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Formés à l'école de Dieu
J.B. Stoney

Nous comprenons qu’il faut que la vie et les circonstances du serviteur soient parfaitement adaptées à son service. Un serviteur qui n’a pas la préparation nécessaire, même s’il est plein de bonne volonté, ne rendra jamais qu’un service imparfait. Sa formation et son éducation sont toujours en rapport avec la position qu’il est chargé d’occuper, nous le voyons clairement dans l’Écriture. Jusqu’au temps de Samuel, Israël n’avait pas de roi, et « chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux ». Le peuple n’aurait-il pas dû apprendre que « qui se confie en son propre cœur est un sot », et que seule l’intervention de Dieu peut le délivrer de ceux qui dominent sur lui ? Mais au lieu de cela il s’éloigne toujours plus de toute connaissance de Dieu.

C’est pendant que se développe cet état de choses, que naît Samuel ; mais il ne prend pas sa place de serviteur de Dieu avant la mort d’Éli. Celui-ci subit les conséquences d’un état de choses qu’il réprouve, mais qu’il n’a pas la force de réformer.

La mère de Samuel représente le résidu pieux d’Israël à ce moment-là, et Samuel nous parle de la bénédiction accordée à ce résidu. Anne, à cause de sa détresse et du chagrin que lui causent son « ennemie », s’adresse à l’Éternel dans l’amertume de son âme. Elle s’abstient des formes et des démonstrations extérieures. C’est avec des soupirs intérieurs qu’elle plaide sa cause devant l’Éternel, aussi le sacrificateur de la loi ne la comprend pas.

L’affligée d’Israël est plus sage que le souverain sacrificateur, à cause de la conscience qu’elle a de sa détresse et de sa triste condition. Elle corrige l’erreur de jugement de ce dernier, et il a assez de grâce pour l’accepter.

La prière d’Anne concerne Samuel. Les besoins d’un individu, droit, saint et affligé, sont conformes à ceux de la famille entière du peuple de Dieu. La réponse à la prière d’Anne est la réponse à toutes les supplications des affligés en Israël. Samuel sera utile à chacun et à tous : il est la réponse à la prière de l’affliction, et comme tel est consacré à l’Éternel. Ainsi, un grand principe est établi dans l’histoire d’Anne : la bénédiction que Dieu nous envoie pour nous-mêmes, est assez grande pour s’étendre à tout son peuple.

Occupons-nous maintenant de Samuel lui-même. Plus son intelligence s’ouvre, plus il est conscient de son appel. Il est comme une réponse à la prière, c’est la signification de son nom ; il a été consacré à l’Éternel pour être toujours devant Lui, et reçoit à cet effet la meilleure éducation. Anne l’affligée, l’a reçu en réponse à sa prière, et l’a en retour donné à l’Éternel comme un don de l’Éternel. Samuel se souviendra continuellement de l’efficacité de la prière, étant lui-même le témoin vivant de cette efficacité. Nous allons donc le trouver entièrement préparé à combattre par la prière et à surmonter par elle les difficultés du peuple de Dieu.

En Samson, un des derniers juges, nous avons vu la force confiée à l’homme, faisant de temps à autre de grands exploits ; toutefois il a accompli de plus grandes choses dans sa mort que dans sa vie. Avec Samuel apparaît un nouvel état de choses. L’affligé qui s’adresse à Dieu, est entendu ; Samuel devient le moyen de la délivrance par la prière. Il va maintenant utiliser en faveur de son peuple opprimé cette puissance qui l’a appelé lui-même à l’existence ; il n’est pas comme Samson, caractérisé par sa force physique, mais c’est un homme de prière.

