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Formés à l'école de Dieu
J.B. Stoney

Ézéchias apparaît à une époque particulièrement critique de l’histoire d’Israël. La manière dont Dieu le prépare et l’enseigne pour ce temps difficile est très instructive. Il y a souvent une grande ressemblance entre la position que nous sommes appelés à occuper nous-mêmes, et celle des serviteurs distingués par Dieu. Cette ressemblance est très marquée entre les grands et les petits dans la maison de Dieu, et l’étude de Sa façon d’agir envers un éminent serviteur est en aide souvent à un moindre serviteur, qui peut être inconnu au-delà de son entourage immédiat. Cependant ce dernier peut apprendre tout aussi bien, et il peut être aussi profondément discipliné sous Sa main, que le serviteur le plus en vue et le plus distingué.

L’histoire d’Ézéchias nous présente deux choses : d’abord comment il reçoit la force pour relever le témoignage du Seigneur, d’une manière remarquable, dans un temps où tout est tombé au niveau le plus bas, où tout semble irrémédiablement ruiné ; ensuite comment il est enseigné, par la souffrance et par la conviction de la ruine de toutes choses ici-bas et de leur fin prochaine, à s’en remettre à Dieu. Il est très instructif de s’arrêter sur une histoire comme celle-là, et d’observer comment Dieu conduit son serviteur, comment il l’emploie pour faire Sa volonté et pour marcher dans Ses voies, en lui apprenant que tout est perdu, s’il s’appuie sur l’homme.

La première mention que nous avons d’Ézéchias est « qu’il ôta les hauts lieux, et brisa les statues, et coupa les ashères, et mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, car jusqu’à ces jours-là les fils d’Israël lui brûlaient de l’encens ; et il l’appela : Nehushtan » (morceau d’airain) (2 Rois 18. 4). C’est un acte audacieux et décisif par lequel il ouvre sa carrière comme serviteur de Dieu, car les hauts lieux existaient dès avant le règne de Salomon, pendant son règne et jusqu’à ce jour (voir 1 Rois 3. 3). Nous ne savons pas par quelle école Ézéchias a déjà passé, qui a pu le qualifier pour une action si prompte et si décidée. Le récit des actes de son père et l’état de choses relatif au témoignage du Seigneur, ne nous préparent pas à voir ce jeune homme de vingt-cinq ans agir avec tant de vigueur et de décision au moment même de son accession au trône. Il émerge des décombres de la grandeur passée, comme s’il n’avait eu aucun contact avec cette ruine, comme si même il avait été enseigné à s’en séparer et à dénoncer tout ce qui l’entoure.

Il prend sa place sur la scène, tel un autre David allant visiter ses frères dans la vallée d’Ela. Séparé d’eux et pourtant au milieu d’eux, il s’applique à faire disparaître tout ce qui déshonore Dieu. Son œuvre porte la marque de l’école où il a appris, du milieu où se sont formées ses pensées. La manière dont nous agissons, quand vient le moment d’agir, manifeste la nature des principes dont nous avons été nourris.

La réforme opérée par le jeune roi témoigne qu’il a été élevé à l’école divine d’une manière peu ordinaire. David a été préparé dans le désert pour le combat contre Goliath ; et il faut qu’Ézéchias ait été préparé et exercé, sinon il n’aurait pas pu réprimer avec une telle maîtrise le désordre qui l’entoure. Ce sont ces désordres même qui forment et mettent à l’épreuve le serviteur de Dieu. Quelqu’un peut les admettre, un autre s’en affliger, un troisième essayer d’y remédier avec des moyens insuffisants ou mal appropriés, dans l’espoir d’améliorer les choses ; mais celui qui a reçu de Dieu la révélation de ce qu’est le véritable ordre divin, ne peut rien proposer ou accepter de moins que ce que fait Ézéchias. Pour le serviteur de Dieu, il n’y a pas de compromis : il agit selon la mesure de Dieu, quelles que soient les choses qui doivent être remises en ordre. Ce peut être une très petite chose ; d’autres serviteurs de Dieu peuvent l’avoir laissé passer, mais cela indique d’une manière particulière la hauteur du dessein du serviteur fidèle.

