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L'Assemblée du Dieu vivant
A. Gibert

Les débuts

La formation de l’Église a commencé le jour de la Pentecôte, quand le Saint Esprit est descendu sur la terre et a rempli les apôtres. Pierre, le premier, a reçu la puissance pour annoncer l’Évangile en proclamant la résurrection et la gloire de Jésus. Mais l’Église n’apparaît sous son vrai caractère qu’à la suite des révélations faites à Paul, à mesure que la bonne nouvelle se répand parmi les nations1, et que les disciples sont mis à part, les Juifs “rejetant, à leur propre détriment, le dessein de Dieu”, rejetant la parole de Dieu et se jugeant eux-mêmes par là “indignes de la vie éternelle” (Actes 13. 46 ; voir aussi Luc 7. 30). Le mystère d’un seul corps réunissant tous ceux qui étaient loin comme ceux qui étaient près, gens des nations et Juifs, tous ayant accès auprès du Père par un seul Esprit, n’avait pas été donné à connaître dans l’Ancien Testament. Quelques allusions prophétiques, quelques figures, muettes jusqu’à Christ, cachaient dans l’Écriture elle-même le secret qu’il était réservé à Paul de révéler (Éphésiens 3. 2-9).

Notre propos n’est pas de retracer, après d’autres, l’histoire de l’Église sur la terre. Ce qu’en rapporte la Parole de Dieu est suffisant, du reste, pour introduire et annoncer son déroulement. Le livre des Actes, et les épîtres tant de Paul que de Pierre, de Jacques, de Jean, de Jude, non seulement prévoient le déclin, mais le montrent largement commencé.

Tous les caractères du mal qui s’est développé ensuite et que nous trouvons aujourd’hui sont visibles dès lors. Dans les tout premiers jours, l’assemblée de Jérusalem avait reflété la pensée de Christ : ceux qui avaient cru montraient l’unité de l’Esprit, ils persévéraient ensemble dans la doctrine et la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières (Actes 2. 42). “L’amour dans l’Esprit” (Colossiens 1. 8) opérait puissamment parmi eux et les faisait mettre tout en commun. Ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme. Mais ces heureux débuts furent bientôt troublés. Certes la cupidité et le mensonge, les négligences à l’égard des veuves et les plaintes qui s’ensuivent, sont réprimés, car l’Esprit Saint agissait avec puissance, mais ils le sont pour un temps seulement, comme l’épître de Jacques suffirait à le montrer. Puis la difficulté qu’éprouvaient les croyants juifs à admettre les nations sur le même plan qu’eux est près d’entraîner un schisme. De faux frères se glissent dans les assemblées (épîtres aux Galates, de Jude, de Jean). Les mauvais docteurs, judaïsants, gnostiques ou rationalistes, font leurs ravages. Des chrétiens se détournent de la croix de Christ pour suivre leurs intérêts (épîtres aux Philippiens, à Timothée). Paul prisonnier est abandonné de presque tous. Cet apôtre annonce les temps fâcheux des derniers jours, mais ils se montrent déjà. Jean déclare que l’esprit de l’antichrist est déjà là et que c’est la dernière heure.

Des apôtres à nos temps

Depuis lors vingt siècles ont, hélas, vérifié de toutes les façons possibles le fait constant que l’homme dégrade tout ce que Dieu lui confie.

Certes, Dieu a maintenu témoins après témoins, il a permis d’heureux retours, magnifié partout sa grâce, il s’est montré fidèle. Il agit toujours, la Parole de Dieu est intacte et continue à se répandre, l’Évangile est annoncé et des âmes sont converties.

Mais les enfants de Dieu ont été dispersés par les loups redoutables que des bergers négligents ou cupides ont laissé entrer. Du milieu même de ces bergers se sont levés des hommes aux doctrines perverses entraînant des disciples après eux (Actes 20. 29-30). L’autorité du Seigneur Jésus a été foulée aux pieds. On l’a renié. Et, “ayant des oreilles qui leur démangent”, non seulement ils ne reconnaissent plus la voix du bon Berger, mais ils s’amassent “des docteurs selon leurs propres convoitises” (2 Timothée 4. 3).