Il n’y a pas seulement dans la prière le sentiment de la dépendance, mais aussi l’attente d’une réponse ou d’une communication de Dieu. Mais nous pouvons prier même avant d’avoir appris à connaître tout ce qu’est la prière dans sa profonde réalité, c’est ce que fait Samuel au début de sa vie. Au chapitre 3 nous trouvons ces mots : « Samuel servait l’Éternel… et la lampe de Dieu n’était pas encore éteinte, et Samuel était couché dans le temple de l’Éternel ». La scène décrit l’état moral du peuple dans ce temps-là. « La parole de l’Éternel était rare en ces jours-là : la vision n’était pas répandue… Éli était couché en son lieu (or ses yeux commençaient à être troubles, il ne pouvait voir) ». Samuel s’est couché avant que la lampe ne soit éteinte. Cela implique qu’on la laissait s’éteindre habituellement : c’était contraire au commandement. Chaque détail montre que tout est faiblesse et que la vie manque. Samuel est donné en réponse à la prière d’Anne, type elle-même du résidu affligé. Il est dans le temple comme l’apôtre de la puissance et de la valeur de la prière, aussi nous lisons au Psaume 99 : « Samuel, parmi ceux qui invoquent son nom ». Mais avant de pouvoir remplir le service, ou occuper la place qui lui est désignée, il faut d’abord qu’il apprenne à comprendre la parole de l’Éternel et à connaître sa valeur.

On peut occuper une place de proximité de l’Éternel et ignorer les immenses bénédictions liées à cette position. Samuel nous est montré comme celui qui peut, en se confiant en Dieu, réparer les désastres ; c’est ce que Samson avec toute sa force n’a pu faire. Samuel est le témoin de la supériorité de la prière sur la force personnelle. Mais s’il doit être ce témoin de l’efficacité de la prière, il faut qu’il soit formé pour ce service. Le discernement de ce qu’est une communication du Seigneur, pour connaître Sa révélation est la première grande leçon qu’on apprend, quand on appartient au Seigneur et qu’on se tient dans Sa présence. Voilà toute l’importance de rechercher le Seigneur ou de se tenir près de Lui : là nous aurons une vision claire, nous communiquerons avec Lui, au sujet de ce qui est important pour nous, ou pour les siens.

C’est une chose bénie et précieuse pour l’âme, et en outre absolument nécessaire pour celui qui s’approche du Seigneur, d’acquérir une connaissance précise de la manière dont le Seigneur communique Sa pensée. Beaucoup ne sont que trop semblables à Samuel au début de cette scène ; ils sont proches du Seigneur, mais ne le connaissent pas assez pour pouvoir reconnaître et distinguer Ses communications. Sans doute celui qui est près du Seigneur se trouve dans la bonne voie pour être enseigné par Lui. Mais ce que je veux faire ressortir, c’est que beaucoup sont pour ainsi dire en prière dans le temple, ou accomplissent un service dans le temple, sans avoir appris à comprendre la parole du Seigneur qui leur est adressée. Combien y en a-t-il qui prient et prient encore, et qui, bien qu’apaisés et consolés par leurs prières, ne discernent pas l’instruction précise et sûre du Seigneur au sujet de leurs prières ? Ils ne la recherchent peut-être même pas. Leur prière ne leur donnera jamais ni la force ni la joie de celui qui connaît par la foi, de la part du Seigneur, ce qu’est Sa pensée. Je ne dis pas que le Seigneur dira toujours exactement ce qu’Il veut faire, bien qu’il le fasse sans doute dans des cas particuliers ou lorsqu’il y a une confiance simple en Lui. Ce que je vois dans ce début de la vie de Samuel, c’est que le Seigneur lui fait reconnaître et distinguer Sa propre voix, et en même temps lui révèle Sa parole ; et cela a été la base solide du témoignage exprimé par sa vie : rechercher l’Éternel en toute occasion, et être connu parmi ses prophètes comme celui qui invoque Son nom. Samuel a désormais appris à connaître non seulement la voix de l’Éternel, mais encore Sa Parole, c’est-à-dire Ses desseins. Quand nous discernons la voix du Seigneur, nous saisissons facilement Sa pensée telle que nous la révèle sa Parole. Samuel sait maintenant ce que sont les pensées de Dieu au sujet de l’état des choses en Israël, et sa Parole s’adresse à tout le peuple. Quand nous sommes enseignés par Dieu, nous avons de la puissance pour rendre témoignage.

