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Formés à l'école de Dieu
J.B. Stoney

C’est au chapitre 17, verset 9 de l’Exode qu’il est fait mention pour la première fois de Josué ; il est appelé par Moïse pour conduire contre Amalek des hommes choisis d’Israël. De cet appel nous devons conclure qu’il était l’homme le plus qualifié pour ce poste ; et ce qui nous intéresse en premier lieu dans l’histoire d’un serviteur de Dieu, c’est la manière dont il nous est présenté ; car c’est dans cette première présentation que nous pouvons voir les principaux traits caractéristiques qui distingueront sa carrière.

Il en est ainsi de Josué, type de Christ. Dès le début il nous est présenté comme un chef de guerre, préparé pour rencontrer les adversaires d’Israël ; cette désignation convient bien à quelqu’un qui représente de façon si éminente le Seigneur Jésus Christ, le Chef de notre salut. Son premier engagement est contre Amalek qui représente pour nous l’opposition active et permanente à la marche en avant du peuple de Dieu. L’Égypte est plutôt le monde, l’Assyrie la nature dans ses attraits et ses influences. Le conflit avec Amalek a été la première guerre d’Israël, et Josué, cela est caractéristique, apparaît pour la première fois sur la scène, comme chef. Il défait l’ennemi avec le tranchant de l’épée ; mais tandis qu’il est ainsi victorieux, il apprend de quoi dépend le succès : de Moïse qui se tient sur le sommet de la colline avec le bâton de Dieu en sa main. Il conduit le peuple à la victoire, tout en étant lui-même sujet aux vicissitudes du combat et il dépend pour la victoire d’un intermédiaire invisible. Le succès n’est pas constant, mais il n’est pas incertain ; dans les hauts comme dans les bas de la lutte, Josué apprend à dépendre de Dieu, et il réussit à cause de sa dépendance. Cela illustre pour nous, d’une manière très précise, la vraie allure du combat, et nous montre combien il nous est nécessaire d’être formés pour obtenir le succès. C’est un exemple pratique de cette parole : « travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement : car c’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2. 12). Le combat est une vraie lutte, un engagement corps à corps, et la victoire oscille alternativement en faveur de chaque parti. Dieu est celui qui produit en nous l’énergie pour vouloir et pour agir. La foi soutient Josué. Il sait que Moïse est sur le sommet de la colline avec le bâton de Dieu dans sa main, et il est enseigné ainsi dès le début de son histoire, à subir dans la dépendance les vicissitudes d’une guerre réelle, qui se termine par une victoire merveilleuse. Cela donne une grande force à nos âmes d’avoir à lutter avec des difficultés effectives dans notre marche en avant, et d’avoir vaincu avec la force du Seigneur, de pouvoir dire : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Philippiens 4. 12-13). C’est ce que Josué apprend, et qui est manifesté dans sa première expérience comme capitaine et général d’Israël : c’est son premier exploit, qui donne une indication de tout ce qui suivra, comme il en a été du combat de David contre Goliath. L’Éternel ordonne à Moïse non seulement de l’écrire dans le livre, mais encore de « faire entendre » à Josué, « que j’effacerai entièrement la mémoire d’Amalek de dessous les cieux ». Quel encouragement ce souvenir a-t-il dû être pour lui dans toutes les guerres qui ont suivi ! Il a pu se le rappeler, si jamais il a risqué d’être découragé. Si l’Éternel avait juré de détruire ce premier ennemi, ne serait-il pas également fidèle pour tout le reste ?

Nous voyons ensuite Josué en Exode 24, où il apparaît comme serviteur de Moïse, quand ce dernier est appelé sur la montagne pour recevoir les tables du témoignage. Cette mention, bien que brève, est très importante, car elle nous montre que l’homme d’action ici-bas n’est pas étranger à la manifestation solennelle et merveilleuse du Dieu invisible. Il apprend non seulement à faire la guerre aux ennemis du peuple de Dieu, mais aussi quelle est la gloire de Dieu. Comme le Seigneur Jésus l’a été d’une manière plus parfaite, il est en communion intime avec la gloire de Dieu, tout en étant extérieurement un guerrier dès sa jeunesse. Sous ces deux aspects Dieu le forme pour son service. La communion avec la gloire sur la montagne lui est tout aussi nécessaire que les incertitudes du combat sur le champ de bataille.