L’apparence de ce qu’est la chrétienté peut – et à certains égards aujourd’hui plus qu’autrefois – faire illusion, mais la “grande maison” a largement laissé le monde entrer et s’installer en maître. Les matériaux des hommes (1 Corinthiens 3. 12-15) ont été mélangés de toutes parts aux “pierres vivantes”, et les corrupteurs du temple de Dieu se sont multipliés. On appelle du nom de chrétiens quantité de gens qui ne manifestent aucune étincelle de vie divine. Croyants et non-croyants associés sont organisés selon les principes de groupements humains. L’ivraie s’est toujours plus étroitement mêlée au froment (Matthieu 13. 24-30).

Tout cela avait été annoncé à l’avance et il n’y a pas lieu de nous en étonner. Les sept épîtres de l’Apocalypse chap. 2 et 3 à elles seules nous tracent un tableau prophétique auquel la réalité ne répond que trop fidèlement. Mais faut-il en prendre son parti ? Certes, non ! Jusqu’au bout l’appel du Seigneur veut réveiller des “vainqueurs”. Et cela parce que lui est victorieux et qu’il se gardera des témoins jusqu’à la fin. Les agissements humains auraient depuis longtemps totalement et irrémédiablement ruiné l’œuvre de Dieu, si précisément elle n’était l’œuvre de Dieu.

Chrétienté et Église

Quelle que soit, en effet, la confusion qui règne actuellement, une certitude nous réconforte : Dieu a sur la terre, aujourd’hui comme autrefois, un grand nombre d’enfants à lui, des rachetés de Christ, et aujourd’hui comme autrefois ils constituent tous ensemble ce qui est et demeure l’Assemblée de Dieu. Il y a un corps de Christ sur la terre : l’ensemble de ceux qui, nés de nouveau, lui sont liés vitalement par le Saint Esprit.

Rien n’a changé, ni dans la façon dont on devient un enfant de Dieu – “c’est-à-dire à ceux qui croient en son nom” (Jean 1. 12) – ni dans la façon dont Christ nourrit et chérit l’assemblée qui est son corps. Ne laissons pas s’obscurcir cette pensée que, exactement comme au temps des apôtres, l’Assemblée de Dieu est toujours formée de tous les vrais croyants, qu’ils s’appellent catholiques, protestants ou autrement. Ils sont plus nombreux que nous ne pouvons en connaître, plus nombreux même que nous ne le pensons, et pour Christ et devant Dieu leur unité est aussi réelle que jamais. Ne les séparons pas dans nos cœurs, et n’employons pas le nom d’Église sans évoquer tous les rachetés de Christ.

Mais où voir aujourd’hui sur la terre cette Assemblée de Dieu ? Il est évident que si nous en cherchons une expression totale nous ne la trouvons pas. Elle est perdue depuis longtemps. Très rapidement, dès le début, il n’a plus été possible de faire le recensement exact de ceux qui faisaient réellement partie de l’Assemblée de Dieu : c’est précisément ce que dit Paul en 2 Timothée 2. 19 : “Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui”. D’une part des millions ont reçu le baptême mais n’ont jamais manifesté la vie, et de l’autre les vrais croyants se répartissent en quantité de formations diverses.

On prétend facilement s’appeler chrétien, être l’Église ou une église chrétienne tout en traitant comme chrétiens des inconvertis. C’est une profanation odieuse pour Dieu. On ne prend pas son nom en vain. Et du moment qu’on déclare former l’Église de Christ ou lui appartenir, Dieu attache à cette affirmation, sans possibilité de s’y soustraire, toute la responsabilité qu’elle comporte. Laodicée elle-même, alors que Jésus va la vomir, est appelée Église (Apocalypse 3. 14-16). C’est comme si, au monde qui se dit chrétien, à ses organisations qui se proclament églises chrétiennes, le Seigneur disait : Je te considérerai donc comme mon église, mais voyons ce que cela implique. “Je connais tes œuvres”, qu’est-ce qui les a inspirées ? Où sont la foi, l’amour, l’espérance ? Qu’as-tu fait de ma Parole ? Qu’as-tu fait de mon nom dont tu te réclames ? Qu’as-tu fait de ma grâce ? Qu’as-tu fait de mon souvenir ? Qu’as-tu recherché dans ta vie sur la terre ?