Ainsi Samuel, au début de son témoignage et de son service, voit Israël réduit à la plus misérable des conditions, battu devant les Philistins ; l’arche de Dieu est capturée, les sacrificateurs sont tués, et Éli est mort. Mais les désastres n’abattent pas l’homme de prière ; et pourtant Samuel a dû être bien exercé dans son âme en voyant une telle catastrophe au moment même où il commençait son service. Tout semblait perdu, mais celui qui a appris à distinguer la voix de l’Éternel et à comprendre Sa Parole, ne sera pas découragé même si les soutiens paraissent manquer et si tout semble perdu. Samuel pouvait compter sur Dieu, et il dit : « Assemblez tout Israël à Mitspa, et je prierai l’Éternel pour vous ». Il faut remarquer qu’avant cela, il avait averti le peuple, et l’avait amené à renoncer aux dieux étrangers et à servir l’Éternel seul ; « et les fils d’Israël ôtèrent les Baals et les Ashtoreths, et servirent l’Éternel seul ». Si je connais Dieu, et si je comprends qu’il est saint, je ne puis pas m’approcher de Lui dans la prière sans avoir le sentiment que je dois simplement et positivement Le reconnaître comme le seul Seigneur, et Son nom comme le seul nom. Si je laisse place à quelque intervention humaine, il y aura toujours une barrière qui m’empêchera de Le trouver. Samuel appelle le peuple à servir l’Éternel seul, et à ôter tous les dieux étrangers. C’est essentiel quand on recherche une délivrance de la part de Dieu. Si nos prières ne reçoivent pas toujours de réponse, cela ne vient-il pas de ce que le Seigneur n’est pas simplement et entièrement notre Dieu ? La convoitise est de l’idolâtrie, c’est-à-dire que le cœur recherche quelque chose qu’il désire avec passion en dehors de Dieu. On ne peut dire alors qu’on sert « l’Éternel seul », et en conséquence on ne doit pas s’attendre à recevoir une délivrance. Si elle était accordée, elle n’attacherait pas davantage le cœur au Seigneur ; peut-être, en procurant un soulagement dans un moment difficile, permettrait-elle même au cœur de poursuivre encore son mauvais désir. Samuel amène le peuple à rechercher l’Éternel, puis il lui révèle comment Dieu le délivrera de ses ennemis.

Nous lisons (1 Samuel 7. 6) : « Ils s’assemblèrent à Mitspa, et ils puisèrent de l’eau et la répandirent devant l’Éternel ; et ils jeûnèrent ce jour-là, et dirent là : nous avons péché ». La confession est toujours le bon chemin pour restaurer l’âme devant Dieu, elle est nécessaire avant tout conflit avec l’ennemi. Samuel prépare ainsi l’assemblée d’Israël à l’intervention de Dieu qu’ils attendent ; mais du moment qu’un individu ou une congrégation se préparent à combattre en s’attendant à Dieu, Satan envoie ses émissaires (les Philistins) pour recommencer le combat, « les Philistins apprirent que les fils d’Israël s’étaient assemblés à Mitspa, et les princes des Philistins montèrent contre Israël ». Israël, bien que restauré dans la présence de Dieu, n’a pas encore assez fait l’expérience de ce qu’est la puissance de Dieu qui s’exerce à son profit, pour rester calme devant la violence de l’homme ; car on peut avoir de l’assurance devant Dieu et se reposer sur lui, et cependant craindre beaucoup la violence du méchant et la puissance des ténèbres.