Il y a, à l’école de Dieu, des classes bien distinctes, si nous osons employer cette expression. La guerre avec Amalek en est une, par laquelle Josué a passé ; sur la montagne il y en a une autre, celle de la communion avec Dieu, dans laquelle il apprend à connaître la pensée de Dieu, – période d’instruction particulièrement bénie. Mais même dans cette relation élevée, Josué conserve son caractère guerrier. Lorsqu’il descend avec Moïse de la montagne, et que le bruit de l’apostasie d’Israël parvient à leurs oreilles, sa première parole est : « Il y a un bruit de guerre au camp ». Son esprit interprète les acclamations de l’idolâtrie selon son caractère ; mais quand il voit ce qui se déroule devant lui, et que Moïse dresse le tabernacle hors du camp, il montre de quelle valeur ont été pour lui les moments bénis passés sur la montagne, en prenant une place de séparation et en refusant d’avoir quoi que ce soit de commun avec le camp souillé. Nous lisons, en effet, en Exode 33. 11 : « Josué, fils de Nun, jeune homme, ne sortait pas de l’intérieur de la tente ». Il a appris ce que c’est que de demeurer dans le secret du Tout Puissant ; et quoique le service de Moïse puisse l’appeler à aller et à venir, ce jeune homme, que Dieu instruit, comprend que ce qui vaut le mieux pour lui-même, c’est de rester avec Dieu, dans le tabernacle, hors du camp. Son service ne l’appelle pas dans le camp, c’est pourquoi il en reste entièrement séparé pour Dieu. S’il n’y a pas un appel nécessité par le service, il vaut mieux n’avoir aucune association avec une chose souillée. Moïse a un service à accomplir, il peut entrer dans le camp et y demeurer sans dommage ; mais si nous faisons comme Pierre qui s’assied avec les huissiers : « pour voir la fin » (Matthieu 26. 58), nous en subirons certainement une perte, parce que nous avons cédé à un désir qui n’est pas mauvais en lui-même, mais d’une manière humaine. En règle générale, s’il n’y a pas lieu à service, soyons aussi séparés du camp que possible, car la séparation nous préparera peu à peu pour un service bon et effectif ; et nous aurons pu nous « désaltérer » profondément dans la communion de Dieu.

Le plein effet de la proximité de Dieu n’est pas tant la connaissance de sa volonté et de son propos, que le sentiment de ce qui Lui convient et de ce qui correspond à Sa pensée : en fait, la sainteté, but le plus élevé de la discipline du Père.

Mais Josué n’est encore qu’un élève. Nous le trouvons ensuite en Nombres 11dans le même tabernacle ; mais il y montre ouvertement qu’il ne saisit pas la pensée de Dieu. Il restreint la vérité qui auparavant l’avait gardé d’une association impure et avait maintenu sa pensée à l’unisson avec celle de Dieu ; sa vision spirituelle se trouve diminuée quand il l’emploie à poser des limites à Dieu, et ne considère qu’une partie de la révélation de Dieu. Or c’est Dieu lui-même et non pas seulement une partie isolée de la vérité qui doit me guider ou déterminer ma marche et mon jugement. Rester dans le tabernacle était clairement la vérité et le chemin de la bénédiction, quand Israël était apostat ; mais quand Eldad et Medad prophétisent, l’esprit de Dieu qui reposait sur eux doit être reconnu, bien qu’ils ne se soient pas trouvés séparés dans le tabernacle, mais dans le camp. C’est pourquoi Moïse reprend Josué, car sa pensée est aux choses des hommes et non aux choses de Dieu. Mais une admonestation de ce genre n’est pas destinée à décourager, car des erreurs commises par attachement personnel à Dieu, ne nous privent pas dans la suite de sa confiance la plus haute et la plus intime. Le cœur est droit, mais quand il a pris conseil de la chair, il doit être repris ; cela fait, il est libre pour Dieu. Pierre exprimait la pensée de Satan au sujet de la mort du Seigneur, et a été vivement repris pour son incompréhension, mais il n’est pas pour cela disqualifié pour accompagner le Seigneur sur la sainte montagne, pas plus que Josué n’est disqualifié pour le service spécial de reconnaissance du pays de Canaan. L’erreur est traitée d’après la source qui en est la cause. Elle peut provenir d’une affection naturelle et par cela même elle est inacceptable, ou de l’indifférence ou aussi du péché. L’ignorance de Marie-Madeleine est reprise avec une tendresse bien différente de celle avec laquelle furent éclairés les sept disciples qui allaient pêcher.

