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Formés à l'école de Dieu
J.B. Stoney

Genèse 21 à 28 ; 35. 27-29

Abraham, Isaac et Jacob ont été les « pères d’Israël » – les chefs d’un peuple appelé par Dieu à marcher sur la terre dans une heureuse dépendance de Lui. Abraham est le premier dans ce chemin et s’il est le meilleur exemple de cette foi qui les a caractérisés, il doit aussi rencontrer des circonstances particulières et des luttes inconnues aux autres. Si le sentier est plus élevé, les difficultés sont plus grandes ; si la foi a plus de vigueur, la résistance et le refus de la nature sont plus obstinés et plus sérieux ; mais c’est ce qui convient à ce conducteur. Le combat est rude : la dépendance de Dieu libère la créature du gouvernement de sa propre volonté. Abraham présente clairement la victoire dans cette lutte importante.

Isaac suit : un conducteur lui aussi, sans doute, mais à un moindre degré. Abraham fait pour ainsi dire la conquête du pays ; Isaac doit le conserver et il faut qu’il garde ses positions devant l’ennemi commun. Abraham souffre en luttant pour posséder ; Isaac en le gardant. Les difficultés d’Abraham viennent généralement de la force des circonstances extérieures ; celles d’Isaac, presque toujours de sa faiblesse personnelle. Isaac nous présente l’incapacité de la nature, dans sa meilleure et plus belle condition, à rester dans le sentier de la foi où, par grâce, l’homme est placé. Ses fautes sont dues moins à la force de l’ennemi qui le détourne qu’à la simple faiblesse de son humanité. Les disciples se sont endormis quand le Seigneur leur avait demandé de veiller, non à cause du mal, mais parce que « la chair était faible » si « l’esprit était prompt ». Isaac nous enseigne combien ce qu’il y a de meilleur dans notre nature est pauvre et faible dans le sentier de la foi.

Isaac entre en scène comme l’enfant de la promesse et, son nom l’indique (rire), sous les auspices moraux les plus heureux. Nous l’avons rencontré une première fois comme ce jeune homme qui faisait l’ascension du Mont Morija. Dans cette scène merveilleuse nous admirons à la fois l’action d’Abraham, maître de lui-même, et la soumission d’Isaac, semblable à celle d’un agneau. On pourrait dire qu’il ne savait pas à l’avance que cela le concernerait d’aussi près, mais même quand il le sait, lié sur le bois de l’autel, voyant le couteau dans la main de son père prêt à l’égorger, la Parole ne parle pas de la moindre résistance de sa part. L’obéissance aveugle prouve une confiance illimitée en celui à qui je me soumets sans soupçons ; et plus encore, elle prouve que ma propre volonté peut plier et être mise de côté dans la soumission à celui qui a des droits sur moi. L’obéissance est en tête de la liste de tout ce qui amène à la bénédiction : voyez le premier commandement avec promesse (Éphésiens 6. 1-3). Le sentier du Seigneur Jésus fut un sentier d’obéissance sans réserve, mais Il avait toujours une parfaite connaissance de ce que seraient les conséquences de cette obéissance ; et Il se soumit. Isaac, lui, ignore où son obéissance le mènera ; il n’est soutenu dans cette obéissance que par la confiance en celui qui la lui demande. Cette obéissance d’Isaac au début de son histoire ne vient peut-être que de son caractère naturel. Le caractère naturel est parfois aimable comme celui du jeune homme de l’évangile, c’est pourquoi il faut que l’obéissance soit mise à l’épreuve sans équivoque.

Plus le caractère est aimable, plus il faut montrer avec évidence le renoncement à tout ce qui est de soi-même. Il est demandé au jeune homme riche de vendre tout ce qu’il a et de donner aux pauvres ; et, privé ainsi de tout, de suivre le Seigneur. Quant à Isaac, il doit en figure passer par la mort ! La mort ! Cette fin de tout ce qui est de notre vieil homme, car c’est lorsque la chair est entièrement mise de côté, dans la mort de Christ, qu’on en est pleinement délivré et qu’on entre consciemment dans le lieu où la grâce nous a placés. C’est à cela que mène infailliblement une soumission sans réserve à la pensée divine ; et cette discipline, si nécessaire et bénie pour lui, est imposée à Isaac dès le début de son histoire. Plus la vieille nature est raffinée et belle, plus il est difficile de la renier. Un tel reniement brise toujours la volonté, et le brisement de la volonté est cette mort pour la vieille nature, que tous doivent traverser. Toutefois pour certains, cela se fait immédiatement par l’abandon d’une tendance ou d’un mal manifeste ; mais même pour ceux dont la nature est plus égale comme celle d’Isaac, où il n’y a rien de particulier à briser, le vieil homme doit être constamment tenu dans la mort, et cela d’une manière pratique.