La destruction du serpent d’airain par Ézéchias le désigne immédiatement comme quelqu’un dont l’âme a été formée par Dieu pour son service ; car, bien que nous n’apercevions pas toujours la discipline, nous voyons ses fruits, que rien d’autre n’aurait pu produire et développer. Tout d’abord la gloire de Dieu est maintenue ; Ézéchias est affermi et affirme de tous côtés les droits de son appel et sa véritable dignité comme roi de Juda. « Et l’Éternel fut avec lui : partout où il allait, il prospéra. Et il se révolta contre le roi d’Assyrie, et ne le servit pas ». (2 Rois 18. 7). Mais Ézéchias ne fait pas seulement qu’affirmer et maintenir sa vraie place de roi pour Dieu ; il maintient aussi d’une manière complète, le témoignage de Dieu. Il ne suffit pas de s’opposer aux ennemis et de leur résister, de les forcer à rendre ce qu’ils ont usurpé ; nous devons aussi faire voir ce qu’est la vérité de Dieu. Ézéchias ne se montre pas seulement plus fort que ses ennemis, il se voue au rétablissement du témoignage de Dieu.

Dans la première année de son règne, au premier mois, il ouvre les portes de la maison de l’Éternel et les répare. Et il agit dans cette œuvre de restauration et de bénédiction d’une manière si complète et si efficace qu’il est dit : « il y eut une grande joie à Jérusalem ; car depuis les jours de Salomon, fils de David, roi d’Israël, rien de semblable n’avait eu lieu à Jérusalem » (2 Chroniques 30. 26). Cela est résumé au chapitre 31. 20 : « Et Ézéchias fit ainsi dans tout Juda. Et il fit ce qui est bon, et droit, et vrai, devant l’Éternel, son Dieu ». Résister au mal, introduire le bien, indique que l’on possède la puissance divine. Là où il n’y a que la conviction ou la persuasion seules, sans puissance divine, on ne trouve qu’imperfection. « Les jambes du boiteux sont sans force » (Proverbes 26. 7). On peut faire des efforts considérables pour résister à l’ennemi, mais on n’en fera pas d’aussi grands pour rétablir la vérité. D’un autre côté il peut y avoir un vrai désir de la rétablir tout en composant avec ce qui lui est contraire, le désir de supprimer le vice sans avoir égard au témoignage de Dieu ; ou une entente entre ce qui est réellement opposé à Christ et la profession de Son nom. Tel n’est pas Ézéchias ; il n’est pas sans force ; il résiste au mal, il cherche la vérité de Dieu dans sa vraie force et dans son excellence, et il la défend. Il a atteint un degré que nous admirons tous, et que nous devons par dessus tout chercher à atteindre.

Ce que je viens d’esquisser rapidement s’est passé pendant les quatorze premières années du règne d’Ézéchias, un temps prospère et utile ; mais plus quelqu’un est utile, plus il a besoin d’apprendre à en avoir fini avec lui-même, et à trouver qu’il a tout en Dieu. C’est pourquoi nous voyons que certains des serviteurs de Dieu sont profondément formés par Lui au début, afin d’être préparés pour une carrière utile ; d’autres, après un temps de service utile, sont abaissés et affligés afin d’apprendre combien Dieu, en lui-même, est vraiment et parfaitement suffisant pour tout.

La quatorzième année du règne d’Ézéchias est pleine d’événements importants pour lui ; nous lisons en effet en 2 Rois 18. 13 : « Et la quatorzième année du roi Ézéchias, Sankhérib, roi d’Assyrie, monta contre toutes les villes fortes de Juda et les prit ». Et en 2 Chroniques 32. 1 : « Après ces choses (celles dont j’ai parlé plus haut) et cette fidélité, Sankhérib, roi d’Assyrie, vint et entra en Judée » ; c’est aussi en ces jours-là qu’Ézéchias fut malade à la mort (verset 24). Épreuve au dehors et épreuve au dedans ! Sa maladie a eu lieu dans la quatorzième année de son règne, car il lui fut ajouté à ce moment quinze ans de vie, et nous savons qu’il a régné vingt-neuf ans en tout. Elle a une importance comme type ; car les exercices par lesquels passe Ézéchias pendant cette maladie, préfigurent ce qu’Israël devra traverser avant sa délivrance finale.

Il est beau et intéressant de voir Ézéchias marcher pendant quatorze ans (2 fois sept, période doublement parfaite) sur la terre devant Dieu, avec dignité et fidélité. Mais maintenant nous allons l’observer dans des circonstances bien différentes, opprimé par le roi d’Assyrie, profondément et douloureusement travaillé dans son âme devant Dieu, et nous devrons en tirer une leçon. L’histoire est simple : la quatorzième année du règne d’Ézéchias, Sankhérib monte et assiège certaines villes de Juda. Ézéchias lui paye alors une certaine somme, une rançon, pour qu’il se désiste. Mais Sankhérib revient (peut-être à son retour d’Égypte) et menace Jérusalem ; c’est probablement entre ces deux invasions qu’Ézéchias tombe malade. Pendant quatorze ans il a marché avec Dieu et a prospéré. Puis, pour la première fois, un manquement apparaît dans sa carrière. Au lieu de repousser l’invasion du roi d’Assyrie, comme il l’aurait fait autrefois, il essaye de l’éviter en payant. Au commencement de son règne, sans ressources apparentes, il s’est libéré du joug de l’Assyrie et ne l’a plus servie. Tandis que maintenant, solidement établi et puissant de toutes manières, il est manifestement sans force et incapable de maintenir la position acquise par la seule foi.