Josué donc, malgré sa récente erreur, est choisi pour aller explorer le pays et Moïse le distingue en l’appelant Josué (l’Éternel est sauveur) au lieu d’Osée (délivrance). Cela nous apprend que, suivant son nouveau nom, il entre dans un nouveau service. Jusque-là il n’a été que le serviteur de Moïse pour exécuter ses instructions. Maintenant avec onze chefs du peuple, il est envoyé en mission spéciale pour reconnaître le pays et rapporter ce qu’il a vu. Caleb et Josué seuls donnent un rapport favorable, et témoignent pour Dieu en montrant l’excellence de ce qu’Il a juré de leur donner, au milieu de l’incrédulité de ceux qui les accompagnent. Leur action montre par quelle épreuve ils ont dû passer, et combien profondément ils ont senti le péché du peuple. Ils déchirent leurs vêtements et déclarent que leur entrée dans ce bon pays ne dépend pas de leur propre force, mais du plaisir que l’Éternel prend à son peuple. Toute la congrégation parle de les lapider, mais la gloire de l’Éternel sortant du tabernacle, à la vue de tout Israël, arrête ce mauvais dessein. Remarquons ici l’éducation particulière à laquelle Josué est soumis. Il a déjà été associé avec Dieu comme Libérateur, mais c’est son premier contact avec le pays que Dieu a promis à son peuple, et dans lequel il va être appelé à les conduire.

Moïse et Josué, comme serviteurs, ont des missions différentes. Celle de Moïse est de conduire le peuple hors du monde – hors d’Égypte ; celle de Josué de l’introduire dans le pays de la promesse en Canaan. Moïse est le type du Seigneur combattant contre le diable ici-bas ; Josué, celui du Seigneur nous conduisant dans tous les résultats bénis de la vie et du repos : et pour qu’il soit rendu capable de remplir cette haute mission, il faut qu’il passe par une formation. Il faut qu’à la fois il voie le pays et qu’il connaisse la nature du peuple qu’il doit y conduire. Et non seulement cela, mais ayant vu le pays, et ayant confessé de sa bouche sa foi dans le dessein de Dieu et dans sa puissance pour y introduire son peuple, il supporte l’opposition et la persécution de la part de ce même peuple et il doit attendre quarante ans avant de voir réaliser les œuvres sur lesquelles comptait sa foi.

Quelle épreuve de la foi ! Quelle éducation prolongée pour lui ! Il semble qu’il y ait maintenant une interruption dans son histoire. Ne pouvant réveiller le peuple au sentiment de son appel, il se retire, semble-t-il, de la vie publique ; mais ce n’est que pour reprendre ensuite sa place et sa fonction, et nous n’entendrons plus parler de lui jusqu’au moment où il doit introduire le peuple en Canaan.

Ces quarante années ont certainement approfondi sa foi. Il a vu les incrédules mourir les uns après les autres, jusqu’à ce que lui et Caleb restent seuls de toute cette génération, et chaque mort a dû confirmer en lui le sentiment que la foi est bénie, et que l’incrédulité empêche toute bénédiction et tout service. Comme Moïse en Madian, mais d’une manière bien plus honorable, il a dû attendre quarante ans pour être le champion d’une foi dont le peuple ne voulait pas, et pourtant rien d’autre ne peut apporter la bénédiction.

Il attend durant cette longue période le moment où la preuve sera donnée que « retenir ferme le commencement de notre assurance » a une grande récompense. Les années ne peuvent user sa foi. Pendant tout ce temps il traverse le désert, et sa foi le soutient jusqu’au moment de l’accomplissement de la promesse.

