Le psaume 42 comprend une introduction (versets 2, 3) et deux parties (versets 4-6 ; 7-12), dont les conclusions, ainsi que celle du psaume 43, sont semblables. Nous pouvons donc considérer que ce dernier est la suite du psaume 42.
Comme cela est fréquent dans ce livre, l’introduction expose le thème général du psaume, qui est ici la souffrance du résidu chassé du lieu de la présence de Dieu.
Le désir du fidèle est de paraître devant Dieu, et, dans son exil, il réalise, comme il ne l’avait pas fait auparavant, que l’âme a besoin d’être désaltérée, autant, et plus sans doute, qu’un animal qui crie après les courants d’eau. Remarquons qu’il est question d’eau vive. Dieu est “la source des eaux vives” Jérémie 2. 13, il a “rassasié l’âme altérée” Psaume 107. 9. Nous, chrétiens, nous avons entendu les paroles du Seigneur Jésus : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive” Jean 7. 37. Son désir est toujours de répondre à celui qui a soif de lui, soif d’un Sauveur.
N’est-il pas touchant qu’une des dernières paroles des Écritures soit cette invitation pleine de grâce de la part du Seigneur : “Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie” Apocalypse 22. 17.
Combien sera grande la joie du fidèle juif, quand se réalisera pour lui la parole du Seigneur, l’Éternel : “Voici, mes serviteurs boiront… voici, mes serviteurs se réjouiront… voici, mes serviteurs chanteront de joie à cause du bonheur de leur cœur” Ésaïe 65. 13, 14. Quant au chrétien, il trouve déjà sa joie en Christ par la foiPhilippiens 4. 4 ; 1 Pierre 1. 8.
Le fidèle est ici en butte aux questions de ses adversaires. Leur question : “Où est ton Dieu ?” l’afflige jour et nuit, car elle avive sa souffrance d’être privé de ce qui était la joie du peuple juif : le culte rendu à Dieu, dans son temple, à Jérusalem1.
En même temps, par cette question, les ennemis se moquaient de Dieu, comme s’il n’avait pas pu conserver à son peuple les privilèges qu’il lui avait donnés.
Le fidèle répand alors son âme devant Dieu dans le secret de son cœur, se souvenant de l’atmosphère heureuse qui accompagnait les fêtes solennelles ; mais maintenant il n’éprouve plus que regrets et tristesse.
Où trouver la consolation ? Le psalmiste se pose une double question, en considérant son abattement, puis son agitation, car ni la résignation, ni les efforts désordonnés ne peuvent apaiser l’âme et la délivrer. La ressource est en dehors du croyant : elle est en Dieu. Attendons-nous à lui, déposons à ses pieds tout notre souci, car il a soin de nous1 Pierre 5. 7.
Alors, le fidèle se confie en son Dieu sauveur, avec l’assurance de le célébrer à nouveau, quand il verra le roi dans sa beautéÉsaïe 33. 17.
Nous voyons maintenant prophétiquement la détresse de JacobJérémie 30. 7. Plusieurs sortes de dangers menaceront le résidu : le Jourdain, les Hermons, Mitséar sont des images de la mort, de la puissance de l’adversaire, tandis que le fidèle est abaissé.
Le résidu ira ainsi de détresse en détresse. Le verset 8 emploie de saisissantes images pour les décrire. Ces images nous aident à comprendre un peu les profondes douleurs de l’âme de notre Seigneur Jésus Christ lors des trois heures de l’expiation. Prendre sur lui toutes nos transgressions, être fait péché, comportait pour lui, saint et juste, un abîme de souffrances qui en appelait un autre, celui de faire l’expiation de nos fautes et d’endurer l’abandon de Dieu. Toutefois, le jour vient où Israël comprendra (comme nous l’avons appris et cru) que sa délivrance repose sur les souffrances du Fils de DieuÉsaïe 53. 12.
Alors, par la foi, le fidèle entrevoit le jour où l’Éternel, le Dieu de l’alliance, délivrera son peuple par sa bonté.
Pendant l’épreuve que la Parole compare à la nuit, il peut chanter de joieJob 35. 9-11 et invoquer le Dieu en qui est sa vie.
Le Seigneur, si cela est nécessaire, nous fait voir ses merveilles dans les eaux profondes de l’épreuve ; notre sagesse est réduite à néant ; alors, nous crions à lui, et il “arrête la tempête, la changeant en calme” Psaume 107. 23-30.
Au cantique se joint la prière que le croyant adresse au Dieu de sa vie. Il demande au Dieu fidèle, dont l’œuvre est parfaiteDeutéronome 32. 4, de lui faire comprendre pourquoi il est ainsi affligé, et lui dit combien les paroles moqueuses de ses adversaires : “Où est ton Dieu ?” le font souffrir. Mais Jésus Christ crucifié n’est-il pas ainsi placé devant le résidu (et devant nous) ?
Cette question n’est-elle pas celle que Christ a entendue sur la croix, quand on disait : “Il s’est confié en Dieu ; qu’il le délivre maintenant, s’il tient à lui !” Matthieu 27. 43
Les fidèles juifs, dans la détresse, sont ainsi préparés pour le moment où ils regarderont vers Christ, celui qu’ils ont percéZacharie 12. 10. Mais les chrétiens pourraient-ils oublier ce que le Fils de Dieu a souffert, par amour pour eux, pour les sauver ?
Cette partie du psaume s’achève comme la précédente. Le fidèle a été profondément éprouvé ; il s’est interrogé et a interrogé Dieu, son Rocher (le mot “pourquoi” se trouve cinq fois dans le psaume). Le psalmiste, pourtant, peut s’encourager lui-même, comptant sur la fidélité de Dieu et sur sa délivrance.
Ici, le désir ardent du fidèle est d’être délivré de ses ennemis : la nation apostate restée en Judée et à Jérusalem, et “l’homme trompeur et inique”, c’est-à-dire l’Antichrist.
Les expériences du psaume 42 ont appris au fidèle à chercher en Dieu sa joie et son salut. Maintenant il désire jouir pleinement de Dieu ; il lui demande de le conduire par la révélation de lui-même (sa lumière et sa vérité) : seule, la vraie connaissance de Dieu donne à l’âme la conscience de sa sainteté et la conduit en sa présence pour l’adorer avec une profonde joieColossiens 1. 11-14.
Ces nouvelles expériences donnent sans doute une force plus grande à l’exhortation que le psalmiste adresse à son âme : “Pourquoi es-tu abattue ?” C’est avec une foi affermie qu’il conclut pour la troisième fois : “Attends-toi à Dieu, il est le salut de ma face et mon Dieu”.