Jésus quitte la Galilée et se dirige vers Jérusalem, le lieu de son sacrifice. Il ne traverse pas la Samarie mais se détourne pour longer la rive orientale du Jourdain ; il rentrera en Judée par Jéricho, car c’est là “son chemin”. Il continue son œuvre d’amour en guérissant les malades, parmi les foules qui le suivent.
Sur sa route, il doit encore faire face aux pharisiens toujours prêts à l’éprouver, et à le harceler par des questions insidieuses. Ils cherchent à le mettre en contradiction avec la loi de Moïse : y a-t-il un motif quelconque, qui autorise un homme à répudier sa femme ? En substance, Jésus leur répond : aucun. Ces gens lettrés pensent à ce qui est écrit dans le Deutéronome ; mais le Seigneur remonte à la Genèse, pour faire ressortir ce que Dieu a établi “au commencement de la création” Marc 10. 6 : il a formé l’homme et la femme en deux sexes complémentaires en vue de leur union indissoluble ; tel est le fondement du mariage. “Ils ne sont plus deux, mais une seule chair”, c’est ainsi que Dieu voit un couple. On ne peut pas se séparer de son conjoint pour être à un autre.
L’union totale et définitive des époux est donc une règle que Dieu a instituée dès la création de l’homme et de la femme. Cette unité est une figure de ce qui a été avant tout dans la pensée de Dieu lors de l’institution du mariage : l’union éternelle de Christ avec son assembléeÉphésiens 5. 29-32. La Parole insiste sur la nécessité pour l’homme de “laisser” son père et sa mère, afin de fonder un nouveau foyer (verset 5) Genèse 2. 24 ; Éphésiens 5. 31 ; l’intimité est à ce prix, et la bénédiction également. Cela ne diminue en rien les liens d’affection entre parents et enfants ; par contre, ces relations de famille pourraient être altérées par la désobéissance à ce commandement.
“Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas”, conclut le Seigneur ; et il s’arrête là. Son injonction est claire et forte ; elle s’adresse avec l’autorité divine à chacun des époux. Tout ce qui tend à les séparer est désobéissance et péché.
Mais les pharisiens ne s’en tiennent pas là ; ils en reviennent à la loi de MoïseDeutéronome 24. 1-4. Celle-ci permettait à un homme de répudier sa femme s’il découvrait en elle, après le mariage, quelque chose de malséant (la question de l’adultère n’est pas soulevée dans ce passage, car celui-ci était puni de mort) Lévitique 20. 10. Jésus répond en plaçant ses contradicteurs en face de la méchanceté du cœur de l’homme et de leur propre cœur : “votre dureté”. Dieu avait toléré le divorce au milieu de son peuple, sans doute pour éviter de graves troubles conjugaux consécutifs à l’animosité, voire à la haine. A mesure que la conscience morale du peuple s’était dégradée, les divorces s’étaient multipliés. Le prophète Malachie dévoile à quelles iniquités cela les avait conduits, c’est pourquoi l’Éternel s’écrie : “Je hais la répudiation” Malachie 2. 16. Par cette solennelle affirmation, les croyants sont maintenant avertis de ce que Dieu pense du divorce.
L’enseignement qui suit est donné par Jésus à ses disciples “dans la maison” Marc 10. 10. Ceux-ci l’interrogent, et le Seigneur présente une vérité qui n’était pas explicitement écrite dans la loi, mais qui découle tout naturellement de l’institution même du mariage : le remariage (sauf décès préalable du conjoint1 Corinthiens 7. 8, 39), conduit à l’adultère de fait (verset 9 ; 5. 32) Marc 10. 11 ; Luc 16. 18. L’enseignement des trois évangiles forme un tout ; ils ne peuvent se contredire. Seul, Matthieu ajoute la restriction : “sauf pour cause de fornication”. Rattachée à la répudiation, cette exception1 donne à une personne gravement offensée et cruellement éprouvée par la conduite infidèle de son conjoint, la permission de ne pas continuer la vie commune si cela lui est impossible. Ce n’est pas pour autant que le Seigneur cautionne le divorce ; tout son enseignement, de même que celui de l’apôtre Paul pour l’époque chrétienne1 Corinthiens 7, insiste sur la douceur, le support, la patience, le pardon, la réconciliation.
Les disciples se montrent surpris de cette affirmation du Maître, qui leur paraît bien rigoureuse au regard de la tolérance de la loi, et de la réalité des faits dans l’histoire de leur nation. S’il en est ainsi, semblent-ils conclure, il serait préférable de ne pas se marier. Plutôt que de les reprendre, le Seigneur poursuit son enseignement : qui sont ceux qui sont conduits à ne pas se marier ? Jésus nomme d’abord ceux qui naissent avec une infirmité empêchant le mariage, puis ceux qui ont été mutilés par les hommes2. Mais le Seigneur a aussi devant lui “ceux qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux”. Ils choisissent de ne pas se marier, pour se consacrer au service de Dieu. Cet appel spécial n’est pas adressé à tous, mais à ceux qui reçoivent ce don de grâce, dira l’apôtre Paul ; leur condition est alors particulièrement heureuse et bénie de Dieu1 Corinthiens 7. 7, 32, 37, 38.