La crainte de l’homme peut subsister, même si l’âme est en paix avec Dieu, alors qu’elle devrait pouvoir dire, parce qu’elle en aurait fait l’expérience, « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai pas : que me fera l’homme ? » Les fils d’Israël ont donc eu peur en apprenant que les princes des Philistins montaient contre eux, mais ils avaient appris la valeur de la prière pour eux-mêmes sous le regard de Dieu ; l’âme qui n’a pas appris cela se trouve sans ressources quand l’homme lui fait peur. « Les fils d’Israël dirent à Samuel : Ne cesse pas de crier pour nous à l’Éternel, notre Dieu, afin qu’il nous sauve de la main des Philistins ». Ils savaient où se trouvait la force de Samuel. « Et Samuel prit un agneau de lait, et l’offrit tout entier à l’Éternel en holocauste ; et Samuel cria à l’Éternel pour Israël, et l’Éternel l’exauça. – Comme Samuel offrait l’holocauste, les Philistins s’approchèrent pour livrer bataille à Israël ; et l’Éternel fit tonner ce jour-là un grand tonnerre sur les Philistins, et les mit en déroute ; et ils furent battus devant Israël ». Le Seigneur accorde toujours à ceux qui Le prient dans Sa dépendance, une délivrance infiniment plus grande que tout ce qu’ils auraient pu concevoir. Ce ne sont pas les voies ordinaires et humaines. L’Éternel agit ici d’une manière absolument inattendue, à laquelle on n’aurait pas songé, parce qu’elle dépasse l’entendement humain. Le tonnerre de Dieu est la réponse à la prière, et les Philistins sont battus. Les hommes d’Israël les poursuivent, « et les frappèrent jusqu’au dessous de Beth-Car ». Si nous avons un peu de courage, nous pourrons facilement poursuivre nos ennemis en déroute ; mais dans notre faiblesse nous avons peu de force pour agir jusqu’à ce que l’intervention du Seigneur nous donne l’assurance que nous sommes capables de le faire. Quand nous réalisons que Dieu est à nos côtés, nous nous fortifions nous-mêmes dans le sens du : « qui sera contre nous ? ».

Samuel dresse une pierre pour qu’on se souvienne de la miséricorde remarquable de l’Éternel : toute délivrance dont nous avons fait l’expérience en nous attendant à Dieu est un Eben-Ezer, une pierre de secours. Cela dirige nos pensées vers notre Seigneur et Sauveur, Lui la maîtresse pierre du coin. Il est toujours pour nous le garant du tendre amour de notre Dieu, et nos cœurs sont toujours ranimés quand nous pensons à sa miséricorde. Alors nous saisissons tout le sens de ce verset : « Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie », et Ses vertus nous apparaissent dans une lumière nouvelle ; nous avons l’heureuse conscience qu’Il est notre pierre de secours. Quel beau service pour Samuel après les angoisses qu’il a traversées à cause de la désolation qui l’entoure. La grâce est permanente – comme l’est tout Eben-Ezer. « Les Philistins furent abaissés, et ils n’entrèrent plus dans les confins d’Israël ; et la main de l’Éternel fut sur les Philistins pendant tous les jours de Samuel », – de l’homme de prière !

Samuel est maintenant établi comme juge d’Israël. Dans la dépendance de Dieu, il a fait appel aux ressources de Dieu et les a reçues. Maintenant il est le juge d’un peuple délivré. Chaque année il fait le tour du pays, à Béthel, à Guilgal, à Mitspa. Ce dernier endroit ne peut être oublié : c’est là que Samuel a pour la première fois rassemblé tout le peuple, et, qu’à sa prière, Dieu a délivré Israël de la main des Philistins. Samuel habite à Rama, et nous voyons qu’il cultive chez lui aussi ce qu’il montre en public, car « il bâtit là un autel à l’Éternel ».

Nous avons montré comment Samuel a appris par la prière et la dépendance de Dieu à délivrer son peuple de son avilissement et de son impuissance, et comment en conséquence il a pu occuper au milieu de lui la position de juge. Ici se termine une période de sa vie de dépendance, mais une autre période va s’ouvrir. Car c’est là la particularité et aussi la bénédiction de la vie de dépendance : dès que nous avons atteint un but, peut-être au bout d’un exercice long et laborieux, nous en trouvons devant nous un autre, qui est en rapport avec la position même où nous sommes arrivés par la grâce de Dieu. Samuel, par sa dépendance de Dieu, a obtenu des délivrances remarquables sur des ennemis extérieurs. Les Philistins sont abaissés, lui-même juge Israël. Mais hélas ! l’étape suivante de sa vie a son point de départ dans une défaillance, car il en est de lui comme de nous tous, dès que la nature est à l’œuvre. C’est visiblement l’œuvre de la nature en Samuel que de vouloir perpétuer son service en ses fils, qu’il établit juges sur Israël, lorsqu’il fut devenu vieux.