Sa patience attend encore. Comment ne pas être touché en voyant avec quelle patience il avertit Sardes, et parle à Laodicée : “Je te conseille… Je reprends et je châtie tous ceux que j’aime” (Apocalypse 3. 18-19) ? Il continue à considérer cette chrétienté comme elle demande à l’être, c’est-à-dire comme celle qui se réclame du nom de Christ, sans qu’elle se rende compte combien cela est solennel. Mais lui est le témoin fidèle et véritable. Bientôt il va la vomir de sa bouche. Il s’est occupé d’elle, du reste, tout au long de son histoire, châtiant, reprenant, louant ce qui était bien, encourageant les fidèles, mais dénonçant ce qu’il ne pouvait approuver : le jugement commence par la maison de Dieu (1 Pierre 4. 17). Mais bientôt ce jugement sera complet et définitif. Le Seigneur cessera d’appeler “assemblée” celle qui l’a abandonné et mis dehors. Quand il aura pris auprès de lui les siens, que l’Époux aura emmené l’Épouse dans le ciel où se célébreront ensuite les noces, il ne sera plus question sur la terre que de “la grande prostituée”, usurpatrice de ce beau nom d’Épouse. Jusque-là il supporte des choses proprement effroyables, mais puisque cette grâce même aura été méprisée, il en résultera un jugement plus sévère. Le maître, dans la parabole des talents, ne conteste pas le titre d’esclave au méchant esclave, mais il lui applique toute la rigueur du traitement dû à “l’esclave inutile” (Matthieu 25. 30).

Ainsi, d’une part, la véritable Assemblée de Dieu, l’œuvre de ses mains, n’est plus humainement discernable dans son ensemble, et de l’autre l’Église professante, œuvre des hommes, n’est toujours pas dépossédée de son titre.

Ne nous laissons pas troubler par cette apparente contradiction. Encore et toujours les deux faces du “sceau” de 2 Timothée 2. 19 nous rassurent et nous enseignent à l’égard de l’un et de l’autre de ces points. Quant au premier : “Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui” ; la foi s’en remet à Dieu pour prendre soin de son œuvre. Quant au second : “Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur” ; la même foi obéit et se sépare du mal. Oui, “le solide fondement de Dieu demeure”.

Se retirer pour rester seul ? Absolument pas : “Celui qui se tient à l’écart recherche ce qui lui plaît ; il conteste contre toute sagesse” (Proverbes 18. 1). Mais se retirer pour se joindre à ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur, c’est-à-dire sans alliance avec ce qui déshonore ce Nom. Quiconque aime le Seigneur trouvera un chemin préparé par lui pour rencontrer d’autres croyants animés du même désir. Cela aussi est l’œuvre de Dieu. En tout temps – Élie en fit autrefois l’expérience quand il se croyait seul – Dieu sait mettre à part pour lui et rassembler des croyants, un “résidu” 2. À ceux qui le composent Dieu demande (et par conséquent il les met à même de le faire) de goûter ensemble les privilèges, d’assumer ensemble les précieuses fonctions qui sont propres à l’Assemblée de Dieu. La grande promesse demeure, malgré toute l’infidélité des hommes, que là où deux ou trois sont réunis en son nom, le Seigneur est là au milieu d’eux (Matthieu 18. 20). Le rassemblement peut se réduire littéralement à ce petit nombre, qui sera loin de comporter l’intégralité de l’Église sur la terre, mais qui en sera une expression, approuvée par celui qui est toujours avec le “peuple affligé et abaissé” qui se confie au nom de l’Éternel (Sophonie 3. 12).

Il était nécessaire de bien établir ces vues générales avant de regarder d’un peu plus près la situation actuelle de la chrétienté.

Notes

1Nations ou gens des nations : peuples ou individus non-juifs.
2Ou un “reste”, une fraction fidèle du peuple de Dieu (voir Ésaïe 5. 2 et Romains 11. 2-5)