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Évangile selon Luc
Sondez les Écritures - 1re année

Luc 11. 37-54

Vers Jérusalem. Première étape

9. La visite à un pharisien et le jugement des formes religieuses

La visite au pharisien : versets 37, 38

Le Seigneur est alors invité à dîner chez un pharisien. Luc relate trois occasions semblables :

  • La première fois, Simon l’avait prié de manger à sa table (7. 36-50). Une femme de la ville avait alors répandu le parfum du vase d’albâtre et obtenu le pardon de ses péchés.
  • La deuxième fois (11. 37-54), le Seigneur met à nu l’hypocrisie et le jugement des formes religieuses des chefs du peuple.
  • La troisième fois (14. 1-24), le Seigneur guérit l’homme hydropique, puis enseigne comment s’abaisser devant le monde, devant les frères et devant Dieu, avant d’appeler au souper de la grâce.

A l’invitation du pharisien, le Seigneur entre dans sa maison et se met à table. Lorsque la grâce est présentée au docteur de la loi dans le récit du bon samaritain, le Seigneur prend naturellement le nom de son abaissement, Jésus (10. 29, 37) ; de même lorsqu’il s’arrête à la maison de Béthanie pour y goûter la communion de ceux qui lui sont attachés (10. 39, 41). Ici, dans la maison du pharisien, le Seigneur (revêtu de son autorité) prend de droit la position de chef de la maison, en se mettant à table et en renversant l’hypocrisie des habitudes sociales si prisées dans le monde (et peut-être trop souvent aussi chez les chrétiens). Le pharisien s’étonne fort que le Seigneur ne se soit pas auparavant lavé, selon la tradition des anciens. Le pharisien n’avait-il pas manqué à ses devoirs d’hôte, comme Simon précédemment (7. 44) ? La même critique avait déjà été adressée au Seigneur au sujet des habitudes de ses disciplesMatthieu 15. 1, 2.

En fait, il n’y avait rien pour Christ dans cette maison, derrière le vernis des belles apparences, et le Seigneur, avec miséricorde, mais sans ménagement, met à jour et juge sévèrement l’état des cœurs encombrés de toutes les formes religieuses sans la vie divine.

Le dehors et le dedans : versets 39-41

Non seulement les pharisiens, propres justes, méprisaient les autres hommes (18. 9), mais leur apparence extérieure irréprochable cachait un cœur méchant. C’est une illustration frappante de l’enseignement du paragraphe précédent touchant la lumière et l’oeil : ici, l’oeil était méchant, le corps était ténébreux et la lumière même était devenue ténèbres chez les pharisiens. Les scrupules ne sont pas la conscience, et ce qui importe pour Dieu, c’est un cœur purifié par l’obéissance à la vérité1 Pierre 1. 22. En outre, les pharisiens, égoïstes, négligeaient leurs devoirs à l’égard de leurs parentsMatthieu 15. 5 et de leurs frères (11. 41). Cette négligence démontrait l’état de leur cœur, d’où sortent toutes les choses qui souillent l’hommeMatthieu 15. 18-20.

Les trois malheurs aux pharisiens : versets 42-44

Le Seigneur poursuit la mise à nu des motifs du cœur et appelle trois malheurs successifs sur les pharisiens.

  • La dîme des herbes aromatiques (verset 42). La loi enseignait de payer la dîme de tous les biens d’un Israélite (le blé, le moût et l’huile par exemple). Poussant leurs scrupules à l’extrême, les pharisiens appliquaient le commandement aux moindres détails et payaient la dîme sur des denrées n’ayant qu’une valeur insignifiante (menthe, cumin et rue1) : la chose n’était pas mauvaise en elle-même (il ne fallait “pas laisser celles-là”), mais il était beaucoup plus important de s’attacher aux principes moraux (le jugement et l’amour de Dieu) que les pharisiens ignoraient complètement (“il fallait faire ces choses-ci”).
  • La première place dans le monde (verset 43) : ils recherchaient leur propre gloire et celle des hommes, plutôt que celle de DieuJean 5. 44. Or, “ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu” (16. 15).
  • Les sépulcres qui ne paraissent pas (verset 44) : un monument funéraire, ou même une simple pierre tombale cache les ossements et la corruption qui se trouvent au-dessous : c’était le véritable état moral des pharisiens.

Les trois malheurs aux docteurs de la loi : versets 45-52

Un docteur de la loi conteste les paroles du Seigneur qui prononce en réponse trois autres malheurs sur ceux qui enseignaient le peuple.

  • Les fardeaux imposés aux autres (verset 46). Refusant de respecter eux-mêmes les commandements divins, ils imposaient aux autres des ordonnances humaines ; l’apôtre Pierre, plus tard, dénoncera la même tendance parmi les croyants de Jérusalem : “Pourquoi tentez-vous Dieu en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères, ni nous n’avons pu porter ?” Actes 15. 10, 28 À l’inverse, l’amour chrétien conduit à porter les charges les uns des autres, en accomplissant la loi du ChristGalates 6. 2.
  • Les tombeaux des prophètes tués par leurs pères (versets 47-51). Les chefs religieux d’Israël paraissaient honorer la mémoire des prophètes en leur bâtissant des tombeaux. C’était le comble de l’hypocrisie et de l’endurcissement, car les fils étaient de cœur avec leurs pères en rejetant le témoignage des prophètes de Dieu. La preuve suprême allait être donnée dans la personne du dernier et du plus grand des prophètes envoyés par Dieu, son “unique Fils bien-aimé” Marc 12. 6 ; Matthieu 21. 37 (20. 13), qu’Israël rejetait et mettait à mort.

