés, si le nombre de ses mois est par-devers toi, si tu lui as posé ses limites, qu’il ne doit pas dépasser,

6Détourne de lui ton regard, et il aura du repos, jusqu’à ce que, comme un mercenaire, il achève sa journée ;

7Car il y a de l’espoir pour un arbre : s’il est coupé, il repoussera encore, et ses rejetons ne cesseront pas.

8Si sa racine vieillit dans la terre, et si son tronc meurt dans la poussière,

9À l’odeur de l’eau il poussera, et il fera des branches comme un jeune plant ;

10Mais l’homme meurt et gît là ; l’homme expire, et où est-il ?

11Les eaux s’en vont du lac ; et la rivière tarit et sèche :

12Ainsi l’homme se couche et ne se relève pas : jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cieux, ils ne s’éveillent pas, et ils ne se réveillent pas de leur sommeil.

13Oh ! si tu voulais me cacher dans le shéol, me tenir caché jusqu’à ce que ta colère se détourne, me fixer un temps arrêté, et puis te souvenir de moi, –

14 (Si un homme meurt, revivra-t-il ?) tous les jours de ma détresse, j’attendrais jusqu’à ce que mon état vienne à changer :

15Tu appellerais, et moi je te répondrais ; ton désir serait tourné vers l’œuvre de tes mains ;

16Car maintenant tu comptes mes pas : ne veilles-tu pas sur mon péché ?

17Ma transgression est scellée dans un sac, et [dans tes pensées] tu ajoutes à mon iniquité.

18Mais une montagne qui s’éboule est réduite en poussière, et le rocher est transporté de son lieu ;

19Les eaux usent les pierres, leur débordement emporte la poussière de la terre : ainsi tu fais périr l’espoir de l’homme.

20Tu le domines pour toujours, et il s’en va ; tu changes sa face, et tu le renvoies.

21Ses fils sont honorés, et il ne le sait pas ; ils sont abaissés, et il ne s’en aperçoit pas.

22Sa chair ne souffre que pour lui-même, et son âme ne mène deuil que sur lui-même.

Job 15

1Et Éliphaz, le Thémanite, répondit et dit :

2Le sage répondra-t-il avec une connaissance [qui n’est que] du vent, et gonflera-t-il sa poitrineŒ du vent d’orient,

3Contestant en paroles qui ne profitent pas et en discours qui ne servent à rien ?

4Certes tu détruis la crainte [de Dieu], et tu restreins la méditation devant ✷Dieu.

5Car ta bouche fait connaître ton iniquité, et tu as choisi le langage des [hommes] rusés.

6Ta bouche te condamnera, et non pas moi, et tes lèvres déposent contre toi.

7Es-tu né le premier des hommes, et as-tu été enfanté avant les collines ?

8As-tu entendu [ce qui se dit] dans le conseil secret de †Dieu, et as-tu accaparé pour toi la sagesse ?

9Que sais-tu que nous ne sachions ? que comprends-tu qui ne soit également avec nous ?

10Parmi nous il y a aussi des hommes à cheveux blancs et des vieillards plus âgés que ton père.

11Est-ce trop peu pour toi que les consolations de ✷Dieu et la parole douce qui se fait entendre à toi ?

12Comment ton cœur t’emporte-t-il, et comment tes yeux clignent-ils,

13Que tu tournes contre ✷Dieu ton esprit et que tu fasses sortir de ta bouche des discours ?

14Qu’est-ce que l’homme mortel, pour qu’il soit pur, et celui qui est né d’une femme, pour qu’il soit juste ?

15Voici, il ne se fie pas à ses saints, et les cieux ne sont pas purs à ses yeux :

16Combien plus l’homme, qui boit l’iniquité comme l’eau, est-il abominable et corrompu !

17Je t’enseignerai, écoute-moi ; et ce que j’ai vu je te le raconterai,

18Ce que les sages ont déclaré d’après leurs pères et n’ont pas caché ; –

19À eux seuls la terre fut donnée, et aucun étranger ne passa au milieu d’eux : –

20Tous ses jours, le méchant est tourmenté, et peu d’années sont réservées à l’homme violent ;

21La voix des choses effrayantes est dans ses oreilles ; au milieu de la prospérité, le dévastateur arrive sur lui ;

22Il ne croit pas revenir des ténèbres, et l’épée l’attend ;

23Il erre çà et là pour du pain : – où en trouver ? Il sait qu’à son côté un jour de ténèbres est préparé ;

24La détresse et l’angoisse le jettent dans l’alarme, elles l’assaillent comme un roi prêt pour la mêlée.

25Car il a étendu sa main contre ✷Dieu, et il s’élève contre le Tout-puissant ;

26Il court contre lui, le cou [tendu], sous les bosses épaisses de ses boucliers.

27Car il a couvert sa face de sa graisse, et a rendu gras ses flancs.

28Et il habitera des villes ruinées, des maisons que personne n’habite, qui vont devenir des monceaux de pierres.

29Il ne deviendra pas riche, et son bien ne subsistera pas, et ses possessions ne s’étendront pasŽ sur la terre.

30Il ne sortira pas des ténèbres ; la flamme séchera ses rejetons, et il s’en ira par le souffle de sa bouche.

31Qu’il ne compte pas sur la vanité : il sera déçu, car la vanité sera sa récompense ;

32Avant son jour, elle sera complète, et son rameau ne verdira pas.

33Il se défait, comme une vigne, de ses grappes vertes, et, comme un olivier, il rejette ses fleurs.

34Car la famille‘ des impies sera stérile, et le feu dévorera les tentes [où entrent] les présents.

35Il conçoit la misère et enfante le malheur, et son sein prépare la tromperie.

Job 16

1Et Job répondit et dit :

2J’ai entendu bien des choses comme celles-là ; vous êtes tous des consolateurs fâcheux.

3Y aura-t-il une fin à [ces] paroles de vent ? Qu’est-ce qui t’irrite, que tu répondes ?

4Moi aussi, je pourrais parler comme vous ; si votre âme était à la place de mon âme, je pourrais entasser des paroles contre vous et secouer ma tête contre vous !

5 [Mais] je vous fortifierais de ma bouche, et la consolation’ de mes lèvres allégerait [vos douleurs].

6Si je parle, ma douleur n’est pas allégée ; et si je me tais, s’éloignera-t-elle de moi ?

7Mais maintenant, il m’a fatigué… : tu as dévasté toute ma famille‘ ;

8Tu m’as étreint“, c’est un témoignage, et ma maigreur se lève contre moi, elle dépose, à ma face, contre moi.