La mention suivante d’Isaac se lie aussi à la mort ; mais une mort différente et qui le préparait à un nouvel ordre de vie. La mort de sa mère l’a laissé solitaire sur la terre. La mort peut gâter toute cette scène, en faisant dans le cœur un vide que rien ne semble pouvoir combler. Le retrait de Sara, cependant, est suivi par le don de Rebecca, et Isaac sort de la tristesse et de la souffrance causées par la mort pour trouver la consolation que le Seigneur lui apporte. Mais même alors, Isaac, la semence promise, n’a pas d’héritier ; et il n’en a pas jusqu’à ce que, rejeté sur Dieu, il comprenne qu’il faut regarder à Lui plutôt qu’à la nature. Il doit apprendre que les bénédictions de Dieu, quelles qu’elles soient, ne procureront pas les résultats désirés en dehors de Lui. Mais quand cette leçon sera apprise, la promesse aura son accomplissement, et des enfants seront donnés à Isaac. La révélation faite à leur naissance concernant leurs destinées aurait dû faire comprendre à Isaac la pensée de Dieu à leur sujet ; et il aurait dû agir envers eux en conséquence. Mais il ne semble pas avoir discerné en Jacob l’héritier des promesses : « il aimait Ésaü, car le gibier était sa viande ». Les indications divines sont perdues de vue, parce que le cœur du père est plus influencé par ses goûts naturels que par la pensée de Dieu. Aussi compréhensible qu’apparaisse ce sentiment paternel, c’est la volonté de l’homme opposée à celle de Dieu, et c’est pourquoi Isaac doit être enseigné à l’abandonner.

Mais cela n’arrive pas en un instant. Il semble avoir préféré Ésaü longtemps. Au cours de la discipline à laquelle Dieu soumet les siens, il ne nous prive pas immédiatement des simples jouissances naturelles. Il nous est souvent permis d’y participer, jusqu’à ce que nous essayions, dans la présomption de la nature, de leur donner une place que Dieu ne leur donne pas. Ainsi, comme le roi Ozias, qui voulut présenter l’encens, nous cherchons parfois à donner une place devant Dieu à ce qui n’a pas de place devant lui, et à le revêtir en conséquence de dignités qui sont sacrées pour Dieu. Ceci arrive presque nécessairement lorsqu’il y a une disposition à suivre le Seigneur, mais que la volonté n’est pas soumise, et même quand l’intention de l’âme est de plaire à Dieu et que la conscience est exercée. Les exigences du Seigneur peuvent alors être reconnues dans l’âme sans que la volonté soit réellement soumise à la volonté de Dieu. Quand tel est le cas, il y a un effort (souvent momentanément couronné de succès) pour conférer à l’homme ce que seul doit avoir celui que Dieu a désigné. Nous en voyons des exemples remarquables dans la chrétienté, des noms très justes attachés à des choses qui n’y correspondent nullement. L’ « église », par exemple, dans le langage courant, ne représente pas plus ce que la Parole désigne ainsi, que le veau d’or ne représentait le Dieu qui avait fait sortir Israël d’Égypte ; et cependant la plupart des consciences sont satisfaites parce que le nom spirituel et véritable est conservé. Hélas ! nous pouvons tous tomber dans de tels égarements. Nous pouvons tranquilliser notre conscience tout en suivant notre volonté propre en décorant d’un titre divin ce qui n’est que le produit de la nature. Lorsque cette tendance est à l’œuvre il faut une discipline… Et, remarquez-le, si Ésaü obtient parce qu’il est chasseur la faveur de son père, la même cause l’amène à vendre son droit d’aînesse à celui à qui Dieu l’avait destiné.

