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Commentaire sur l'épître à Philémon
S. Berney
13 J’aurais bien aimé le retenir près de moi, pour qu’il me serve à ta place alors que je suis enchaîné à cause de l’évangile ;

Les expressions opposées “j’aurais bien aimé” (v. 13) et “je n’ai rien voulu” (v. 14) montrent d’une part le souhait humain légitime de l’apôtre, et d’autre part son humilité et sa soumission aux voies souveraines de Dieu. Onésime aurait été bien utile auprès de Paul pour le servir, au lieu de servir Philémon (“qu’il me serve à ta place”). Ce dernier avait peut-être d’autres esclaves ou les moyens financiers pour remplacer Onésime. L’apôtre aurait donc bien voulu qu’Onésime reste près de lui pour le servir. L’emprisonnement de Paul était lié à son service pour l’évangile : il réalisait ce que signifiait souffrir pour le nom du Seigneur. Il encourageait ainsi Timothée à ne pas avoir honte du témoignage de notre Seigneur, et à prendre part aux souffrances de l’évangile comme un bon soldat de Jésus Christ (2 Timothée 1. 8 ; 2. 3).

En Europe occidentale, depuis de nombreuses décennies, le Seigneur nous accorde une vie chrétienne sans persécutions de la part des autorités. Nous n’avons pas connu ce que c’est que d’être “enchaîné à cause de l’évangile”. Mais, conscients de ce privilège, sachons prier pour nos frères et sœurs qui connaissent, ailleurs dans le monde, de telles souffrances ; honorons le Seigneur par notre amour pour lui et notre obéissance à sa Parole ; veillons enfin à être des témoins pour lui et ne pas nous laisser entraîner par le courant du monde qui le rejette.

14 mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, pour que le bien que tu fais ne soit pas l’effet de la contrainte, mais de ton bon vouloir.

Paul aurait voulu retenir Onésime pour qu’il puisse le servir, mais il donne dans les versets 14 à 16 trois raisons de son renvoi :

  • il ne veut pas agir sans l’avis de Philémon,
  • il n’aimerait pas placer Philémon devant un fait accompli,
  • le retour d’Onésime permettra de rendre visibles les nouveaux liens fraternels.

Tout d’abord, il ne veut rien faire sans l’avis de Philémon. Comme déjà vu dans les versets précédents, Paul ne place pas sa prérogative d’apôtre et son souhait du verset précédent au-dessus de l’avis de son frère Philémon. Quelle délicatesse et quelle humilité ! Cette disposition traduit bien cette communion qui animait ces deux frères. Ensuite, Paul ne veut pas que Philémon se sente contraint d’accepter une situation, en étant placé devant un fait accompli. Si Paul avait gardé Onésime auprès de lui, Philémon aurait sans doute compris et accepté cette situation de bon cœur (le bien que tu fais), mais il n’aurait pas eu d’autre choix, et ce “bien” aurait été accompli par obligation, et non volontairement par amour.

Dans quelles dispositions faisons-nous du bien ? Parce que nous sommes obligés ? Ou, au contraire, de manière heureuse et volontaire, dans la dépendance de l’Esprit et par amour pour le Seigneur ? Ne pouvons-nous pas aussi discerner dans ce verset la confiance de Paul, que Philémon, en pleine communion de foi avec lui, aura à cœur pour mettre volontairement Onésime à sa disposition, ultérieurement ? En effet, cela ne s’est-il pas réalisé lorsque Onésime a été envoyé avec Tychique auprès de l’assemblée à Colosses, en tant que “fidèle et bien-aimé frère”, pour les informer de la situation de l’apôtre (Colossiens 4. 9) ?

15 Car c’est peut-être pour cela qu’il a été quelque temps séparé de toi :

Les versets 15 et 16 donnent la troisième raison du renvoi d’Onésime : son retour allait permettre à Philémon de le recevoir et de le considérer comme un frère bien-aimé. Or ce n’était pas possible si Onésime restait auprès de l’apôtre Paul. Avec beaucoup de sagesse et de douceur, Paul évoque la fuite d’Onésime : “il a été quelque temps séparé de toi”. Dieu avait permis qu’en quittant Philémon, Onésime vienne à la foi par le moyen de Paul. De l’enchaînement de ces événements, nous pourrions de façon péremptoire, faire des liens de causes à effets entre la séparation et la conversion. Et qui d’autre que l’apôtre Paul, ce serviteur qui a reçu des visions extraordinaires, aurait été plus apte à affirmer, dans cette circonstance : “c’est pour cela qu’il a été quelque temps séparé de toi” ? Or Paul, inspiré par l’Esprit de Dieu, ajoute ce petit mot “peut-être”, montrant qu’il n’est pas catégorique et ne tire aucune conclusion définitive de ce concours de circonstances. Quelle humilité et quelle leçon pour nous !

