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Évangile selon Luc
Sondez les Écritures - 1re année

Luc 5. 27-39

Le chemin de Christ parmi les pécheurs

3. Principes de discipline spirituelle

L’appel de Lévi et le festin dans sa maison : versets 27-29

Dans les deux scènes précédentes, la grâce purifie et pardonne. L’homme a besoin des deux opérations. Maintenant, avec l’appel de Lévi, la grâce se tourne vers ceux qui, aux yeux des pharisiens, en sont les plus indignes : les publicains et les pécheurs. Lévi était collecteur d’impôts. Un métier particulièrement lucratif. Pour l’exercer, Lévi avait déjà acquitté aux Romains une forte somme d’argent. Le montant des taxes fixé par la puissance occupante était souvent excessif et la malhonnêteté des collecteurs, qui prélevaient bien plus que ce qui leur avait été demandé, était notoire. Les Juifs tenaient ces collecteurs d’impôts pour des traîtres à leur nation et les haïssaient particulièrement.

Lévi est assis à son bureau ; sans doute, avons-nous là une image de sa position sociale et le symbole d’une certaine satisfaction personnelle. Jésus le voit et lui dit simplement : “Suis-moi”. Cette voix pleine de douceur et d’autorité produit, dans le cœur de celui dont le nom veut dire “attachement”, des effets immédiats. Ne pouvant servir Dieu et Mammon, Lévi paye le prix que le Seigneur lui demande pour le suivre. Il laisse sa fortune et son emploi. De nos jours, de nouveaux convertis qui travaillent dans des professions dont les principes moraux ne peuvent s’accorder avec leur foi quittent leur emploi, comme Lévi. Le Seigneur sait alors leur attribuer le service qui leur convient : il a fait de ce percepteur obéissant, un apôtre auquel il confia la rédaction du premier des évangiles (Lévi s’appelle aussi Matthieu).

Sa conversion est rapide et spectaculaire : avant de rencontrer le Seigneur, il amassait l’argent, maintenant il le distribuePsaume 112. 9. Délivré de la puissance de l’argent, il goûte la grâce divine et veut la faire connaître à ses amis. Il les convie à un repas dont Jésus est le centre : “Il lui fit un grand festin”.

Lorsque Lévi rappelle cet épisode dans son évangile, il écrit : “Se levant, il le suivit”. Il ne se met pas en avant en soulignant qu’il a tout quitté. Il ajoute : “comme il était à table dans la maison” Matthieu 9. 10. Il ne précise pas que c’était sa maison ni qu’il lui avait préparé un “grand festin” (verset 29).

L’attitude hostile des pharisiens et l’indifférence aux critiques

Comme l’évangile le montre plus loin (15. 2), les pharisiens et les scribes n’osent pas encore attaquer directement Jésus. Ils s’en prennent aux disciples. Mais, en fait, ils insinuaient que le Seigneur se souillait en fréquentant les gens du peuple. Ils étaient préoccupés de maintenir une séparation légaliste dépourvue de tout amour envers le prochain. Leurs motifs apparaissent clairement dans les murmures et les pourquoi auxquels Jésus répond de façon imagée (versets 30-39). Ce faisant, il développe à nouveau le sujet de la grâce, en donnant la raison de sa venue sur la terre : appeler les pécheurs à la repentance. Ceux qui se proclamaient justes s’excluaient d’eux-mêmes du salut puisqu’ils estimaient ne pas avoir besoin du divin médecin. Pourtant la Parole était formelle sur l’injustice de tout homme devant DieuÉsaïe 1. 5, 6 ; 64. 6.

Les pharisiens se plaignent de ce que les disciples ne se conforment pas à l’usage de jeûner régulièrement et de prier à des heures déterminées (verset 33). La réponse du Seigneur ne porte que sur le jeûne car à ses yeux la prière n’est pas en cause puisque ses disciples et lui la pratiquent souvent.