La discipline nécessaire pour Isaac et l’accomplissement des propres desseins de l’Éternel sont ainsi préparés. Le succès le plus apparent de Satan contient toujours le germe de sa propre ruine. Comme dans la mort de Christ sa puissance concentrée entraîna sa perte, de même dans ses moindres assauts nous devons trouver, si nous avons la patience d’attendre, que son plus terrible projet contre nous se termine par notre délivrance la plus certaine.

La nouvelle mention que nous avons d’Isaac est d’un ordre différent. Il y a une famine dans le pays ; et Genèse 26 nous donne un compte-rendu détaillé des exercices qu’il traverse depuis son départ vers le midi jusqu’à son retour. Cette famine est expressément distinguée de la « première famine » des jours d’Abraham. Abraham s’était détourné et était descendu en Égypte. Isaac prend la même direction et s’en va vers Abimélec, roi des Philistins ; là Dieu l’avertit de ne pas aller plus loin, mais de séjourner à Guérar. Il lui permet de séjourner là, mais Il ajoute : « Demeure dans le pays que je t’ai dit ». Isaac ne séjourne pas seulement à Guérar, mais y demeure, il y habite ; et ses difficultés commencent. Il doit apprendre ici une autre leçon : si grande que soit sa prospérité dans le pays des Philistins, il ne peut jamais jouir de la paix et de la tranquillité que son âme désire aussi longtemps qu’il leur est associé. Il essaie d’abord de s’assurer une résidence sans trouble au milieu d’eux par un mensonge, comme s’il était incapable de se confier en Dieu dans les circonstances où il s’était placé. Pourtant il ne quitte pas ce lieu. Nous luttons souvent pour demeurer dans le lieu où nous avons été infidèles, comme si nous pouvions reprendre ce que nous avons perdu ; mais si notre position est une position d’incrédulité aucune ligne de conduite n’en changera jamais le caractère. L’Éternel enseigne à Isaac que toute acquisition à Guérar est sans profit. Il peut être béni, recueillir le centuple, jusqu’à ce qu’il devienne fort grand. Mais qu’en est-il de tout cela ? La position d’étranger serait plus heureuse pour lui, car il pourrait alors manger son pain dans la tranquillité, et boire en paix des eaux de son propre puits. Avec toute sa grandeur et ses possessions, ces grâces lui sont refusées à Guérar.

Isaac apprend d’une manière lente et pénible qu’il lui faut abandonner totalement le pays des Philistins : les différentes étapes en sont marquées par les puits qu’il doit creuser. D’abord, la « dispute », puis la « haine », ensuite l’ « espace » ; ayant enfin trouvé de l’espace, et étant délivré de l’association qui l’entravait, il arrive jusqu’à Beër-Shéba aux confins du pays. Il reprend la place d’étranger et de pèlerin, dépendant de Dieu ; et il reçoit aussitôt sa récompense. « L’Éternel lui apparut cette nuit-là » et le bénit. La discipline a produit la sanctification, et il bâtit un autel et adore. Elle lui a enseigné qu’il vaut mieux avoir peu avec Dieu que de grandes possessions dans une position étrangère à son appel ; et maintenant il jouit en paix de ses bienfaits. Abraham a dû apprendre la même leçon, sous une forme atténuée toutefois : crucifier son ambition et le désir d’avoir de l’importance dans ce monde mauvais. L’ambition cherche à être un objet de considération pour les autres ; l’affection cherche un objet de considération pour soi-même.

Mais la grande discipline, celle de l’affection est encore à venir ; discipline pour laquelle Dieu prépare Isaac depuis longtemps. C’est en réalité la grande leçon de sa vie. Elle commence lorsque, sur le Mont Morija, toute sa nature, avec ses bons et ses mauvais aspects, est rejetée en passant, en figure, par la mort. C’est le point de départ ; mais il doit apprendre maintenant cette mise de côté de la volonté, qui en est l’application pratique. Tout ce que nous apprenons d’Isaac, en rapport avec son fils favori, Ésaü, porte le même caractère. Tout paraît être une préparation à l’épreuve de ses affections qu’il devra subir à la fin, pour avoir perdu de vue le propos de Dieu au profit des affections naturelles. Dans l’histoire d’Isaac, nous voyons davantage la faiblesse de la chair que sa méchanceté. C’est la même faiblesse qui fait dormir le disciple bien-aimé à Gethsémané, qui laisse Pierre faire des imprécations et jurer qu’il ne connaît pas Celui qu’il aime le mieux sur la terre.