Comme cela explique les fréquents manquements des serviteurs de Dieu ! Mais on le comprend aisément : quand je sers Dieu dans Sa dépendance, quand je considère Sa façon d’agir envers moi, je suis plein de hardiesse, même si je ne vois aucun moyen de me maintenir moi-même dans Son chemin ; mais quand je commence à me reposer sur les fruits de ma fidélité, sur les biens et les ressources que Dieu m’a donnés, je risque de les perdre, si je ne les garde pas de sa part et avec Lui. Il en est ainsi d’Ézéchias. Lui qui a pris sa vraie place avec tant de hardiesse, et qui a reçu les droits divins dont il est investi, ne peut pas les maintenir ; il s’abaisse et a recours à l’indigne expédient d’acheter celui qu’il a défié quand sa foi était à l’œuvre. Quel contraste entre la confiance que la foi en Dieu donne, et celle qui a sa source dans les ressources humaines si grandes soient-elles ! Ézéchias, lorsqu’il n’a rien d’autre que Dieu, peut refuser de servir le roi d’Assyrie ; mais ayant acquis un grand pouvoir et en pleine prospérité il s’abaisse à la position d’un vassal.

C’est à cette occasion, je pense, que sa maladie lui est envoyée. Elle lui était sûrement nécessaire. Dieu veut lui apprendre par elle ce qu’est la mort, et combien elle est terrible pour l’homme en tant qu’homme. Il n’y a rien de plus touchant que le récit que fait Ézéchias lui-même de ses sentiments quand il se trouve en présence de la mort. L’Éternel lui fait dire par le prophète Ésaïe : « Donne des ordres pour ta maison, car tu vas mourir et tu ne vivras pas. Et Ézéchias tourna sa face contre la muraille, et pria l’Éternel. Et il dit : Hélas, Éternel ! Souviens-toi, je te prie, que j’ai marché devant toi en vérité et avec un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui est bon à tes yeux. Et Ézéchias versa beaucoup de larmes » (Ésaïe 38).

C’est un exercice et une discipline que chaque saint doit éprouver d’une manière ou d’une autre. Ce moment, terrible pour la nature, doit être connu et senti. Et quel moment ! Quand tout ce qu’un homme aime, tout ce qui le relie à ses propres œuvres et à sa volonté, il le voit se dissoudre ! Plus sa situation a été élevée, plus ses occupations ont embrassé un vaste domaine, plus ses relations ont été agréables, plus ses affections ont été vives, plus terrible est l’arrachement qu’il éprouve dans la mort. Pourtant il est réservé aux hommes de mourir une fois, mais quand un homme a occupé une haute situation ici-bas, il lui est d’autant plus douloureux et angoissant de s’en séparer ; plus l’homme, en tant qu’homme, est bon et utile, plus la mort lui semble fâcheuse et insupportable. Mais c’est le jugement inscrit sur l’humanité ; et même le croyant souffre dans son âme comme homme, quand il passe à travers la mort comme Ézéchias. Ce dernier est un homme excellent et éminemment utile ; il a marché devant Dieu en vérité et avec un cœur parfait. Sa souffrance devant la mort ne résulte pas d’un doute quant à son salut final, mais il voit la mort comme ce qui doit le séparer de tout ce qui l’intéresse ici-bas, de toutes les choses dans lesquelles il est engagé. Un homme qui a conscience d’être un centre d’utilité et de force sur la terre, indépendamment d’autres considérations, peut-il accepter légèrement d’être privé de sa position et de sa sphère d’activité par la puissance de la mort ? Si on perçoit ce que c’est que d’être séparé de tout ce que l’on aime, de tout ce à quoi on tient comme homme, de tous ceux qui vous chérissent et vous considèrent comme faisant partie de leur existence, on ne peut que sympathiser avec Ézéchias.

