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Formés à l'école de Dieu
J.B. Stoney

L’histoire de Joseph est l’histoire des épreuves et des devoirs d’un serviteur de Dieu. Le mal qui est dans la nature humaine et les fautes qu’il produit ne nous sont pas décrits dans sa vie, comme dans celles des hommes que nous avons étudiés précédemment. En tout premier lieu Joseph est considéré comme un serviteur et un instrument pour l’œuvre de Dieu ; nous allons donc essayer de retracer les exercices par lesquels il lui a fallu passer pour être rendu propre à cette œuvre.

Nous le voyons tout d’abord dans la maison de son père. « Israël aimait Joseph plus que tous ses fils, parce qu’il était pour lui le fils de sa vieillesse, et il lui fit une tunique bigarrée » (Genèse 37. 3). Distingué ainsi par l’amour de son père, son cœur s’est élargi ; la douceur de cette affection a fait naître la sienne, car rien ne produit autant l’affection en nous que l’assurance de son existence pour nous ; comme il est écrit : « nous l’aimons, parce que Lui nous a aimés le premier ». Ainsi le cœur de Joseph, dans son enfance, s’épanouit dans la merveilleuse atmosphère de l’amour paternel, mais en même temps il se trouve, par cela même, exposé à l’envie de ceux qui s’en étaient rendus indignes. « Ses frères… le haïssaient, et ne pouvaient lui parler paisiblement ». Si donc d’un côté il apprend à connaître la tendresse et les ressources de l’affection de son père, de l’autre, en raison même de cette faveur, il subit la persécution. C’est pour lui un avertissement : il lui faudra dépendre de cette affection, car en dehors d’elle et à cause d’elle, il ne pourra que souffrir.

Ainsi de bonne heure et dans le cercle familial, Joseph apprend (comme c’est le cas pour tous les serviteurs de Dieu) les principes élémentaires de cette vérité qui l’a soutenu jusqu’au faîte de sa carrière : aimé de Dieu, haï de l’homme. L’amour de son père, dont la tunique bigarrée est le signe, est une compensation pour la haine de ses frères ; il le soutient lorsqu’il rencontre leur opposition et leur envie ; c’est la première et grande leçon que le serviteur de Dieu doit apprendre en commençant sa course. C’est ce que Christ, dont Joseph est le type, a si pleinement et parfaitement réalisé : Lui qui, demeurant toujours dans la pleine conscience de l’amour du Père, a été par cela même rendu capable de rencontrer, en restant inébranlable, toute la haine et la méchanceté de l’homme. En outre, celui qui connaît le mieux l’amour du père est le plus capable de manifester cet amour, le serviteur le plus qualifié que le père puisse envoyer à ceux qui l’ignorent. « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître ». Joseph, comme type dans son caractère de serviteur, est envoyé par son père à ses frères pour s’enquérir de leur bien-être ; mais avant cela il reçoit à deux reprises des communications lui indiquant quelle serait la position qu’il occuperait plus tard. Le manque de soutien de la part de son père et l’opposition grandissante de ses frères, sont à la base de cette dépendance de Dieu et de cette indépendance de l’homme qui l’ont distingué par la suite. La perspective qui, par la grâce divine, occupe une âme, peut être incomprise de ceux qui l’entourent, même d’amis et de guides estimés ; mais elle est donnée par grâce pour l’affermir, et plus encore pour lui donner l’assurance, lorsqu’elle en voit la réalisation, de la fidélité et de la constance des soins de Dieu.

Combien peu nous prenons garde aux petites circonstances du début de notre vie, combien peu nous les estimons, combien peu nous sentons l’effet qu’elles exercent sur nous ! Dès l’enfance nous sommes formés pour la situation à laquelle Dieu nous destine. Toute notre histoire n’est qu’une succession d’événements qui nous y préparent ; le premier montrant toujours une très grande analogie avec le dernier. Il en fut ainsi avec David. Nous le voyons tout d’abord gardant son troupeau au désert, d’où il est appelé pour « paître Jacob, son peuple, et Israël, son héritage », position qu’il conserve jusqu’à la fin au travers de bien des vicissitudes. Il en est de même avec Moïse. Seul pour Dieu, avec Dieu, vu de Dieu, dans le coffret de joncs, en Madian, sur la montagne ou sur le Pisga à la fin, chaque moment de sa vie suit la même direction.

Joseph donc part pour remplir sa mission, assuré de l’amour de son père, conscient de la haine de ses frères, et secrètement impressionné par une idée de future grandeur, inconnue et encore incompréhensible. Répondant à la volonté de son père, il ne recule pas devant le danger que Jacob d’ailleurs n’appréhendait pas pour lui. Si Celui qui est plus grand que nous en amour et en sagesse, nous désigne un service qui lui est agréable, et dans lequel Lui qui sait tout, ne voit aucun danger pour nous, nous pouvons certes y entrer en simple confiance. C’est le seul esprit vrai et heureux qui convient au service. Nous sortons de la maison, lieu connu de l’amour de notre Père, pour nous lancer dans l’océan tumultueux de frères qui ne nous aiment pas, et pour être des messagers de l’intérêt que le Père leur porte ! C’est ainsi que Christ est venu, c’est ainsi que tout serviteur fidèle sera soutenu et sera utile. Joseph poursuit le chemin du service, il porte le message de son père, il montre l’intérêt que ce père a pour eux et il vient à Sichem ; mais il est arrêté dans l’exécution de sa mission parce qu’il ne trouve pas ses frères. De tels échecs se produisent souvent pour éprouver si notre vrai désir est bien de faire la volonté du Père. Le cœur de Joseph est évidemment tout entier à l’accomplissement de cette volonté, car au lieu de s’en retourner il attend là jusqu’à ce qu’il reçoive de leurs nouvelles, et les suit à Dothan, ne se doutant nullement de la réception qui l’y attendait.