Le fil de l’histoire de Josué est renoué là où il avait été interrompu. Josué avait affirmé à Israël qu’il était parfaitement capable d’aller et de prendre possession du pays ; et à la fin du voyage dans le désert, quand Moïse n’est plus qualifié pour les y conduire, Josué apparaît de nouveau sur la scène ; il est investi de cette charge spéciale (Nombres 27. 18-22).

Il s’est certainement souvent demandé jusqu’où le mènerait cette foi qui avait illuminé son âme quarante ans auparavant, et qui l’avait rendu capable de proclamer les gloires de l’héritage, mais la foi a toujours sa récompense. Moins la réalisation paraît proche, plus on est rejeté sur la conviction que produit la foi ; et cela accroît nécessairement cette foi, parce que cela confirme que rien d’extérieur ne soutient. Si on l’a, c’est qu’elle vient de Dieu.

La foi de Josué a été pleinement manifestée ; et maintenant, plein de l’esprit de sagesse, préparé par toutes ces années de formation, il est non seulement consacré par Moïse qui pose ses mains sur lui, mais il est personnellement nommé par l’Éternel pour cette haute et honorable mission, et il est encouragé par lui. « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous l’ai donné », telle est maintenant la parole de l’Éternel à Josué ; ainsi, si nous pénétrons dans l’un des domaines infinis de la gloire, il devient nôtre pour toujours. Pénétrons-y, et nous en goûterons la réalité et la valeur.

Nous devons nous souvenir que Josué, à proprement parler, est le continuateur de Moïse ; tous deux sont les types du Seigneur Jésus sous des aspects différents. Moïse nous conduit à la mort de Christ ; Josué nous en fait sortir victorieusement, portant avec lui ses trophées ; c’est pourquoi, quand l’Éternel donne son mandat à Josué, le fils de Nun, « qui servait Moïse », Il dit : « Moïse, mon serviteur, est mort ; et maintenant, lève-toi, passe ce Jourdain, toi et tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je leur donne… Fortifie-toi et sois ferme, car toi, tu feras hériter à ce peuple le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner ». Selon les termes de ce mandat, il ne devait pas seulement les mettre en possession de leur héritage, mais, en le divisant entre eux, il devait aussi leur en assurer l’occupation. Le service de Josué n’est complet que lorsque cela est accompli, et c’est pourquoi nous devons nous préparer à trouver dans la seconde partie de son histoire les difficultés et les épreuves qui viennent entraver l’établissement du peuple : il est très intéressant pour nous de considérer pour notre instruction comment il fait face à ces obstacles et les surmonte ; car bien que nous les rencontrions nous aussi, il arrive souvent que nous ne les surmontions que lentement.

Josué, des années auparavant, avait cru que Dieu pouvait et voulait les introduire dans le pays. Il va voir maintenant se réaliser son espérance. Il annonce aux officiers du peuple : « Dans trois jours vous passerez ce Jourdain pour aller prendre possession du pays ». Il n’y a ni délai ni hâte imprudente à faire ce que Dieu l’appelle à accomplir. « Préparez-vous des provisions », dit-il ; il fallait se mettre en route, calmement, bien préparés, de tout cœur, mais sans négliger la sainteté. « Sanctifiez-vous », dit-il, « car demain l’Éternel fera des merveilles au milieu de vous ». Je passe sur la scène merveilleuse de la traversée du Jourdain, dont la signification a été traitée ailleurs ; ce qui nous occupe ici c’est la relation de cette scène avec Josué. Le but de l’Éternel, par rapport à lui, est vu au chapitre 3. 7 et 4. 14 : « Aujourd’hui je commencerai à t’élever aux yeux de tout Israël ». Quarante ans auparavant, il a pris le parti de Dieu, au milieu de l’opposition et de l’incrédulité du peuple. Maintenant il va être élevé devant tout Israël, et on va voir que l’Éternel est avec lui comme il a été avec Moïse. C’est un moment glorieux dans son histoire, qui correspond au caractère puissant et élevé de sa foi. Josué, type du Seigneur Jésus dans sa victoire, est, d’autre part aussi, un exemple pour nous, dans les luttes et les conflits qu’il traverse avant d’arriver au succès. Les difficultés, nos difficultés sont là ; mais notre Josué les a surmontées pour nous ; et, Dieu soit béni, le succès pratique peut être nôtre aussi.