Il a pu jouir pendant sa longue vie des fruits qu’a produits la dépendance liée à de grands et profonds exercices ; mais dans sa vieillesse, il semble qu’il s’abaisse à faire des arrangements humains, en établissant ses fils comme juges. Ce n’est plus la dépendance de Dieu, mais un chemin charnel ; or « ses fils ne marchaient pas dans ses voies, mais ils se détournaient après le gain déshonnête, et prenaient des présents, et faisaient fléchir le jugement. Alors les anciens d’Israël s’assemblèrent et vinrent vers Samuel à Rama et ils lui dirent : Voici, tu es vieux et tes fils ne marchent pas dans tes voies ; maintenant établis sur nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations ».

Moment d’épreuve pour Samuel, mais aussi importante instruction pour lui, et pour nous par lui. Quand celui qui a connu la bénédiction de la dépendance de Dieu s’est laissé entraîner à des pensées et des actions personnelles, le Seigneur ne peut pas lui accorder de plus grande grâce que de le placer dans les plus grandes difficultés ; ainsi n’ayant aucun secours, il sera contraint de revenir à la dépendance de Dieu. Il y a dans la demande des anciens deux vérités qui affectent certainement Samuel. D’abord le constat de son échec à assurer sa succession dans ses fils. Deuxièmement, la propre volonté et l’impiété de la nation en ce qu’elle demande un roi. Pauvre Samuel, sa famille ne lui a apporté que des tristesses, et son peuple l’a bien mal récompensé dans ses efforts et son service. Il ne s’agit plus ici des Philistins, mais de la corruption intérieure du peuple. Que peut faire Samuel ? « Samuel pria l’Éternel ». La difficulté sans issue ramène son âme dans le chemin qu’il a bien connu de la dépendance. Et comme toujours, à celui qui est réellement dépendant et cherche la gloire de Dieu, Dieu répond de la manière la plus consolante avec une plénitude de grâce ; et Il entre dans tous les sentiments de son serviteur : « Ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, mais c’est moi qu’ils ont rejeté, afin que je ne règne pas sur eux ». Samuel est le chaînon intermédiaire entre les juges et le royaume, ou le représentant des fidèles dans l’intervalle entre la faillite d’Israël comme peuple gouverné par Dieu, et l’établissement du royaume.

Samson a en fait terminé la première période, que caractérise surtout la puissance exercée de la part de Dieu par un homme. Samuel nous présente, comme nous l’avons vu, une puissance d’un autre ordre, bien plus efficace, celle d’un homme de prière, dépendant de Dieu. Samuel nous montre combien la dépendance de Dieu est une chose bénie, et combien grandes sont les délivrances qui en découlent. Mais il nous met aussi en relation avec le royaume ; il doit souffrir lui-même et être remplacé par le roi choisi par Dieu, David. Mais avant cela encore, il doit faire place à Saül. L’homme dépendant, l’homme de prière, doit être préparé à rencontrer en toute patience, toute l’opposition qui s’élève contre sa foi. Saül est l’expression des pensées d’Israël au sujet du roi, et c’est pourquoi Dieu le lui donne comme roi. Ce qu’Ismaël a été pour Isaac, Saül l’est pour David : c’est l’homme naturel face à l’homme spirituel. Le roi, selon le cœur de l’homme est mis à l’épreuve avant que l’Éternel n’établisse Son propre roi. Ainsi Samuel, dans sa vieillesse, l’homme de prière et dépendant, est appelé à nommer et à oindre Saül. Dieu donne ainsi son approbation à Saül, l’homme qui correspondait véritablement aux profonds désirs d’Israël. Et plus que cela : « l’Esprit de Dieu le saisit, et il prophétisa ».

La loi démontre à celui qui cherche Dieu par son moyen, qu’il est coupable, et pourtant la loi est bonne ; de même Saül est la démonstration de l’incapacité d’Israël à être sauvé par un roi de son choix, même quand ce choix est sanctionné par Dieu. Samuel est instruit d’une toute autre manière qu’au début de son histoire à être dépendant. Âgé et parvenu à la fin de sa vie et de son témoignage à la bénédiction qui découle de la dépendance de Dieu, il doit supporter avec patience, et coopérer aussi longtemps qu’il le pourra. Tant que cette expérience se poursuit, il doit se confier en Dieu, et attendre, jusqu’à ce que Dieu l’envoie vers David.