Les frères de Joseph, après avoir changé plusieurs fois leurs mauvais desseins (car les propos des méchants sont nombreux, tandis qu’il n’y a qu’un seul chemin pour bien faire), le vendent aux Ismaélites, lesquels à leur tour le vendent en Égypte à Potiphar, officier du Pharaon et chef des gardes. Quel changement pour Joseph ! Sortant de la chaleur de l’amour paternel, le voilà esclave en Égypte, après avoir été presque assassiné par ses propres frères ! Est-ce que les communications divines qui lui ont été révélées dans ses songes, l’ont rendu indépendant de tout ce qui est de l’homme, amour ou haine, et dépendant de Dieu seul ? C’est à cela que la discipline à laquelle il est désormais soumis doit l’amener, c’est de cela qu’il a besoin dans cette circonstance. La vérité nous est communiquée d’abord, et nous pouvons en estimer hautement la possession ; mais l’hiver seul peut faire apprécier les fruits excellents du printemps et de l’été. Il faut que nous apprenions la grande réalité de la vérité ; Joseph doit être rejeté entièrement sur Dieu.

Mais l’hiver se passe rarement sans qu’il y ait quelque rayon de soleil ; et souvent, avant son point culminant, comme aussi avant sa fin, une période plus douce intervient. Nous sommes souvent réjouis par quelque renouveau inattendu, avant que nous ne sentions la partie la plus pesante de la discipline. C’est ainsi que Joseph prospère dans la maison de Potiphar. Mais ce n’est pas pour longtemps, – l’adversaire lui prépare un piège, que son intégrité et sa dignité lui font fuir. Nous pouvons regarder la femme de Potiphar comme une image du monde, dont elle symbolise les tentations ; puis comme elle n’a pu attirer le serviteur de Dieu, elle devient son pire ennemi. La prospérité n’est pas en elle-même un péché, mais elle est souvent accompagnée de mauvaises associations ; et la prospérité dans une mauvaise association ne peut durer pour l’âme qui craint Dieu, pour une âme fidèle. Mais quelle compensation pour cette perte ! Dieu reste ; c’est pour lui et devant lui que Joseph a agi si nettement. Que la vie de ce futur témoin pour Dieu est mouvementée ! D’abord vendu comme esclave pour avoir été le messager de l’amour de son père pour ses frères, puis jeté en prison par son maître pour avoir été le fidèle gardien de sa propriété !

Joseph apprend que ni l’amour ni la justice ne peuvent être attendus de l’homme. Il faut qu’il regarde à Dieu seul et qu’il soit rejeté sur Dieu seul. Et Dieu ne lui manque pas. « L’Éternel était avec Joseph ; et il étendit sa bonté sur lui, et lui fit trouver grâce aux yeux du chef de la tour ». Les circonstances de l’épreuve s’améliorent pour celui qui est réellement rejeté sur Dieu ; aucun événement adverse ne peut briser une énergie vraiment vivante ; ils ne peuvent que la limiter. La scène peut changer, mais non l’esprit. Moïse en Madian vient en aide aux femmes et abreuve leurs troupeaux, quand il ne peut plus aider et servir les Hébreux. Il est une aide en Madian, comme il l’a été pour son peuple en Égypte : et l’Éternel devient pour lui un sanctuaire et lui procure du soulagement dans sa servitude et sa peine. Ainsi Joseph devient bien vite aussi utile dans la prison qu’il l’avait été dans la maison du chef des gardes. « Le chef de la tour ne regardait rien de tout ce qui était en sa main, parce que l’Éternel était avec lui ; et ce qu’il faisait, l’Éternel le faisait prospérer ». Dans toute épreuve on trouve quelques rayons de lumière et de soulagement ; mais la délivrance complète est souvent retardée par notre propre hâte à l’obtenir. C’est Dieu qui doit être ce qui satisfait son serviteur, et non la délivrance ; en conséquence cette dernière est souvent remise au moment où nous ne la voyons ni ne l’espérons plus. C’est alors qu’elle peut être accordée d’une manière tellement au-dessus de notre compréhension qu’elle nous fait apprécier l’amour et l’intérêt qui nous ont entourés pendant toute la durée de l’épreuve.