La première expérience de Josué dans le commandement est le passage du Jourdain ; la seconde, Guilgal où l’opprobre de l’Égypte est roulée de dessus le peuple ; la troisième, la chute de Jéricho, ou la prise de possession du pays ; la quatrième enfin au chapitre 15, la division de l’héritage. Ce sont là ses grands succès. Mais la vie d’un homme de foi n’est pas faite que de victoires. La défaite devant Aï est le premier échec de cette brillante carrière. Une fois le Jourdain passé, l’opprobre de l’Égypte enlevé, les murailles de Jéricho écroulées, par la foi, après l’extraordinaire entrée en possession du pays, quelle dut être sa détresse et son désappointement en voyant Israël fuir devant les hommes d’Aï ! Josué n’est guère préparé aux revers. La bénédiction et le succès l’avaient suivi comme une marée montante. Et le voici dans l’angoisse ! Il déchire ses vêtements et tombe la face contre terre, obligé d’apprendre pour la première fois à quel degré l’homme peut faillir au milieu de la plus grande bénédiction. Il avait vu la chute du peuple dans le désert, mais ici c’est dans Canaan que se produisent la chute et la défaite. Cela le plonge dans une détresse toute particulière. Nous pouvons comprendre son cri : « Hélas, Seigneur, que dirai-je, après qu’Israël a tourné le dos devant ses ennemis ? » Plus la bénédiction et la vérité sont connues, plus on en a joui, plus la défaite cause de détresse à un cœur attaché à la gloire de Dieu. Mais Josué, avait à apprendre une leçon importante à ce moment de son histoire, une leçon que nous avons tous besoin d’apprendre : C’est que rien de ce que nous avons acquis ou dont nous avons joui ne peut nous préserver de la défaite et de la chute, si, en esprit, nous nous sommes associés à des principes contraires à Dieu. Dans l’ignorance de la cause de la défaite, il prie, il mène deuil, et même il discute avec l’Éternel. Dans l’intensité de sa détresse sa foi chancelle. Mais la réponse de l’Éternel fait ressortir qu’il manque de sagesse spirituelle en agissant ainsi ; d’autres auraient su conclure de leur connaissance de Dieu, qu’Il n’aurait pas laissé Son peuple être défait, si celui-ci n’avait gravement manqué à Son égard. Josué aurait donc dû rechercher la mal caché, au lieu d’accuser l’Éternel. La prière ne peut jamais compenser la négligence dans l’action ; elle conduit à l’action ; elle recherche lumière et force pour l’action. Mais si je n’utilise pas la lumière que je possède déjà, aucune prière ne me fera obtenir davantage ; si je ne crois pas une petite révélation, je ne suis pas préparé à en recevoir une grande.

L’Éternel reprend Josué de ce qu’il reste ainsi devant Lui, ignorant, inactif, menant deuil. Il dit : « Lève-toi ; pourquoi te jettes-tu ainsi sur ta face ? Israël a péché… » Et Il lui révèle ce qu’il y a lieu de faire pour conserver Sa présence au milieu d’eux.

Notons ici qu’Israël entre maintenant dans son héritage – figure pour nous du royaume de Dieu et de la portion céleste de Ses saints. Ils sont un seul peuple. Le péché d’un seul affecte l’ensemble, et nous devrions bien observer que si un pareil désastre a été amené par le péché d’un seul homme parmi ceux qui ne sont unis que comme un peuple terrestre, il en est de même dans l’Assemblée où chacun est un membre du corps de Christ, uni à lui par l’Esprit.

C’est une chose nouvelle pour Josué d’apprendre que le péché secret d’un seul homme dans l’armée peut interrompre d’une manière si désastreuse le progrès et la bénédiction de tout Israël. Il est abattu, peut-être même sur le point de perdre cette foi qui l’a caractérisé. Mais, dans sa grande détresse, remarquons combien est vrai son sentiment de la grandeur de Dieu, et combien il a en vue la gloire de Dieu. « Que feras-tu pour ton grand nom ? » c’est ce qui l’inquiète en premier lieu.