9Sa colère me déchire et me poursuit ; il grince des dents contre moi ; [comme] mon adversaire, il aiguise contre moi ses yeux.

10Ils ouvrent contre moi leur bouche, ils me frappent les joues avec mépris ; ils s’attroupent contre moi.

11✷Dieu m’a livré à l’inique, et m’a jeté entre les mains des méchants.

12J’étais en paix, et il m’a brisé ; il m’a saisi par la nuque et m’a broyé, et m’a dressé pour lui servir de but.

13Ses archers” m’ont environné ; il me perce les reins et ne m’épargne pas ; il répand mon fiel sur la terre.

14Il fait brèche en moi, brèche sur brèche ; il court sur moi comme un homme fort.

15J’ai cousu un sac sur ma peau, et j’ai dégradé ma corne dans la poussière.

16Mon visage est enflammé à force de pleurer, et sur mes paupières est l’ombre de la mort,

17Quoiqu’il n’y ait pas de violence dans mes mains, et que ma prière soit pure.

18Ô terre, ne recouvre pas mon sang, et qu’il n’y ait pas de place pour mon cri !

19Maintenant aussi, voici, mon témoin est dans les cieux, et celui qui témoigne pour moi est dans les lieux élevés.

20Mes amis se moquent de moi… vers †Dieu pleurent mes yeux.

21Que n’y a-t-il un arbitre~ pour l’homme auprès de †Dieu, et pour un fils d’homme vis-à-vis de son ami !

22Car les années s’écoulent dont on peut compter le nombre, et je m’en vais dans le chemin [d’où] je ne reviendrai pas.

Job 17

1Mon souffle est corrompu, mes jours s’éteignent : pour moi sont les sépulcres !

2Les moqueurs ne sont-ils pas autour de moi, et mes yeux ne demeurent-ils pas au milieu de leurs insultes ?

3Dépose, je te prie, [un gage] ; cautionne-moi auprès de toi-même : qui donc frappera dans ma main• ?

4Car tu as fermé leur cœur à l’intelligence ; c’est pourquoi tu ne les élèveras pas.

5Celui qui trahit ses amis pour qu’ils soient pillés, les yeux de ses fils seront consumés.

6Et il a fait de moi un proverbe des peuples, et je suis devenu un homme auquel on crache au visage.

7Mon œil est terni par le chagrin, et mes membres sont tous comme une ombre.

8Les hommes droits en seront étonnés, et l’innocent s’élèvera contre l’impie ;

9Mais le juste tiendra ferme dans sa voie, et celui qui a les mains pures croîtra en force.

10Mais quant à vous tous, revenez encore, je vous prie ; mais je ne trouverai pas un sage parmi vous.

11Mes jours sont passés, mes desseins sont frustrés, – les plans chéris de mon cœur.

12Ils– font de la nuit le jour, la lumière proche en présence des ténèbres.

13Si j’espère, le shéol est ma maison, j’étends mon lit dans les ténèbres ;

14Je crie à la fosse— : Tu es mon père ! aux vers : Ma mère et ma sœur !

15Où donc est mon espoir ? Et mon espoir, qui le verra ?

16Il descendra vers les barres˜ du shéol, lorsque ensemble nous aurons du repos dans la poussière.

Job 18

1Et Bildad, le Shukhite, répondit et dit :

2Jusques à quand tendrez-vous des pièges avec™ vos paroles ? Soyez intelligents, et puis nous parlerons.

3Pourquoi sommes-nous considérés comme des bêtes, et sommes-nous stupidesš à vos yeux ?

4Toi qui déchires ton âme dans ta colère, la terre sera-t-elle abandonnée à cause de toi, et le rocher sera-t-il transporté de sa place ?

5Or la lumière des méchants sera éteinte, et la flamme de son feu ne luira point ;

6La lumière sera ténèbres dans sa tente, et sa lampe sera éteinte au-dessus de lui.

7Les pas de sa force seront resserrés, et son propre conseil le renversera :

8Car il est poussé dans le filet par ses propres pieds ; et il marche sur les mailles du filet ;

9Le piège le prend par le talon, le lacet le saisit ;

10Sa corde est cachée dans la terre, et sa trappe sur le sentier.

11De toutes parts des terreurs l’alarment et le poussent çà et là, s’attachant à ses pas.

12Sa force est affaiblie par la faim›, et la calamité est prête à son côté.

13Le premier-né de la mort dévore les membres de son corpsœ, il dévore ses membres.

14Ce qui faisait sa confiance est arraché de sa tente, et il est forcé de marcher vers le roi des terreurs.

15Ce qui n’est pas à lui habite dans sa tente, le soufre est répandu sur son habitation.

16En bas ses racines sèchent, et en haut ses branches sont coupées.

17Sa mémoire périt de dessus la terre, et il n’a pas de nom sur la face du pays.

18Il est repoussé de la lumière dans les ténèbres ; on le bannit du monde.

19Il n’a pas d’enfants ni de postérité parmi son peuple, personne qui lui survive dans les lieux de son séjour.

20Ceux qui viennent après seront étonnés de son jour, comme l’horreur s’est emparée de ceux qui [les] ont précédés.

21Certainement, telles sont les demeures de l’inique, et tel est le lieu de celui qui ne connaît pas ✷Dieu.

Job 19

1Et Job répondit et dit :

2Jusques à quand affligerez-vous mon âme, et m’accablerez-vous de paroles ?

3Voilà dix fois que vous m’avez outragé, vous n’avez pas honte de m’étourdirž.

4Mais si vraiment j’ai erré, mon erreur demeure avec moi.

5Si réellement vous voulez vous élever contre moi et faire valoir mon opprobre contre moi,

6Sachez donc que c’est †Dieu qui me renverseŸ et qui m’entoure de son filet.

7Voici, je crie à la violence, et je ne suis pas exaucé ; je pousse des cris, et il n’y a pas de jugement.

8Il a fermé mon chemin et je ne puis passer, et il a mis des ténèbres sur mes sentiers ;

9Il m’a dépouillé de ma gloire et a ôté la couronne de dessus ma tête ;

10Il m’a détruit de tous côtés, et je m’en vais ; il a arraché mon espérance comme un arbre.

11Il a allumé contre moi sa colère, et il m’a tenu pour l’un de ses ennemis.

12Ses troupes sont venues ensemble, et elles ont dressé en chaussée leur chemin contre moi et se sont campées autour de ma tente.

13Il a éloigné de moi mes frères, et ceux de ma connaissance me sont devenus entièrement étrangers ;

14Mes proches m’ont délaissé, et ceux que je connaissais m’ont oublié.