L’expérience d’Ézéchias nous montre comment un homme de Dieu, une âme régénérée, éprouve cet arrachement. Bien entendu nous ne voulons pas faire allusion à la manière dont un chrétien traverserait cette épreuve : il sait que, de l’autre côté du tombeau, en dehors de la chair et au-dessus d’elle, il possède la vie en Christ. Pourtant il doit la traverser. Et s’il le fait si victorieusement, ce n’est pas parce qu’elle est moindre pour lui que pour Ézéchias, mais parce qu’il a reçu par grâce la vie dans le Fils de Dieu ressuscité – il ne souffre pas moins, mais il connaît infiniment mieux qu’Ézéchias le bonheur qui l’attend.

Pour l’homme, rendre son âme c’est la fin de tout lien avec ce qui l’intéresse, l’attire, et donne du prix à sa vie. Bien sûr, on peut être usé et fatigué par la tristesse ou la maladie, et soupirer après le repos ; néanmoins être séparé de tout ici-bas sans avoir une espérance céleste, c’est quelque chose de terrible. Ézéchias l’exprime bien quand il dit (Ésaïe 38. 10) : « Au méridien de mes jours j’irai dans les portes du shéol ; je suis privé du reste de mes années. Je disais : Je ne verrai pas Jah, Jah dans la terre des vivants ! Avec les habitants du lieu où tout a cessé, je ne contemplerai plus l’homme. Ma durée s’en est allée, et elle est transportée loin de moi comme une tente de berger. J’ai, comme le tisserand, coupé ma vie ; … il me séparera de la penne ; du jour à la nuit tu en auras fini avec moi. J’ai possédé mon âme jusqu’au matin ; … comme un lion, ainsi il me brisait tous les os. Du jour à la nuit, tu en auras fini avec moi ! … Comme une hirondelle, comme une grue, ainsi je grommelais, je gémissais comme une colombe ; mes yeux se sont consumés en regardant en haut ». On voit que cet écrit d’Ézéchias est le récit fait par l’Esprit, des sentiments produits en lui par cette dure discipline. Mais lorsqu’il en vient à dire : « Seigneur, je suis opprimé ; garantis-moi », il y a évidemment une nouvelle lumière dans son âme ; il entre dans la résurrection en espérance. Il peut dire maintenant : « Seigneur, par ces choses on vit, et en toutes ces choses est la vie de mon esprit. Et tu m’as rendu la santé, et tu m’as fait vivre… tu as aimé mon âme, la retirant de la fosse de destruction » (on trouve là aussi le sentiment du pardon de l’Éternel) « car tu as jeté tous mes péchés derrière ton dos… Le vivant, le vivant est celui qui te louera, comme moi aujourd’hui ».

La discipline a rempli son but si béni. C’était une terrible épreuve, mais aucune autre ne pouvait l’amener à se confier entièrement en Dieu comme source et fontaine de vie. Il faut absolument que je connaisse et que je sache ce qu’est la mort comme homme, pour pouvoir apprécier la bénédiction actuelle qu’il y a de vivre par le Fils de Dieu, et pour Dieu d’une manière qui Lui plaise et qui convienne à Sa sainteté et à Sa justice. Ce n’est pas chose facile ; car c’est la somme et la fin de toute discipline. Si nous nous considérions réellement comme morts et si nous permettions à l’Esprit de maintenir Christ en nous en toute chose, nous pourrions supporter le cours de l’épreuve et être rendus capables de dire : « Le vivant, le vivant est celui qui te louera, comme moi aujourd’hui ».

Maintenant Ézéchias a fait de merveilleuses expériences. Il sait ce que c’est que d’être dans la vallée de l’ombre de la mort ; il a vu les lumières d’ici-bas s’éteindre une à une, et le câble d’argent se détacher (Ecclésiaste 12. 6), et il connaît la puissance de Dieu qui l’a relevé. Il a été bien discipliné par la tendre main de Dieu : va-t-il maintenant marcher suivant l’enseignement qu’il a reçu pour être renouvelé en connaissance ? La fin de l’histoire d’Ézéchias nous montre les épreuves auxquelles est exposé quelqu’un qui a été instruit comme il l’a été. Nous allons voir comment il tombe dans le piège mais en même temps comment il donne la preuve qu’il a retiré du profit de la discipline par laquelle il est passé. Cela semble paradoxal qu’après un temps de discipline profonde et bénie pour lui, un homme puisse manifester d’une part une faiblesse spéciale et d’autre part une force spéciale ; pourtant il en est ainsi. La faiblesse de la nature est mise à nu, et la force de la grâce est manifestée. C’est une erreur que l’on fait souvent de penser que la grâce met un voile sur la chair, et empêche de la voir ; elle ne lui donne jamais une fausse apparence. Au contraire, plus il y a de grâce, plus la laideur de la chair est rendue visible, si celle-ci n’est pas jugée et soumise. Il n’est pas rare non plus de voir une brutale manifestation de la chair, là où il y a un vrai et profond courant de la grâce.