Sa façon d’agir, ses pensées dans cette période triste et douloureuse sont très encourageantes pour nous. Il est plus facile de se reposer sur Dieu pour être délivré d’ennemis comme les Philistins que de coopérer avec lui tout en sentant que l’état de choses qui nous entoure provient d’un mauvais principe. Samuel, obéissant à l’Éternel, accepte un roi choisi par l’homme ; il le reçoit comme reconnu par Dieu jusqu’à ce que son rejet ait été manifesté. En demandant un roi comme en avaient les nations, le peuple renonce à sa position de dépendance de Dieu, qui dans la personne de Samuel, lui a assuré la sécurité et la délivrance de ses ennemis, il abandonne l’Éternel. Samuel le montre clairement au peuple et il ne lui en cache aucune conséquence ; il les laisse ensuite faire l’expérience de cette nouvelle situation, avant d’appliquer le remède de Dieu ; mais en même temps il continue à aider Saül aussi longtemps que cela est moralement possible. L’homme de foi doit dénoncer tout ce qui est contraire à la foi ; mais en le faisant, il peut supporter avec patience le temps pendant lequel l’indépendance de l’homme est mise à l’épreuve. La conduite de Samuel envers Saül est très belle : il le reçoit avec honneur, et il lui annonce que c’est vers lui qu’est tourné tout le désir d’Israël. Il lui donne une place « à la tête des invités », et pour le distinguer encore davantage lui fait servir l’épaule, en disant : « Voici ce qui a été réservé ». Finalement il prend une fiole d’huile et la verse sur la tête de Saül, et il l’embrasse, et dit : L’Éternel ne t’a-t-il pas oint pour prince sur son héritage ? Cela n’a certainement pas été facile pour Samuel d’agir de cette manière ! Nous y voyons l’action pleine de grâce et de calme soumission de quelqu’un qui dépend de Dieu, et qui sait ce qu’est la dépendance. Il ne devance pas les événements, mais il se soumet patiemment à un ordre de choses dont il sait qu’il se terminera mal.

Nous trouvons ensuite Samuel convoquant le peuple devant l’Éternel à Mitspa (1 Samuel 10. 17). C’est là, à Mitspa que les Israélites se sont tournés vers l’Éternel et ont appris par le moyen de Samuel quelle bénédiction il y a à se confier en l’Éternel (1 Samuel 7. 5-6). C’est là que Samuel leur présente Saül, en leur disant : « Voyez-vous celui que l’Éternel a choisi ? Il n’y en a point comme lui dans tout le peuple ». Samuel peut avec dignité, avec grâce, et même une certaine joie parce que c’était la volonté de l’Éternel, assister à sa propre mise de côté. Il n’y a que le serviteur humble et dépendant pour pouvoir comprendre la volonté de l’Éternel au fur et à mesure que des circonstances nouvelles et diverses se développent. Puis nous voyons plus loin (11. 14) Samuel dire au peuple : « Venez, et allons à Guilgal, et nous y renouvellerons la royauté ». Samuel ne murmure pas en agissant. Quand Saül, par sa vaillance, a prouvé qu’il est digne du royaume, Samuel paraît et propose au peuple le renouvellement de la royauté dans le lieu où la vérité et la puissance ont marqué son histoire.

Dès lors Samuel se retire chez lui, s’en remettant à Dieu. Mais bien qu’il soit plein d’amour, il ne cesse pas d’être juste ; si l’on a l’amour sans la justice, on a peu de poids moral : c’est pourquoi à la fin Samuel rappelle au peuple que sa méchanceté est grande d’avoir demandé un roi. En même temps il crie à l’Éternel qui envoie des tonnerres et de la pluie.