15Ceux qui séjournent dans ma maison et mes servantes me tiennent pour un étranger ; je suis à leurs yeux comme un homme du dehors.

16J’ai appelé mon serviteur, et il n’a pas répondu ; de ma bouche je l’ai supplié.

17Mon haleine est étrangère  à ma femme, et ma supplication¡, aux fils du sein de ma mère¢.

18Même les petits enfants me méprisent ; je me lève, et ils parlent contre moi.

19Tous les hommes de mon intimité m’ont en horreur, et ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.

20Mes os s’attachent à ma peau et à ma chair, et j’ai échappé avec la peau de mes dents !

21Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous mes amis ! car la main de †Dieu m’a atteint.

22Pourquoi, comme ✷Dieu, me poursuivez-vous et n’êtes-vous pas rassasiés de ma chair ?

23Oh ! si seulement mes paroles étaient écrites ! si seulement elles étaient inscrites dans un livre,

24Avec un style de fer et du plomb, et gravées dans le roc pour toujours !

25Et moi, je sais que mon rédempteur est vivant, et que, le dernier£, il sera debout sur la terre ;

26Et après ma peau, ceci sera détruit, et de ma chair je verrai †Dieu,

27Que je verrai, moi, pour moi-même ; et mes yeux [le] verront, et non un autre : – mes reins se consument dans mon sein.

28Si vous dites : Comment le poursuivrons-nous ? et que la racine de la chose se trouve en moi,

29Tremblez pour vous-mêmes devant l’épée ! car l’épée est l’instrument de la fureur contre les iniquités ; afin que vous sachiez qu’il y a un jugement !

Job 20

1Et Tsophar, le Naamathite, répondit et dit :

2C’est pourquoi mes pensées m’inspirent une réponse, et à cause de ceci l’ardeur de mon esprit [agit] en moi :

3J’entends une réprimande qui me couvre de honte, et mon esprit me répond par mon intelligence.

4Sais-tu bien que, de tout temps, depuis que l’homme a été mis sur la terre,

5L’exultation des méchants est courte, et la joie de l’impie n’est que pour un moment ?

6Si sa hauteur s’élève jusqu’aux cieux, et que sa tête touche les nuées,

7Il périra pour toujours comme ses ordures ; ceux qui l’ont vu diront : Où est-il ?

8Il s’envole comme un songe, et on ne le trouve pas ; il s’enfuit comme une vision de la nuit.

9L’œil l’a regardé et ne l’aperçoit plus, et son lieu ne le revoit plus.

10Ses fils rechercheront la faveur des pauvres, et ses mains restitueront [ce que] sa violence [a ravi] ¤.

11Ses os étaient pleins de sa jeunesse¥ : elle se couchera avec lui sur la poussière.

12Si le mal est doux dans sa bouche, [et] qu’il le cache sous sa langue,

13S’il l’épargne et ne l’abandonne pas, mais qu’il le retienne dans sa bouche¦,

14Son pain sera changé dans ses entrailles en un fiel d’aspic au-dedans de lui.

15Il a avalé les richesses, et il les vomira ; ✷Dieu les chassera de son ventre.

16Il sucera le venin des aspics, la langue de la vipère le tuera.

17Il ne verra pas des ruisseaux, des rivières, des torrents de miel et de beurre.

18Il rendra le fruit de son travail, et ne l’avalera pas ; il le restituera selon sa valeur, et ne s’en réjouira pas.

19Car il a opprimé, délaissé les pauvres ; il a pillé une maison§ qu’il n’avait pas bâtie.

20Parce qu’il n’a pas connu de repos dans son désirŒ, il ne sauvera rien de ce qu’il a de plus cher.

21Rien n’a échappé à sa voracité : c’est pourquoi son bien-être ne durera pas.

22Dans la plénitude de son abondance, il sera dans la détresse ; toutes les mains des malheureux viendront sur lui.

23Il arrivera que, pour remplir son ventre, [Dieu] enverra sur lui l’ardeur de sa colère, et la fera pleuvoir sur lui dans sa chair¨.

24S’il fuit devant les armes de fer, un arc d’airain le transpercera.

25Il arrache [la flèche] et elle sort de son corps, et le fer étincelant de son fiel : les terreurs sont sur lui.

26Toutes les ténèbres sont réservées pour ses trésors ; un feu qu’on ne souffle pas le dévorera, [et] se repaîtra de ce qui reste dans sa tente.

27Les cieux révéleront son iniquité, et la terre s’élèvera contre lui.

28Le revenu de sa maison sera emporté ; il s’écoulera au jour de Sa colère.

29Telle est, de la part de Dieu, la portion de l’homme méchant, et l’héritage qui lui est assigné par ✷Dieu.

Job 21

1Et Job répondit et dit :

2Écoutez, écoutez© mon discours, et cela tiendra lieu de vos consolations.

3Supportez-moi, et moi je parlerai, et après mes paroles, moque-toi !

4Ma plainte s’adresse-t-elle à un homme ? Et pourquoi mon esprit ne serait-il pas à bout de patience ?

5Tournez-vous vers moi, et soyez étonnés, et mettez la main sur la bouche.

6Quand je m’en souviens, je suis terrifié, et le frisson saisit ma chair :

7Pourquoi les méchants vivent-ils, deviennent-ils âgés, et croissent-ils même en force ?

8Leur postérité s’établit devant eux, auprès d’eux, et leurs descendants devant leurs yeux.

9Leurs maisons sont en paix, loin de la frayeur, et la verge de †Dieu n’est pas sur eux.

10Leur taureau engendre sans manquer, leur vache vêle et n’avorte pas.

11Ils font sortir leurs jeunes enfants comme un troupeau, et leurs enfants s’ébattent.

12Ils chantent au son du tambourin et de la harpe, et se réjouissent au son du chalumeau.

13Ils passent leurs jours dans le bonheur, et en un moment descendent dans le shéol.

14Et ils disent à ✷Dieu : Retire-toi de nous, nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies.

15Qu’est-ce que le Tout-puissant pour que nous le servions, et que nous profitera-t-il de nous adresser à lui ?

16Voici, leur bonheur n’est pas dans leur main. Loin de moi le conseil des méchants !

17Combien de fois la lampe des méchants s’éteint-elle, et leur calamité vient-elle sur eux, [et] leur distribue-t-Il des douleursª dans sa colère,

18 [Et] sont-ils comme la paille devant le vent, et comme la balle chassée par la tempête ?