L’Éternel prescrit tout d’abord une enquête. La congrégation tout entière doit se présenter devant Lui. Il faut une investigation patiente et complète. Le sort est jeté ; mais la décision est celle de l’Éternel. Et après le touchant appel que Josué adresse à Acan de donner à l’Éternel cette gloire qui lui est si chère, le coupable convaincu et dévoilé confesse comment, quand et où il a pris de l’anathème.

Josué, après ce profond exercice, se montre à la hauteur de la circonstance. S’étant levé « de bonne heure le matin », pour découvrir la cause du mal, il est prompt et décidé à exécuter sans délai le jugement contre le transgresseur. Pas un objet appartenant au coupable n’échappe au jugement. Josué rend témoignage au principe que plus un homme est près de Dieu, et se trouve dans le cercle de Ses grandes bénédictions, plus il faut dénoncer clairement et entièrement tout ce qui ne convient pas à Sa gloire. Josué est sans crainte devant l’ennemi extérieur, et il a vu la création se courber devant la marche conquérante du peuple de Dieu ; mais, vaillant et fidèle, il est aussi capable d’extirper le mal intérieur. La puissance est toujours la puissance sous quelque forme qu’elle soit exercée. Puissance contre le Cananéen – qui s’oppose à ce que nous prenions possession de notre héritage céleste – puissance contre le mal intérieur. S’il a appris à connaître la première d’une manière glorieuse, il apprend l’autre dans une profonde douleur, en secret, avec Dieu, par sa merveilleuse intervention. Rappelons-nous que plus nous serons grands dans notre victoire pour notre héritage, plus nous devrons être strictement séparés de tout ce qui ne convient pas à la pensée de Dieu, qui demeure et règne dans ces lieux saints.

Le péché d’Acan n’est pas un péché ordinaire. C’est une double désobéissance à Dieu. Acan a pris un vêtement maudit par Dieu, et de l’or et de l’argent destinés au trésor de Dieu ; cela montre, en symbole et dans son essence même, la corruption du cœur, qui en même temps qu’il pénètre dans les merveilleuses voies de la grâce, est assez traître pour chercher son propre plaisir aux dépens de Dieu. C’est le même esprit qui anime ceux qui « ne servent pas notre Seigneur Christ, mais leur propre ventre » ; en même temps par de beaux discours (une marche extérieure respectable), ils trompent les cœurs simples ; ils sont ainsi une entrave pour la congrégation de Dieu, en s’écartant de la vérité, pour leur satisfaction personnelle.

Josué étant passé par ce grand exercice, apprend maintenant comment il réussira contre Aï ; ce ne sera plus d’une manière ouverte et remarquable comme à Jéricho, car la chute a ses conséquences même après la guérison. La conquête n’en est pas moins effective, et la foi peut y discerner toute la puissance de Dieu.

Mais Josué a encore davantage à apprendre, et le chapitre 9nous décrit une autre sorte d’épreuve, pénible certes, qui le tourmente et le préoccupe. Elle est amenée par un manque momentané de dépendance de sa part. Le piège cette fois n’est pas intérieur, et ne provient pas d’un manque d’obéissance ou d’une infidélité, mais il vient de l’extérieur. Les Gabaonites « usèrent de ruse », et Josué trompé par eux fait la paix avec eux, négligeant de demander conseil à l’Éternel. Telle est la véritable cause de la réussite de ce piège, car chaque fois qu’on perd de vue la dépendance de Dieu, ne fût-ce qu’un instant, et même au moment de la victoire, la chute survient. Après tant d’années de discipline et de victoire, cela arrête pour un moment la course en avant de Josué. Israël en subit les conséquences : s’ils avaient interrogé l’Éternel, ils n’auraient pas été obligés de conserver les Gabaonites au milieu d’eux.