Dans sa réponse, Jésus aborde l’essence du christianisme : sous la loi il fallait faire pour êtreExode 19. 8, maintenant le chrétien agit en fonction de ce qu’il est en Christ1 Corinthiens 1. 30, 31. L’israélite cherchait à obtenir une pureté extérieure par la séparation de ce qui pouvait le souiller ; le chrétien, au contraire, maintient la pureté que Christ lui a acquise par une action intérieure de sanctification. Ainsi la grâce délivre de la servitude légale et introduit dans la liberté chrétienne qui trouve son plaisir à servir le Maître. Cette vérité développée dans l’épître aux Galates ne pouvait être pleinement révélée avant la mort du Seigneur et sa résurrection. Pour l’expliquer, le Seigneur prend plusieurs exemples simples.

Premièrement celui d’une noce : les fils de la chambre nuptiale, c’est-à-dire les invités à la noce, pouvaient-ils jeûner en présence de l’époux (verset 34) ? Le jeûne aura sa place lorsque l’époux leur aura été ôté (verset 35). Ainsi, les disciples connaissent le jeûne entre la croix et la résurrection. Mais après, ils se réjouissent à nouveauJean 20. 20 et mangentJean 21. 12.

Le Seigneur ajoute ensuite une parabole tirée de l’usage que les gens de l’époque avaient de rapiécer leurs vêtements. La justice dont l’homme cherche à se vêtir en observant la loi – le vieil ha-bit – ne peut s’accorder avec la justice qui vient de Dieu par la foiPhilippiens 3. 9 – c’est le morceau neuf. Enfin, il fait appel à l’image du vin nouveau et des vieilles outres : la grâce qui se répand ne peut s’accommoder de la rigidité de l’ancien ordre de choses qui vieillitHébreux 8. 13. Le Seigneur établit l’incompatibilité de nature entre les anciennes formes rigides du judaïsme et la nouvelle puissance divine qui met l’homme naturel entièrement de côté et lui apporte ce qu’il ne peut acquérir par la loi : la justification et l’af-franchissement du péché.

L’ancien système ayant démontré l’incapacité de l’homme à “faire” apporte condamnation et mort. Mais l’homme religieux préfère ce en quoi il trouve une satisfaction naturelle, le vin vieux, refusant la grâce qui seule peut sauver l’homme, le vin nouveau (verset 39). Aujourd’hui, sommes-nous suffisamment conscients de la grâce dont nous avons été les bénéficiaires pour la communiquer à d’autres ? Leur refuserions-nous, comme Jonas avec les Ninivites, le droit d’être eux aussi au bénéfice de la grâce divine ?

Luc 5

27Après cela, Jésus sortit et vit un publicainA nommé Lévi, assis au bureau des impôts ; il lui dit : Suis-moi. 28Quittant tout, il se leva et se mit à le suivre. 29Lévi lui fit un grand festin dans sa maison ; et il y avait une grande foule de publicainsA et d’autres gens qui étaient avec eux à table. 30Leurs scribesA et les pharisiensA murmuraient contre ses disciples : Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheursA ? 31Jésus leur répondit : Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. 32Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentanceA. 33Ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean jeûnent-ils souvent et font-ils des prières, comme aussi les disciples des pharisiens, tandis que les tiens mangent et boivent ? a34Mais il leur dit : Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de l’épouxb pendant que l’époux est avec eux ? 35Des jours viendront, où l’époux leur aura été enlevé ; alors ils jeûneront, en ces jours-là. 36Il leur dit aussi une paraboleA : Personne ne met une pièce d’un habit neuf à un vieil habit ; autrement, on aura déchiré le neuf, et la pièce tirée du neuf ne sera pas assortie au vieux. 37Personne ne met non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues ; 38mais le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves, et les deux se conservent. 39Et personne, après avoir bu du vieux, ne veut aussitôt du nouveau ; car il dit : Le vieux est meilleur.

Notes

acertains lisent : Les disciples de Jean jeûnent souvent et font des prières, […] boivent.

blitt. : les fils de la chambre nuptiale.

(Traduction révisée)