19†Dieu réserve à ses« fils [la punition de] sa méchanceté : il la lui rend, et il le saura ;

20Ses yeux verront sa calamité, et il boira de la fureur du Tout-puissant.

21Car quel plaisir [a-t-il] à sa maison après lui, quand le nombre de ses mois est tranché ?

22Est-ce à ✷Dieu qu’on enseignera la connaissance, quand c’est lui qui juge ceux qui sont haut élevés ?

23L’un meurt en pleine vigueur, entièrement tranquille et à l’aise ;

24Ses flancs sont garnis de graisse¬, et la moelle de ses os est abreuvée.

25Et l’autre meurt dans l’amertume de son âme et n’a jamais goûté­ le bonheur.

26Ils gisent ensemble sur la poussière, et les vers les couvrent.

27Voici, je connais vos pensées, et vos plans contre moi pour me faire violence.

28Car vous dites : Où est la maison du noble, et où la tente des demeures des méchants ?

29Ne l’avez-vous pas demandé à ceux qui passent par le chemin ? Et n’avez-vous pas reconnu ce qui les distingue :

30Que le méchant est épargné pour le jour de la calamité, qu’ils sont emmenés au jour de la fureur ?

31Qui lui dira en face sa voie ? et ce qu’il a fait, qui le lui rendra ?

32Il sera conduit dans un sépulcre, et sur le tertre il veillera.

33Les mottes de la vallée lui sont douces ; et après lui tout homme suit à la file, et ceux qui l’ont précédé sont sans nombre.

34Et comment me consolez-vous avec de vaines [consolations] ? Vos réponses restent perfides.

Job 22

1Et Éliphaz, le Thémanite, répondit et dit :

2L’homme peut-il être de quelque profit à ✷Dieu ? C’est bien à lui-même que l’homme intelligent profitera.

3Est-ce un plaisir pour le Tout-puissant que tu sois juste, et un gain [pour lui] que tu sois parfait dans tes voies ?

4Contestera-t-il avec toi parce qu’il te craint, [et] ira-t-il avec toi en jugement ?

5Ta méchanceté n’est-elle pas grande, et tes iniquités ne sont-elles pas sans fin ?

6Car sans cause tu as pris un gage de ton frère, et tu as dépouillé de leurs vêtements ceux qui étaient nus.

7Tu n’as pas donné d’eau à boire à celui qui défaillait de soif, et tu as refusé du pain à celui qui avait faim ;

8Et l’homme fort,­… à lui était la terre, et celui qui était considéré y habitait.

9Tu as renvoyé les veuves à vide, et les bras des orphelins ont été écrasés.

10C’est pourquoi il y a des pièges autour de toi, et une terreur subite t’effraie ;

11Ou bien, ce sont des ténèbres, de sorte que tu ne vois pas, et le débordement des eaux te couvre®.

12†Dieu n’est-il pas aussi haut que les cieux ? Regarde le faîte des étoiles, combien elles sont élevées !

13Et tu as dit : Qu’est-ce que ✷Dieu sait ? Jugera-t-il à travers l’obscurité des nuées ?

14Les nuages l’enveloppent, et il ne voit pas ; il se promène dans la voûte des cieux.

15Observes-tu¯ le sentier ancien où ont marché les hommes vains,

16Qui ont été emportés avant le temps, [et] dont les fondements se sont écoulés comme un fleuve ;

17Qui disaient à ✷Dieu : Retire-toi de nous ! Et que nous° ferait le Tout-puissant ? –

18Quoiqu’il ait rempli de biens leurs maisons. Mais que le conseil des méchants soit loin de moi !

19Les justes le verront et se réjouiront, et l’innocent se moquera d’eux :

20Celui qui s’élevait contre nous n’a-t-il pas été retranché, et le feu n’a-t-il pas dévoré leur abondance ?

21Réconcilie-toi avec Lui, je te prie, et sois en paix : ainsi le bonheur t’arrivera.

22Reçois l’instruction de sa bouche, et mets ses paroles dans ton cœur.

23Si tu retournes vers le Tout-puissant, tu seras rétabli±. Si tu éloignes l’iniquité de ta tente,

24Et que tu mettes l’or avec la poussière, et [l’or d’]Ophir parmi les cailloux des torrents,

25Le Tout-puissant sera ton or, et il sera pour toi de l’argent amassé.

26Car alors tu trouveras tes délices dans le Tout-puissant, et vers †Dieu tu élèveras ta face ;

27Tu le supplieras et il t’entendra, et tu acquitteras tes vœux.

28Tu décideras une chose, et elle te réussira, et la lumière resplendira sur tes voies.

29Quand elles seront abaissées, alors tu diras : Lève-toi ! et celui qui a les yeux baissés, Il le sauvera ;

30Même Il délivrera celui qui n’est pas innocent : il sera délivré par la pureté de tes mains.

Job 23

1Et Job répondit et dit :

2Encore aujourd’hui ma plainte est amère, la main qui s’appesantit sur moi² est plus pesante que mon gémissement !

3Oh ! si je savais le trouver, et parvenir³ là où il est assis !

4J’exposerais [ma] juste cause devant lui, et je remplirais ma bouche d’arguments ;

5Je saurais les paroles qu’il me répondrait, et je comprendrais ce qu’il me dirait.

6Contesterait-il avec moi dans la grandeur de sa force ? Non, mais il ferait attention à moi.

7Là, un homme droit raisonnerait avec lui, et je serais délivré pour toujours de mon juge.

8Voici, je vais en avant, mais il n’y est pas ; et en arrière, mais je ne l’aperçois pas ;

9À gauche, quand il y opère, mais je ne le discerne pas ; il se cache à droite´, et je ne le vois pas.

10Mais il connaît la voie que je suis ; il m’éprouve, je sortirai comme de l’or.

11Mon pied s’attache à ses pas ; j’ai gardé sa voie, et je n’en ai point dévié.

12Je ne me suis pas retiré du commandement de ses lèvres ; j’ai serré [par-devers moi] les paroles de sa bouche plus que le propos de mon propre cœurµ.

13Mais lui, il a une [pensée], et qui l’en fera revenir ? Ce que son âme désire, il le fait.

14Car il achèvera ce qui est déterminé pour moi ; et bien des choses semblables sont auprès de lui.

15C’est pourquoi je suis terrifié devant sa face ; je considère, et je suis effrayé devant lui.

16Et ✷Dieu a fait défaillir mon cœur, et le Tout-puissant m’a frappé de terreur ;

17Parce que je n’ai pas été anéanti devant les ténèbres, et qu’il ne m’a pas caché l’obscurité.