Le mal devrait être découvert avant qu’il ne puisse agir : si, dans ma marche, je me tiens près du Seigneur, il en sera ainsi. Le fait que la grâce soit là n’empêche pas le mal d’être mis au jour. Si ce mal est jugé devant Dieu, il sera ôté sans avoir été publiquement manifesté par des actes ; sinon, la grâce ne le cachera pas ; il sera amené en pleine lumière, et recevra là le jugement de la part de Dieu. Mais si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés.

Plus nous aurons avancé dans la grâce, plus la chair sera mise à découvert, si elle n’est pas soumise par cette grâce que nous avons reçue. Ézéchias, dans l’affaire des ambassadeurs de Babylone, trahit ce qu’il est dans sa nature ; lui qui a dit : « J’irai doucement toutes mes années », n’est pas capable de résister à la flatterie du monde. « Ézéchias », est-il dit, « se réjouit de leur venue, et leur montra la maison où étaient renfermés ses objets précieux, l’argent et l’or, et les aromates et l’huile fine, et tout son arsenal, et tout ce qui se trouvait dans ses trésors ; il n’y eut rien qu’Ézéchias ne leur montrât dans sa maison et dans tous ses domaines ». L’homme qui a appris, par la discipline, ce qu’est la résurrection, n’est pas à l’abri de l’orgueil qu’il y a à être reconnu et à se faire estimer par Babylone. Il cède et attire en conséquence le jugement sur sa maison. Il donne ainsi une preuve frappante de l’incurabilité du cœur de l’homme naturel ; c’est quand on fait grand cas de l’homme, qu’il est mis à l’épreuve. « Le creuset est pour l’argent… ainsi l’homme, pour la bouche qui le loue » (Proverbes 27. 21). Le simple fait qu’être reconnu et exalté soit une satisfaction pour la chair, donne la preuve positive du danger qui nous menace.

Ézéchias tombe dans ce piège ! Quelle chute pour un homme qui a connu la mort et la résurrection ! Babylone personnifie tout le principe d’égoïsme et d’indépendance de ce monde. Dans son manque de foi et sa vanité, Ézéchias recherche l’estime de Babylone et cela attire le jugement sur sa famille. La faiblesse d’Ézéchias est mise à découvert, et le jugement lui est infligé. Ses enfants et son peuple, dans le gouvernement de Dieu, doivent en souffrir les conséquences.

Mais, d’un autre côté, il est pour nous un bel exemple de la manière dont devrait agir un homme lorsqu’il se trouve devant des difficultés en apparence insurmontables. Si la flatterie de Babylone découvre la faiblesse et la vanité de sa nature, ce qui est toujours le cas dans la prospérité mondaine, l’invasion et la terrible menace de l’Assyrien (2 Rois 18. 17) ne font que mettre en lumière la solidité de sa confiance en Dieu. La grande discipline qu’il a traversée n’a pas été sans résultat. Vis-à-vis de l’homme, il conserve une dignité calme et imperturbable. Au sujet des messages envoyés par le roi d’Assyrie, il est dit que le « commandement du roi » était : « Vous ne lui répondrez pas ». Mais il décharge son cœur devant l’Éternel, et lui expose toute sa détresse. Il a auparavant, par faiblesse, tenté de payer l’envahisseur ; maintenant il déchire ses vêtements, se couvre d’un sac et entre dans la maison de l’Éternel. La place qu’il prend et toute son attitude sont exactement l’opposé de ce qu’il fera avec les ambassadeurs de Babylone ; et il est consolant de le voir, lui qui a été tiré de la mort – et qui a appris réellement ce qu’est la mort – être là comme n’étant rien en lui-même, mais ayant espérance en Dieu.

Quand l’Éternel a promis à Ézéchias la guérison de sa maladie, Il lui a aussi promis de le délivrer de l’Assyrien (2 Rois 20. 6). La victoire de l’Éternel est complète ; mais le cœur d’Ézéchias doit encore apprendre combien il est difficile de résister devant la flatterie et l’approbation du monde. Ézéchias comprend face à la mort quelle est la puissance de Dieu ; c’est pourquoi sous la pression de l’Assyrien, il se tourne vers Dieu. Mais quand il est entouré et flatté par les ambassadeurs de Babylone, il tombe sous l’influence fatale du système qu’ils personnifient.