Josué a certainement beaucoup appris de la pensée de Dieu, dans toutes ces épreuves ; immédiatement après il entre dans une série de victoires, glorieuse et ininterrompue ; il ne rencontre plus d’obstacles jusqu’à la fin de sa vie. Il est hautement honoré et approuvé par Dieu : les uns après les autres, les ennemis sont vaincus, et l’Éternel arrête même le cours de la nature (le soleil et la lune s’arrêtent) « à la voix de Josué, la voix d’un homme ». Quel moment que celui où après avoir écrasé tous ses ennemis, Josué et son armée les détruisent entièrement depuis Kadès-Barnéa jusqu’à Gaza, – Kadès, l’endroit où s’était manifestée jadis l’incrédulité du peuple en même temps que la foi solide et persévérante de Josué !

L’événement capital de son histoire désormais est la répartition de l’héritage entre les tribus (chapitres 13 à 19) selon le commandement spécial de l’Éternel ; ceci fait, il reçoit lui-même un héritage personnel (chapitre 19. 49) dans lequel il habite, la ville qu’il a bâtie. Le pays est conquis, les possessions sont délimitées, le chef a droit au repos. De même, le Seigneur Jésus Christ, après avoir achevé Son œuvre, s’est assis jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds. Les cieux l’ont reçu, bien que la terre l’ait rejeté, et Il se repose maintenant jusqu’à ce que l’univers tout entier vienne ployer le genou devant Lui.

L’histoire de Josué nous présente quatre bénédictions distinctes, en relation avec ce nouvel héritage céleste :

  1. la traversée des eaux du Jourdain ;
  2. l’opprobre de l’Égypte ôté, ce qui permet au peuple de manger le vieux blé du pays, produit des lieux célestes ;
  3. la prise de possession du pays, depuis Jéricho ;
  4. la répartition de l’héritage entre les tribus, chacune ayant sa propre part.

D’un autre côté, Josué a trois grandes et pénibles leçons à apprendre, en relation avec son zèle de conducteur en Canaan :

  1. il doit apprendre comment l’armée toute entière peut être affaiblie par la souillure d’un seul homme ;
  2. comment lui-même peut être trompé et entraîné dans un piège pour avoir négligé de prendre conseil de l’Éternel ;
  3. et enfin, combien peu il peut compter sur la congrégation d’Israël pour rester attachée à Celui dont elle a tout reçu. Cette épreuve nous est présentée comme la scène finale de son service (chapitres 23 et 24). Par la bonté de Dieu, Josué les a fait hériter d’une bénédiction merveilleuse. Dieu a été fidèle, mais ils ne veulent pas être fidèles, ni être des témoins de Sa grâce envers eux. Quelle tristesse pour Josué, quand tout a été accompli suivant la promesse de Dieu, et que sa propre foi a reçu une pleine réponse, d’acquérir la certitude qu’il ne peut se fier au peuple ! Sa conviction a certainement commencé à se former quand il a entendu le bruit idolâtre émanant du camp, alors qu’il descendait de la sainte montagne avec Moïse ; souvent les épreuves du commencement et de la fin de la course se correspondent. Quelle affliction, pour Josué, après avoir été si largement employé à faire connaître les bénédictions de Dieu, et avoir vu les âmes en jouir, de prévoir qu’avant peu il n’y en aura plus beaucoup ou même aucune pour les apprécier ! C’est aussi la souffrance de l’apôtre Paul quand il dit : « tous ceux qui sont en Asie… se sont détournés de moi ».

Quelle est donc la ressource de Josué ? « Il prit une grande pierre, et la dressa là sous le chêne qui était auprès du sanctuaire de l’Éternel ; et il dit à tout le peuple : Voici, cette pierre sera témoin contre nous, car elle a entendu toutes les paroles de l’Éternel, qu’il nous a dites ; et elle sera témoin contre vous, de peur que vous ne reniiez votre Dieu ». Cette pierre est un type de Christ, et Josué termine sa carrière en regardant à Lui comme au seul vrai témoin, « fidèle et véritable ». Il a travaillé de tout son cœur pour maintenir les œuvres de Dieu et sa vérité, sans se fier à l’homme, mais en pleine assurance et en paix à cause de la grande pierre angulaire, l’Amen, le Témoin fidèle et véritable, auquel soit la gloire aux siècles des siècles.