Job 24

1Pourquoi des temps ne sont-ils pas réservés par-devers le Tout-puissant, et ceux qui le connaissent ne voient-ils pas ses jours ?

2Ils reculent les bornes, ils pillent le troupeau et le paissent ;

3Ils emmènent l’âne des orphelins et prennent en gage le bœuf de la veuve ;

4Ils détournent du chemin les pauvres ; les malheureux de la terre se cachent ensemble :

5Voici, ânes sauvages dans le désert, ils sortent pour leur besogne dès le matin, pour chercher leur proie ; le désert leur [fournit] le pain pour leurs· enfants ;

6Ils moissonnent le¸ fourrage dans les champs, ils grappillent la vigne du méchant ;

7Ils passent la nuit tout nus, sans vêtement, et n’ont pas de couverture par le froid ;

8Ils sont trempés par les averses des montagnes, et, sans refuge, ils se serrent contre le rocher…

9Ils arrachent de la mamelle l’orphelin, et [de la main] des pauvres ils prennent des gages¹ :

10Ceux-ci vont nus, sans vêtement, et, affamés, ils portent la gerbe ;

11Entre leurs murailles ils font de l’huile, ils foulent le pressoir, et ont soif.

12Des villes sortent les soupirs des mourants, et l’âme des blessés à mort crie, et †Dieu n’impute pas l’indignité [qui se commet].

13D’autres sont ennemis de la lumière, ils ne connaissent pas ses voies et ne demeurent pas dans ses sentiers.

14Le meurtrier se lève avec la lumière, il tue le malheureux et le pauvre, et la nuit il est comme le voleur.

15L’œil aussi de l’adultère guette le crépuscule, en disant : Aucun œil ne m’apercevra ; et il met un voile sur son visage.

16Dans les ténèbres ils percent les maisons, de jour ils s’enfermentº ; ils ne connaissent pas la lumière ;

17Car le matin est pour eux tous l’ombre de la mort, car ils connaissent les terreurs de l’ombre de la mort.

18Ils sont rapides sur la face des eaux», leur part est maudite sur la terre ; ils ne se tournent pas vers les vignes.

19La sécheresse et la chaleur emportent l’eau de neige ; ainsi le shéol fait-il de ceux qui ont péché.

20Le sein maternel les oublie ; les vers se repaissent d’eux ; on ne se souvient plus d’eux : l’iniquité sera brisée comme du bois !

21Ils dépouillent la femme stérile qui n’enfante pas, et ils ne font pas de bien à la veuve.

22Et par leur force ils traînent¼ les puissants ; ils se lèvent et on n’est plus sûr de sa vie.

23 [Dieu] leur donne la sécurité, et ils s’appuient sur elle ; mais il a ses yeux sur leurs voies.

24Ils sont élevés : dans peu, ils ne sont plus ; ils défaillent, et sont recueillis comme tous ; ils sont coupés comme la tête d’un épi.

25Et si cela n’est pas, qui me fera menteur et réduira mon discours à néant ?

Job 25

1Et Bildad, le Shukhite, répondit et dit :

2La domination et la terreur sont avec lui ; il fait la paix dans ses hauts lieux.

3Peut-on dénombrer ses troupes ? et sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?

4Et comment l’homme sera-t-il juste devant ✷Dieu, et comment serait pur celui qui est né de femme ?

5Voici, la lune même ne brille pas, et les étoiles ne sont pas pures à ses yeux :

6Combien moins l’homme, un ver, et le fils de l’homme, un vermisseau !

Job 26

1Et Job répondit et dit :

2Comme tu as aidé celui qui n’avait pas de puissance ! Comme tu as délivré le bras qui était sans force !

3Quel conseil tu as donné à celui qui n’avait pas de sagesse ! et quelle abondance d’intelligence tu as montrée !

4Pour qui as-tu prononcé des paroles, et de qui est le souffle qui est sorti de toi ?

5Les trépassés tremblent au-dessous des eaux et de ceux qui les habitent.

6Le shéol est à nu devant lui, et l’abîme½ n’a pas de voile.

7Il étend le nord sur le vide, il suspend la terre sur le néant.

8Il serre les eaux dans ses nuages, et la nuée ne se fend pas sous elles ;

9Il couvre la face de son trône et étend ses nuées par-dessus.

10Il a tracé un cercle fixe sur la face des eaux, jusqu’à la limite extrême où la lumière confine aux ténèbres.

11Les colonnes des cieux branlent et s’étonnent à sa menace.

12Il soulève¾ la mer par sa puissance, et, par son intelligence, il brise Rahab¿.

13Par son Esprit le ciel est beau ; sa main a forméÀ le serpent fuyard.

14Voici, ces choses sont les bords de ses voies, et combien faible est le murmure que nous en avons entenduÁ ! Et le tonnerre de sa force, qui peut le comprendre ?

Job 27

1Et Job reprit son discours sentencieux et dit :

2✷Dieu qui a écarté mon droit, le Tout-puissant qui met l’amertume dans mon âme, est vivant :

3Tant que mon souffle est en moi et l’esprit de †Dieu dans mes narines,

4Mes lèvres ne diront pas d’iniquité, et ma langue ne prononcera pas de fausseté.

5Loin de moi que je vous justifie ! Jusqu’à ce que j’expire, je ne lâcherai pas ma perfectionÂ ;

6Je tiendrai ferme ma justice et je n’en ferai pas abandon ; mon cœur ne me reproche aucun de mes jours.

7Que mon ennemi soit comme le méchant, et celui qui s’élève contre moi comme l’inique !

8Car quelle est l’espérance de l’impie quand [Dieu le] retrancheÃ, quand †Dieu retireÄ son âme ?

9✷Dieu entendra-t-il son cri quand la détresse viendra sur lui ?

10Trouvera-t-il ses délices dans le Tout-puissant ? Invoquera-t-il †Dieu en tout temps ?

11Je vous enseignerai comment ✷Dieu agitÅ, je ne cacherai pas ce qui est par-devers le Tout-puissant.

12Voici, vous-mêmes, vous l’avez tous vu : et pourquoi entretenez-vous ces vaines pensées ?

13Voici quelle est, par-devers ✷Dieu, la part de l’homme méchant et l’héritage que les violents reçoivent du Tout-puissant :

14Si ses fils se multiplient, c’est pour l’épée, et ses descendants ne sont pas rassasiés de pain.

15Ceux qui restent après lui seront enterrés dansÆ la mort, et ses veuves ne pleureront pas.

