Les années de vie commune vont prendre fin. Élisée le sait. Le vieux prophète va être enlevé d’avec lui. Ensemble, ils font un dernier voyage. Ils quittent Guilgal, où le peuple avait campé après la traversée du Jourdain, et où la circoncision avait eu lieu. Ils passent à Béthel, la « maison de Dieu », où Jacob avait reçu les promesses, et plus tard bâti l’autel. Ils descendent à Jéricho qui rappelait la victoire de la foi aux jours de Josué. Mais l’Ange de l’Éternel avait quitté Guilgal (Juges 2). À Béthel se dressait le veau d’or de Jéroboam (1 Rois 12. 29). Malgré la malédiction prononcée par Josué, Jéricho avait été rebâtie du temps d’Achab, tout récemment (1 Rois 16. 34).
Élisée devait prendre conscience de l’état dans lequel le peuple de Dieu était tombé, un temps de décadence, morale et spirituelle. Le ministère d’un prophète était d’autant plus nécessaire, mais combien difficile.
Ensemble, les deux hommes traversent le Jourdain, le fleuve de la mort à soi-même. Quand ils eurent passé, Élie dit : « Demande ce que je ferai pour toi avant que je sois enlevé d’avec toi ». Remarquons qu’Élisée ne doit pas présenter sa requête après l’enlèvement d’Élie : on ne prie pas ceux qui ont passé dans l’au-delà ! Que va demander le jeune homme ? Il est pénétré du sentiment de son incapacité en face de l’immensité de la tâche. « Qui est suffisant pour ces choses » ? dira l’apôtre. « Notre capacité vient de Dieu » (2 Corinthiens 2. 16 ; 3. 5-6).
Élisée ressent son insuffisance devant la grandeur des besoins… que faut-il pour y répondre ? – « Qu’il y ait, je te prie, une double mesure de ton esprit sur moi ». Seule la puissance de l’Esprit de Dieu, agissant dans et par ses serviteurs, peut venir au-devant des détresses de son peuple.
Jésus parlait des « fleuves d’eau vive » qui couleraient du sein de ceux qui croiraient en lui. Il disait cela de l’Esprit, qui n’était pas encore venu, « parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7. 38-39). La venue de l’Esprit était donc liée à la glorification du Seigneur. Symboliquement, il en est de même pour Élisée. S’il voit Élie enlevé aux cieux, si ses regards et son cœur sont attirés en haut, il recevra la double mesure de l’Esprit ; sinon, cela ne sera pas.
Élisée voit le prophète disparaître dans les cieux. Il relève le manteau tombé des épaules d’Élie. Il s’en retourne, frappe le Jourdain et le traverse. Les fils des prophètes venus à sa rencontre ne s « y trompent pas : » L’esprit d’Élie repose sur Élisée « . Un peu plus tard, Josaphat dira d’Élisée : » La parole de l’Éternel est avec lui « (2 Rois 3. 12).
Ainsi le jeune prophète a repris » le manteau « . Le passage des générations s’est effectué selon Dieu.