Samuel n’hésite pas à déclarer au peuple sa grande méchanceté, mais il lui montre en même temps du support en l’assurant qu’il ne cessera pas de prier pour lui. Seul celui qui dépend de Dieu peut réunir d’une manière aussi parfaite amour et justice. L’amour supporte tout – il couvre une multitude de péchés ; mais dès que qu’un déshonneur est jeté sur Dieu, ou qu’on lui désobéit, la justice réclame ses droits, et le coupable, quel qu’il soit, doit recevoir ce qu’il a mérité. Il en a été ainsi avec Saül. Bien que Samuel l’ait honoré et supporté tant que sa marche le permettait, du moment qu’il enfreint le commandement exprès de Dieu (en offrant l’holocauste), Samuel ne l’épargne pas ; quand Saül vient à sa rencontre pour le saluer, Samuel lui dit : « Qu’as-tu fait ? » puis il ajoute : « Tu as agi follement, tu n’as pas gardé le commandement de l’Éternel, ton Dieu, qu’il t’avait ordonné ; car maintenant l’Éternel aurait établi pour toujours ton règne sur Israël ; et maintenant ton règne ne subsistera pas : l’Éternel s’est cherché un homme selon son cœur, et l’Éternel l’a établi prince sur son peuple, car tu n’as pas gardé ce que l’Éternel t’avait commandé » (13. 13). Il énonce la sentence de l’Éternel sur cette faute qui commence déjà à produire ses résultats.

Saül se montre profane et impie, il se condamne lui-même en empiétant sur le service du sacrificateur. Samuel sait que le royaume ne peut pas être établi en quelqu’un comme Saül, mais il met encore une fois ce dernier à l’épreuve en l’envoyant contre les Amalékites. C’est une nouvelle chute pour Saül ; Samuel en est profondément affligé et crie à l’Éternel toute la nuit. Aussi quand vient le moment d’agir, il le fait fidèlement ! Il « met Agag en pièces », et censure Saül comme il le mérite, tout en exposant des principes divins qui dépassent de beaucoup la lumière et la révélation accordées au temps dans lequel il accomplit son service. Cela nous élève et nous instruit, d’observer l’esprit de Samuel dans toute cette scène. Il a espéré que Saül apporterait une aide précieuse au peuple de Dieu ; mais, convaincu qu’il n’y a plus d’espoir, il se retire dans sa maison à Rama.

Et « Samuel ne vit plus Saül jusqu’au jour de sa mort », il ne lui est pourtant pas indifférent, en effet il est dit : « car Samuel menait deuil sur Saül ». Il a compté, plus qu’on ne peut le supposer, que le secours viendrait à Israël par le moyen de Saül ; et il lui faut apprendre que le représentant du peuple ne peut que faillir. C’est la grâce qui l’amène à le comprendre, comme l’apprend toute âme vraiment fidèle à Dieu. Il est entièrement conforme à la pensée de Dieu d’abandonner définitivement le roi selon le cœur de l’homme. Grande et belle leçon pour le serviteur de Dieu. Sans doute il mène deuil sur Saül, comme le Seigneur sur Jérusalem. Il est attristé de la ruine de toutes les espérances humaines. Mais Dieu va compléter Sa grâce envers lui, en lui présentant Son roi à Lui, et en le chargeant de l’oindre. Combien cela a dû apaiser et réjouir le cœur de Samuel de se trouver enfin en présence du roi choisi par Dieu, de l’homme selon le cœur de Dieu ! Non seulement cela, mais quand David est persécuté par Saül, Samuel est son compagnon d’exil : « ils s’en allèrent, lui (David) et Samuel, et ils habitèrent à Naïoth » (19. 18).

Quelle fin bénie pour cette histoire de Samuel ! Après avoir habité avec David pendant le temps de son rejet, Samuel, l’homme de prière et de dépendance disparaît (25. 1). Son ministère, ses exercices, sa formation ont pris fin avant que le roi, l’oint de l’Éternel, reconnu par lui, prenne le sceptre. Recevons comme lui la bénédiction résultant de la dépendance et comprenons que notre Dieu, tout en nous scrutant et nous sondant, veut nous conduire à Naïoth pour y habiter avec notre Seigneur et notre roi.