16S’il entasse l’argent comme la poussière et se prépare des vêtements comme de la boue,

17Il se les prépare, mais le juste s’en vêtira ; et l’argent, c’est l’innocent qui se le partagera.

18Il a bâti sa maison comme la teigne, comme une cabane que fait celui qui garde [les vignes].

19Il se couche riche, et il ne le refera pasÇ ; il ouvre ses yeux, et il n’est plus.

20Les frayeurs le surprennent comme des eaux ; l’ouragan l’emporte de nuit ;

21Le vent d’orient l’enlève, et il s’en va, et dans un tourbillon il l’emporte de son lieu.

22 [Dieu] lance [ses dards] sur lui et ne l’épargne pas ; il voudrait fuir loin de sa main.

23On battra des mains sur lui, et on le chassera de son lieu avec des sifflements.

Job 28

1OuiÈ, il y a pour l’argent [un endroit] d’où on le tire, et un lieu pour l’or qu’on affine ;

2Le fer se tire de la poussière, et la pierre fondue donne le cuivre.

3 [L’homme] met fin aux ténèbres et explore jusqu’à l’extrémité de tout, la pierre d’obscurité et de l’ombre de la mort.

4On creuse un puits loin de ceux qui séjournent [sur la terre] ; oubliés du pied [de l’homme], ils sont suspendus, balancés loin des humains.

5La terre,­… d’elle sort le pain ; et au-dessous, elle est bouleversée comme par le feu.

6Ses pierres sont le lieu du saphir, et la poussière d’or s’y trouve.

7C’est un sentier que l’oiseau de proie ne connaît pas, et que l’œil du vautour n’a pas aperçu ;

8La bête fauveÉ ne l’a pas foulé, le lionÊ ne l’a pas traversé.

9 [L’homme] porte sa main sur le roc dur, il renverse les montagnes depuis la racine ;

10Il creuse des canaux dans les rochers ; et son œil voit tout ce qui est précieux ;

11Il enserre les fleuves pour qu’ils ne suintent pas ; et il produit à la lumière les choses cachées.

12Mais la sagesse, où la trouvera-t-on ? et où est le lieu de l’intelligence ?

13Aucun mortel n’en connaît le prix, et elle ne se trouve pas sur la terre des vivants.

14L’abîme dit : Elle n’est pas en moi ; et la mer dit : Elle n’est pas chez moi.

15Elle ne s’échange pas contre de l’or pur, et l’argent ne se pèse pas pour l’acheter.

16On ne la met pas dans la balance avec l’or d’Ophir, avec l’onyx précieux et le saphir.

17On ne peut lui comparer ni l’or ni le verreË, ni l’échanger contre un vase d’or fin.

18 [À côté d’elle] le corail et le cristal ne viennent pas dans la mémoire ; et la possession de la sagesse vaut mieux que les perlesÌ.

19La topaze d’Éthiopie ne lui est pas comparée, on ne la met pas dans la balance avec l’or pur.

20Mais la sagesse, d’où vient-elle ? et où est le lieu de l’intelligence ?

21Elle est voilée aux yeux de tous les vivants, et elle est cachée aux oiseaux des cieux.

22La destruction et la mort disent : De nos oreilles nous en avons entendu la rumeur.

23Dieu comprend son chemin, et lui, il connaît son lieu.

24Car lui, voit jusqu’aux bouts de la terre : sa vue s’étend sous tous les cieux.

25Quand il fixait au vent sa pesanteur, et qu’il établissait les eaux selon leur mesure ;

26Quand il faisait une loi pour la pluie, et un chemin pour le sillon de la foudre :

27Alors il la vit et la manifesta ; il l’établit, et il la sonda aussi ;

28Et il dit à l’homme : Voici, la crainte du Seigneur, c’est là la sagesse, et se retirer du mal est l’intelligence.

Job 29

1Et Job reprit son discours sentencieux et dit :

2Oh ! que ne suis-je comme aux mois d’autrefois, comme aux jours où †Dieu me gardait ;

3Quand sa clartéÍ luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à sa lumière ;

4Comme j’étais aux jours de mon automneÎ, quand le conseil secret de †Dieu présidait sur ma tente ;

5Quand le Tout-puissant était encore avec moi, [et] que mes jeunes gens m’entouraient ;

6Quand je lavais mes pas dans le cailléÏ, et que le rocher versait auprès de moi des ruisseaux d’huile ! –

7Quand je sortais [pour aller] à la porte par la ville, quand je préparais mon siège sur la place :

8Les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient [et] se tenaient debout ;

9Les princes s’abstenaient de parler et mettaient la main sur leur bouche,

10La voix des nobles s’éteignaitÐ, et leur langue se collait à leur palais.

11Quand l’oreille m’entendait, elle m’appelait bienheureux ; quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage ;

12Car je délivrais le malheureux qui implorait du secours, et l’orphelin qui était sans aide.

13La bénédiction de celui qui périssait venait sur moi, et je faisais chanter de joie le cœur de la veuve.

14Je me vêtais de la justice, et elle me revêtaitÑ ; ma droiture m’était comme un manteauÒ et un turban.

15J’étais, moi, les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux ;

16J’étais un père pour les pauvres, et j’examinais la cause de celui qui m’était inconnu ;

17Et je brisais la mâchoire de l’inique, et d’entre ses dents j’arrachais la proie.

18Et je disais : J’expirerai dans mon nid, et mes jours seront nombreux comme le sable ;

19Ma racine sera ouverte aux eaux, et la rosée séjournera sur ma branche ;

20Ma gloire [restera] toujours nouvelle avec moi, et mon arc rajeunira dans ma main.

21On m’écoutait et on attendait, et on se taisait pour [avoir] mon conseil ;

22Après que j’avais parlé on ne répliquait pas, et mon discours distillait sur eux ;

23Et on m’attendait comme la pluie, et on ouvrait la bouche [comme] pour la pluie de la dernière saison.

24Si je leur souriais, ils ne le croyaient pasÓ, et ils ne troublaient pas la sérénité de ma face.

25Je choisissais pour eux le chemin et je m’asseyais à leur tête, et je demeurais comme un roi au milieu d’une troupe, comme quelqu’un qui console les affligés.

Job 30

1Et maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi, ceux dont j’aurais dédaigné de mettre les pères avec les chiens de mon troupeau.

2Même à quoi m’aurait servi la force de leurs mains ? La vigueur a péri pour eux.

3Desséchés par la disette et la faim, ils s’enfuient dansÔ les lieux arides, dès longtemps désolés et déserts ;

4Ils cueillent le pourpier de mer parmi les broussailles, et, pour leur pain, la racine des genêts.