Mais revenons au sujet. Non seulement Ésaü s’est privé de son droit d’aînesse, mais il s’est retiré tout droit à l’héritage en épousant une Cananéenne. C’est « une amertume d’esprit » pour Isaac, mais cela ne fait pas perdre pour autant à Ésaü cette place qu’il occupe depuis tant d’années dans les affections de son père. Ésaü est âgé de quarante ans quand ce mariage a lieu. Des années plus tard, « lorsque Isaac fut vieux et que ses yeux furent affaiblis de manière à ne plus voir », il appelle Ésaü et lui dit : « Mon fils ! … Tu vois que je suis vieux ; je ne sais pas le jour de ma mort. Et maintenant, je te prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, et sors dans les champs et prends-moi du gibier ; et apprête-moi un mets savoureux comme j’aime, et apporte-le moi, et j’en mangerai, afin que mon âme te bénisse avant que je meure ». Ainsi Isaac nous est présenté ici sous un jour vraiment humiliant, comme c’est toujours le cas lorsque la nature gouverne un croyant sans contrôle.

Mais Dieu veut soumettre la nature non jugée, et en Isaac aussi ! Non seulement cela mais les voies de Dieu sont si parfaites et complètes qu’Il se servira de ce qui a perverti la pensée et le jugement d’Isaac pour le discipliner. Dieu permet qu’il soit trompé. À cause du « mets savoureux » Isaac n’a plus un jugement sain ; et par le « mets savoureux » il est obligé, inconsciemment, d’agir selon la volonté de Dieu ; non pas comme Jacob qui, en prononçant sa bénédiction, le fera en plein accord d’esprit avec la pensée de Dieu. En faillissant, Isaac, humilié, trompé, accomplit la volonté de Dieu presque malgré lui, et sans communion intelligente avec Lui : ce sont les tristes effets d’une vieille nature non jugée.

Jacob, l’héritier choisi par Dieu, reçoit la bénédiction, et il faut qu’Isaac le sache. Alors la lutte entre la volonté naturelle et la parole de Dieu se déclare dans son âme. Quel est le résultat ? La nature cède. Qui peut décrire l’agitation morale étreignant l’être entier lorsque la parole de Dieu, que l’on a traitée avec indifférence, affirme ses droits et son autorité dans nos âmes. Notre volonté s’efface devant la majesté de la vérité qui nous est révélée. Il n’est pas étonnant qu’Isaac soit « saisi d’un tremblement très-grand. Il dit : Qui donc est celui qui a pris du gibier, et m’en a apporté ? Et j’ai mangé de tout avant que tu viennes, et je l’ai béni : aussi – la parole de l’Éternel se réalise – il sera béni ».

Nous devons remarquer ici un fait de grande importance : une marche dans la volonté propre ne peut pas altérer la vérité ; mais si notre esprit n’est pas soumis à Dieu, nous essaierons d’en faire une application fausse. Ce n’est que lorsque la nature est soumise que nous acceptons avec bonheur la seule vraie et juste application de la parole de Dieu.

En conclusion, remarquez comment agit la discipline du Seigneur. Isaac s’est maintenant soumis au propos de Dieu ; mais cela produit de la souffrance autour de lui. Celui qui est maintenant l’héritier légitime, l’espoir de sa maison, est un exilé ! C’est le fruit amer d’une affection naturelle nourrie aux dépens de la soumission à la pensée de Dieu !

Nous n’entendons cependant aucune expression d’impatience chez Isaac, il bénit Jacob, et l’envoie à Paddan-Aram, comme s’il était dans la vigueur et la foi de ses meilleurs jours. Et son histoire se termine dans la jouissance de la présence de Jacob enfin retrouvé (Genèse 35. 27-29). Nous voyons ainsi quelle est la « fin du Seigneur », savoir qu’Il est « plein de compassion et miséricordieux », restituant tout à celui qu’Il a dépouillé, quand la discipline a fait son effet. Que cela encourage tous ceux qui mènent deuil en Sion ! (Ésaïe 61. 3)