Les qualités de Joseph comme serviteur de Dieu connaissant sa pensée, se manifestent d’abord d’une manière remarquable dans sa prison. Les épreuves, effet de l’inimitié de l’homme, n’arrêtent pas la vérité de Dieu. Et l’occasion va venir pour qu’elle se développe, apparemment dans les circonstances les plus désastreuses. Paul en prison est en bénédiction au geôlier ; Joseph, en prison aussi, révèle au chef des échansons les desseins de Dieu ; mais a-t-il eu raison en lui demandant d’intercéder pour sa libération ? Il doit rester prisonnier pendant deux longues années encore. Il apprend de nouveau qu’aucune confiance ne peut être placée en l’homme. Cet emprisonnement prolongé l’a certainement profondément éprouvé, car il était conscient de n’avoir rien fait pour le mériter. Il aurait pu lui paraître que Dieu l’avait oublié ; et rien n’est plus pénible que le sentiment que celui qui connaît votre situation ne fait rien pour vous venir en aide. Cela a été la grande épreuve de Job, que Dieu ne manifeste aucun souci de lui, et de Jean-Baptiste quand il entendit parler dans la prison des œuvres de Christ. Les pensées de Joseph ne nous sont pas données ; mais nous savons que Dieu avait un but en prolongeant son emprisonnement : et quand ce but est atteint « il arriva ce qu’il avait dit : la parole de l’Éternel l’éprouva. Le roi envoya, et il le mit en liberté ; le dominateur des peuples le relâcha » (Psaume 105. 19, 20). Combien peu nous comprenons que la branche qui porte du fruit doit être émondée pour que le travail de Dieu puisse se faire par elle ! La correction est nécessaire pour enlever du chemin ce que nous n’avons pas cherché à enlever ; et l’émondage pour nous débarrasser de ce dont nous désirons être débarrassés. Joseph a passé par un profond exercice depuis le jour où il quitta la maison de son père, vêtu de la tunique bigarrée qui était une marque de l’amour. À travers une suite remarquable de peines et d’exercices, il apprend que pour être propre au service de Dieu, il faut reconnaître que la faveur de l’homme est trompeuse. Il en goûte de temps en temps, pour constater qu’elle ne lui sert pas à grand-chose au moment du besoin ; et lentement mais sûrement, il apprend ce que c’est que d’être de Dieu et pour Dieu. Mais la délivrance vient enfin ; Joseph paraît devant le Pharaon comme serviteur et témoin de Dieu, dans le sens le plus élevé. Il déclare les choses à venir, et reçoit la distinction et la position à laquelle il a justement droit, et que le monde est forcé de lui accorder. Pendant un certain temps, il ne sait probablement rien du service qu’il va exercer envers ses frères, service qu’il avait essayé de leur rendre et qui avait été si cruellement repoussé. Dieu travaille pendant tout ce temps pour son peuple, et fait des préparatifs pour lui. Et avec le temps, Joseph l’apprend et le croit.

Dans ses divers entretiens avec ses frères, il nous apparaît comme un portrait exquis de l’homme divinement sage, luttant contre les plus belles émotions de son cœur ; il réprime l’expression de son affection jusqu’à ce qu’il soit assuré que le moment du dénouement est arrivé. Qu’il est touchant de voir l’anxiété et la détresse qu’il leur inflige, dans le but de leur assurer ce que son cœur désirait tant pour eux ! C’est son amour pour eux qui opère tout cela ; et en examinant sa conduite, nous voyons combien il était devenu maître de lui, et propre pour le service qu’il était appelé à rendre et à maintenir. Quel moment pour cet homme, qui avait tant souffert dans l’humiliation et qui, maintenant, était au faîte des honneurs, que celui où il se jette en pleurant au cou de son père ! Quel chemin de préparation il a dû suivre avant d’atteindre ce sommet de sa vie et de son service ! Mais il l’atteint. Par grâce il a pourvu à tous les besoins de ses frères, montrant en même temps combien il est à la hauteur de la mission qu’il a commencée au début de sa carrière et qui consiste à leur donner une juste idée de l’amour de leur père.

Pour terminer nous n’avons plus qu’à remarquer la foi qui l’a distingué. Après toute la hauteur à laquelle il est parvenu en Égypte, après tout le service qu’il a accompli, il voit par la foi, au delà, un héritage meilleur et encore plus grand. Avant de mourir il « fit mention de la sortie des fils d’Israël et donna un ordre touchant ses os ». Comme un fidèle serviteur, il clôt sa carrière, témoignant du véritable objet de la foi. Pendant sa vie il avait servi pleinement le peuple de Dieu suivant ses besoins et au moment de sa mort, il lui fait voir la seule vraie perspective et espérance de leurs âmes, l’héritage du pays promis. Les avantages présents ne doivent pas obscurcir ou intercepter cette espérance. La foi passe par-dessus l’éclat des choses présentes, et servant fidèlement son peuple jusqu’à la fin, il leur montre dans son dernier soupir leur véritable espérance et leur marche future.

Ainsi se termine la carrière de l’un des serviteurs les plus éprouvés et les plus honorés ; après de grandes épreuves, les plus grands succès ; après de grandes tristesses, les plus grandes joies ; après une grande humiliation, une grande élévation. C’est là une étude bienfaisante pour les serviteurs de Dieu – à Lui soit la gloire aux siècles des siècles.