5Ils sont chassés du milieu [des hommes], (on crie après eux comme après un voleur,)

6Pour demeurer dans des gorges affreuses, dans les trous de la terre et des rochersÕ ;

7Ils hurlent parmi les broussailles, ils se rassemblent sous les ronces :

8Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays.

9Et maintenant, je suis leur chanson et je suis le sujet de leur entretien.

10Ils m’ont en horreur, ils se tiennent loin de moi, et n’épargnent pas à ma face les crachats ;

11Car Il a délié ma corde et m’a affligé : ils ont jeté loin [tout] frein devant moi.

12Cette jeune engeance se lève à ma droite ; ils poussent mes pieds et préparent contre moi leur chemin pernicieux ;

13Ils détruisent mon sentier, ils contribuent à ma calamité, sans que personne leur vienne en aide ;

14Ils viennent comme par une large brèche, ils se précipitentÖ au milieu du fracas.

15Des terreurs m’assaillent, elles poursuivent ma gloire comme le vent, et mon état de sûreté est passé comme une nuée.

16Et maintenant, mon âme se répand en moi : les jours d’affliction m’ont saisi.

17La nuit perce mes os [et les détache] de dessus moi, et ceux qui me rongent× ne dorment pas ;

18Par leur grande force ils deviennent mon vêtement ; ils me serrent comme le collet de ma tunique.

19Il m’a jeté dans la boue, et je suis devenu comme la poussière et la cendre.

20Je crie à toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens là, et tu me regardes !

21Tu t’es changé pour moi en [ennemi] cruel ; tu me poursuis avec la force de ta main.

22Tu m’enlèves sur le vent, tu fais qu’il m’emporte, et tu dissous ma substanceØ.

23Car je sais que tu m’amènes à la mort, la maison de rassemblement de tous les vivants.

24Toutefois, dans sa ruine, n’étend-il pas la main, et, dans sa calamité, ne jette-t-il pas un cri [de détresse] Ù ?

25N’ai-je pas pleuré sur celui pour qui les temps étaient durs, et mon âme n’a-t-elle pas été attristée pour le pauvre ?

26Car j’attendais le bien, et le mal est arrivé ; je comptais sur la lumière, et l’obscurité est venue.

27Mes entrailles bouillonnent et ne cessent pas ; les jours d’affliction sont venus sur moi.

28Je marche tout noirci, mais non par le soleil ; je me lève dans l’assemblée, je crie ;

29Je suis devenu le frère des chacals et le compagnon des autruches.

30Ma peau devient noire [et se détache] de dessus moi, et mes os sont brûlés par la sécheresse ;

31Et ma harpe est changée en deuil, et mon chalumeau est devenu la voix des pleureurs.

Job 31

1J’ai fait alliance avec mes yeux : et comment aurais-je arrêté mes regards sur une vierge ?

2Et quelle aurait été d’en haut [ma] portion de la part de †Dieu, et, des hauts lieux, [mon] héritage de la part du Tout-puissant ?

3La calamité n’est-elle pas pour l’inique, et le malheur pour ceux qui pratiquent le mal ?

4Lui, ne voit-il pas mon chemin, et ne compte-t-il point tous mes pas ?

5Si j’ai marché avec fausseté, si mes pieds se sont hâtés vers la fraude,

6Qu’il me pèse dans la balance de justice, et †Dieu reconnaîtra ma perfectionÂ.

7Si mon pas s’est détourné du chemin, et si mon cœur a suivi mes yeux, et si quelque souillure s’est attachée à ma main,

8Que je sème et qu’un autre mange, et que mes rejetons soient déracinés ! …

9Si mon cœur s’est laissé attirer vers une femme et que j’aie fait le guet à la porte de mon prochain,

10Que ma femme tourne la meule pour un autre, et que d’autres se penchent sur elle ;

11Car c’est là une infamie, et une iniquité punissable par les juges :

12Car c’est un feu qui dévore jusque dans l’abîme½ et qui détruirait par la racine tout mon revenu…

13Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante quand ils contestaient avec moi,

14Que ferais-je quand ✷Dieu se lèverait ? et s’il me visitait, que lui répondrais-je ?

15Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère, ne les a-t-il pas faits [eux aussi], et un seul et même [Dieu] ne nous a-t-il pas formés dans la matrice ? …

16Si j’ai refusé aux misérables leur désir, si j’ai fait défaillir les yeux de la veuve ;

17Si j’ai mangé seul mon morceau, et que l’orphelin n’en ait pas mangé ; –

18Car dès ma jeunesse il m’a honoré comme un père, et dès le ventre de ma mère j’ai soutenu la [veuve] ; …

19Si j’ai vu quelqu’un périr faute de vêtement, et le pauvre manquer de couverture ;

20Si ses reins ne m’ont pas béni, et qu’il ne se soit pas réchauffé avec la toison de mes agneaux ;

21Si j’ai secoué ma main contre un orphelin, parce que je voyais mon appui dans la porteÚ :

22Que mon épaule se démette de sa jointure, et que mon bras cassé se détache de l’os !

23Car la calamité de la part de ✷Dieu m’était une frayeur, et devant sa grandeurÛ je ne pouvais rien…

24Si j’ai mis ma confiance dans l’or, si j’ai dit à l’or fin : C’est à toi que je me fie ;

25Si je me suis réjoui de ce que mes biens étaient grands, et de ce que ma main avait beaucoup acquis ;

26Si j’ai vu le soleilÜ quand il brillait, et la lune quand elle marchait dans sa splendeur,

27Et que mon cœur ait été séduit en secret, et que ma bouche ait embrassé ma main, –

28Cela aussi serait une iniquité punissable par le juge, car j’aurais renié le ✷Dieu qui est en haut ; …

29Si je me suis réjoui dans la calamité de celui qui me haïssait, si j’ai été ému de joie lorsqueÝ le malheur l’a trouvé ; –

30Même je n’ai pas permis à ma boucheÞ de pécher, de demander sa vie par une exécration ; …

31Si les gens de ma tente n’ont pas dit : Qui trouvera quelqu’un qui n’ait pas été rassasié de la chair de ses bêtesß ? –

32L’étranger ne passait pas la nuit dehors, j’ouvrais ma porte sur le chemin ; …

33Si j’ai couvert ma transgression comme Adam, en cachant mon iniquité dans mon sein,

34Parce que je craignais la grande multitude, et que le mépris des familles me faisait peur, et que je sois resté dans le silence et ne sois pas sorti de ma porte…

35Oh ! si j’avais quelqu’un pour m’écouter ! Voici ma signature. Que le Tout-puissant me réponde, et que ma partie adverse fasse un écrit !