Le premier martyr a été Abel le juste, dont le sang a été répanduGenèse 4. 10, premier élu introduit dans la bénédiction céleste à travers le premier crime commis par un homme. Le dernier prophète mentionné par le Seigneur ici, est Zacharie, fils de BarachieMatthieu 23. 35, lapidé par ordre du roi Joas dans le parvis de la maison de l’Éternel2 Chroniques 24. 22, et disant à sa mort : “Que l’Éternel regarde, et redemande”. Tous ces crimes, expression de la haine religieuse, seront redemandés à “cette génération” (verset 51). Ce mot “génération” présente ici un sens moral ; il s’agit, comme précédemment (11. 29-31), de la race d’Israël vue dans son orgueil, son endurcissement et sa culpabilité. Cette même race appelle sur elle son propre jugement en demandant : “Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants !” Matthieu 27. 25. Et pourtant, merveilleuse grâce divine, ce sang de l’expiation “parle mieux qu’Abel” Hébreux 12. 24, et Jésus devient “médiateur d’une nouvelle alliance”, scellée par son sang en faveur de son peuple terrestre. Que dire aussi de tout le sang des martyrs chrétiens, versé d’abord par le peuple juif (comme Étienne), puis par les nations païennes (comme au temps de Smyrne), et plus tristement encore, par la chrétienté professante elle-même, qui deviendra Babylone la grande, “la femme enivrée du sang des saints et du sang des témoins de Jésus” Apocalypse 17. 6 ; 18. 24 ?

  • La clé de la connaissance enlevée (verset 52). Possédant la loi, les docteurs auraient dû la respecter eux-mêmes, et l’enseigner au peuple à l’image d’Esdras autrefoisNéhémie 8. 8, pour que soit ouverte la porte de la bénédiction, par la clé de la connaissance. Au contraire, ils refusaient la vérité pour eux-mêmes et empêchaient les autres d’y avoir accès. C’est l’occasion du sixième malheur sur les chefs du peuple (pharisiens et docteurs de la loi). La même attitude des Juifs se répétera au début du christianisme à l’égard de l’évangile qu’ils refuseront pour eux-mêmesActes 13. 46, empêchant aussi les apôtres de parler aux nations1 Thessaloniciens 2. 15, 16.

Conclusion : versets 53, 54

Quel spectacle que de voir le saint Fils de Dieu gardant le silence dans une dignité parfaite, entouré d’une meute d’hommes méchants lui dressant des pièges et cherchant en vain à le trouver en défaut !

En fait, c’était eux-mêmes qui étaient convaincus de péché, et le Seigneur manifeste leur véritable état par sa miséricorde à l’égard des autres. Désormais, il va parler aux foules (parmi lesquelles il distingue ses amis), puis à ses disciples.

Notes

1La rue était une plante aromatique et médicinale cultivée en Orient.

Luc 11

37Alors qu’il parlait, un pharisienA l’invite à manger chez lui. Une fois entré, il se mit à table ; 38mais le pharisien, voyant [cela], s’étonna qu’il ne se soit pas d’abord lavé, avant le repas. 39Le Seigneur lui dit : Ainsi, vous les pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais au-dedans vous êtes pleins de rapine et de méchanceté. 40Insensés ! Celui qui a fait le dehors, n’a-t-il pas aussi fait le dedans ? 41Donnez plutôt comme aumône ce que vous avez, et voici, tout vous sera pur.
42Mais malheur à vous, pharisiens ! Car vous payez la dîmeA de la menthe, de la ruea et de toute sorte d’herbes, et vous négligez le [juste] jugementb et l’amour de Dieu : il fallait faire ces choses-ci et ne pas laisser celles-là.
43Malheur à vous, pharisiens ! Car vous aimez les premiers sièges dans les synagoguesA et les salutations dans les places publiques.
44Malheur à vous ! Car vous êtes comme les tombeaux que rien ne signale ; et les hommes marchent dessus sans le savoir.
45L’un des docteursA de la Loi, répondant, lui dit : MaîtreB, en disant cela, c’est nous aussi que tu insultes. 46Il répondit : À vous aussi, malheur, docteurs de la Loi ! Car vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et vous-mêmes vous ne touchez pas ces fardeaux d’un seul de vos doigts.
47Malheur à vous ! Car vous bâtissez les tombeaux des prophètes – et vos pèresA les ont tués ! 48Vous rendez donc témoignage aux oeuvres de vos pères et vous y prenez plaisir ; car eux les ont tués, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. 49C’est pourquoi aussi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtresc : ils en tueront et en persécuteront, 50afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la fondation du monde, 51depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, qui périt entre l’autel et la Maisond : oui, vous dis-je, il en sera demandé compte à cette génération.
52Malheur à vous, docteurs de la Loi ! Car vous avez enlevé la clé de la connaissance : vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés.
53Comme il leur disait celae, les scribesA et les pharisiensA se mirent à le harceler violemment ; et ils le provoquaient à parler sur beaucoup de sujets, 54lui tendant des pièges pour surprendre quelque parole de sa bouche, afin de l’accuser.

Notes

avoir dîmeA ; ils tenaient compte même des plantes médicinales (rue), poussant spontanément ou cultivées en petite quantité.

bla juste appréciation.

cou : messagers.

ddésigne le Temple.

ecertains lisent : Comme il sortait de là.

(Traduction révisée)