36Ne le porterais-je pas sur mon épaule ? Ne le lierais-je pas sur moi comme une couronne ?

37Je lui déclarerais le nombre de mes pas ; comme un prince je m’approcherais de lui…

38Si ma terre crie contre moi, et que ses sillons pleurent ensemble,

39Si j’en ai mangé le revenu sans argent, et que j’aie tourmenté à mortà l’âme de ses possesseurs,

40Que les épines croissent au lieu de froment, et l’ivraie au lieu d’orge !

Les paroles de Job sont finies.

Notes

alitt. : de mon sein.
bou : qui rebâtissent des édifices ruinés.
cou : lorsqu’ils.
dlitt. : perfection.
eles cordes qui retiennent une tente ; comp. Ésaïe 33. 20.
fou : la colère.
glitt. : les fils de la flamme.
hou : habiles.
iou : renversé.
jlitt. : des mains.
kou : tes parcs.
llitt. : ensemble.
mou : est devenu comme.
nou : car je.
oc.-à-d. : à l’époque de leur baisse.
pailleurs : serviteur.
qmot hébreu très vague désignant le séjour des âmes séparées du corps.
rici plutôt : souffle, vapeur.
spropr. : péché audacieux, rébellion [contre Dieu]  ; voir 34. 37.
tlitt. : maison.
uou : une fontaine.
vici et 9. 20-22 : complet, à qui rien ne manque.
wou : Jusqu’à ce.
xou : ne le savent pas, quand il.
you : l’étendue.
zc.-à-d. : les régions étoilées.
{litt. : ceux qui secourent Rahab.
|c.-à-d. : de la terre.
}ou : avec du savon.
~ou : médiateur.
litt. : un rugissant ; voir 4. 10.
€d’autres lisent : Cesse donc, et retire-toi.
litt. : homme de lèvres.
‚ou : contes.
ƒc.-à-d. : pour le jugement ; litt. : rassembler.
„litt. : creux, vide.
…selon d’autres : l’homme est stupide, il est privé de sens, l’homme naît.
†selon d’autres : Mépris au malheur ! selon les pensées… aise, [le mépris] est prêt pour celui dont le pied bronche.
‡ou : pour celui qui tient †Dieu dans sa main ; voir Habakuk 1. 11.
ˆou : les principaux.
‰litt. : lèvre.
Šselon d’autres : facile.
‹qqs. : Lui-même sera ma délivrance, car un.
Œhéb. : ventre.
qqs. : ton iniquité enseigne ta bouche.
Žselon d’autres : et il ne ploiera pas par son abondance.
c.-à-d. : la bouche du Tout-puissant, v. 25.
le jour de sa mort.
‘litt. : assemblée.
’ou : le mouvement.
“ou : froissé, couvert de rides.
”ou : traits.
•voir Proverbes 6. 1 ; 17. 18.
–sans doute les amis de Job.
—d’autres : corruption.
˜ou : solitudes.
™ou : Quand mettrez-vous fin à.
šou : souillés.
›d’autres : Sa misère est affamée de lui.
œlitt. : de sa peau.
selon d’autres : Ceux de l’occident… ceux de l’orient.
žqqs. : me traiter comme dur et stupide.
Ÿou : me fait un chemin tortueux.
 ou : odieuse.
¡ou : ma mauvaise odeur.
¢selon d’autres : à mes propres enfants ; litt. : aux fils de mon sein.
£comp. Ésaïe 48. 12.
¤ou : restitueront son bien.
¥peut-être : péchés de sa jeunesse ; comp. Psaume 90. 8.
¦litt. : sous son palais.
§ou : il s’est emparé d’une maison.
¨ou : comme sa nourriture.
©ou : Écoutez attentivement.
ªqqs. : [leur] lot.
«ses, c.-à-d. : [les fils] du méchant.
¬ou : Ses vases sont remplis de lait.
­litt. : mangé.
®qqs. : ne verras-tu (ou ne vois-tu) pas les ténèbres, et le débordement des eaux qui te couvre ?
¯qqs. : Suis-tu.
°litt. : leur.
±litt. : bâti.
²litt. : ma main.
³ou : je viendrais.
´ou : vers l’orient… l’occident… le nord… le midi.
µou : plus que ce qui m’était donné pour ma propre portion.
ailleurs souvent : affligés.
·litt. : [et] aux.
¸litt. : leur, celui des champs.
¹qqs. : et ils prennent en gage ce qui est sur les pauvres ; voir Exode 22. 25-26.
ºqqs. : qu’ils ont marquées de jour.
»c.-à-d. : emportés comme l’est par les vagues un objet qui surnage.
¼ou : par sa force, il traîne ; qqs. l’appliquent à Dieu.
½propr. : destruction ; héb. : abaddon ; comp. 28. 22.
¾qqs. : apaise.
¿ici : monstre marin ; ou : son insolence.
Àou : transpercé.
Áou : nous avons entendu de lui.
Âplutôt : irréprochabilité.
Ãou : quand il se sera enrichi par la rapine.
Äou : met à l’aise.
Ålitt. : quant à la main de ✷Dieu.
Æou : par.
Çselon d’autres : il n’est pas recueilli.
Èou : Car.
Élitt. : Les fils de l’orgueil.
Êlitt. : comme d’autres passages : le rugissant.
Ëou : cristal.
Ìun autre : corail ( ?) , ou : rubis.
Ílitt. : lampe.
Îpeut-être : ma jeunesse ; c’était le commencement de l’année civile.
Ïou : beurre.
Ðlitt. : se cachait.
Ñc.-à-d. : me couvrait [comme un vêtement].
Òailleurs : robe ; c’est le large vêtement extérieur des orientaux.
Óqqs. : Je leur souriais quand ils étaient sans courage.
Ôd’autres : broutent.
Õou : dans les rochers.
Ölitt. : se roulent.
×c.-à-d. : mes maux (douleurs) .
Øou : la tempête me dissout.
Ùou : Lorsque [Dieu] étend sa main, la prière n’est rien, quoiqu’ils crient dans la destruction qu’Il leur envoie.
Úla porte de la ville.
Ûlitt. : hauteur.
Ülitt. : la lumière.
Ýou : de ce que.
Þlitt. : mon palais.
ßhéb. : rassasié de sa chair.
àou : méprisé.

(La Bible - Traduction J.N. Darby)