En effet, les voies de Dieu sont élevées au-dessus de nos voies, ses pensées au-dessus de nos pensées (Ésaïe 55. 9). Lorsqu’un événement survient, nous sommes en danger d’y attribuer, de manière erronée, un lien de cause à effet (par exemple : associer la cause d’une maladie à un mauvais état spirituel). Or nos interprétations d’un événement ne correspondent pas nécessairement aux intentions divines. Gardons simplement ceci dans nos cœurs : “Il fait toutes choses bien” (Marc 7. 37).

15 afin que tu le possèdes pour toujours,

L’apôtre souligne le contraste entre “quelque temps séparé” et “possèdes pour toujours”, et met en évidence la probable raison de la séparation entre Onésime et Philémon : qu’il le reçoive (c’est le sens du mot “posséder”) maintenant pour toujours, non plus comme esclave, mais comme un frère bien-aimé.

En effet, Philémon possédait autrefois Onésime comme esclave ; après sa fuite, cette séparation d’un certain temps a été vraisemblablement le moyen que Dieu a employé pour l’amener dans cette position bénie d’enfant de Dieu. De nouveaux liens éternels produits par la vie divine ont été créés ; le renvoi d’Onésime auprès de Philémon permettra de les rendre visibles.

16 non plus comme un esclave, mais au-dessus d’un esclave, comme un frère bien-aimé, spécialement pour moi et combien plus pour toi,

Onésime est donc maintenant un enfant de Dieu, au même titre que Philémon. La relation entre ces deux hommes ne devrait donc plus être seulement celle d’un maître avec son esclave, mais celle qui caractérise deux frères en Christ. Il ne s’agit donc pas ici d’une demande de Paul à Philémon d’affranchir Onésime de sa fonction d’esclave, mais d’un profond souhait que les effets de la vie divine dans le croyant soient manifestés : “Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme, ni femme : car vous tous, vous êtes un dans le Christ Jésus” (Galates 3. 28).

Onésime est un frère “bien-aimé” pour l’apôtre : c’est ainsi que Paul souligne cette nouvelle relation. L’expression “spécialement” ne doit pas être interprétée comme signe de favoritisme ; elle relève plutôt l’affection et la tendresse particulières de l’apôtre envers son enfant spirituel, produites par l’action de l’amour de Dieu. Regardant à l’amour et à la communion de foi de Philémon, c’est avec confiance que Paul peut déclarer : “combien plus pour toi”.

16 et en tant qu’homme, et dans le Seigneur.

L’expression “en tant qu’homme”, en contraste avec “dans le Seigneur”, signifie que la nouvelle relation fraternelle entre Philémon et Onésime devrait avoir des effets dans les aspects de la vie terrestre (en tant qu’homme). Dans nos pays occidentaux, nous avons probablement de la peine à nous représenter ce que cela signifie. Mais dans ce contexte, Philémon était un maître, et Onésime un esclave, avec tout ce que cela impliquait dans les aspects relationnels.

Ainsi, Paul est confiant (v. 21) que Philémon recevra dorénavant Onésime comme son frère bien-aimé en tant qu’homme, c’est-à-dire avec les égards et les considérations dues à un frère dans le cadre des relations terrestres.

Nous remarquons toutefois que l’apôtre ne suggère pas à Philémon d’affranchir Onésime de son statut d’esclave : la conversion d’une personne ne change pas son rang social. Dans d’autres passages, Paul donne des instructions relatives aux maîtres et aux esclaves, sans pour autant envisager la rupture de ce lien (voir Éphésiens 6. 5-9 ; Colossiens 3. 22-25 ; 4. 1 ; 1 Corinthiens 7. 21). Il est donc nécessaire de distinguer l’aspect relationnel et le rang social : le monde associe ces deux choses et fait preuve de partialité et de favoritisme.

L’expression “dans le Seigneur” est en rapport avec les liens spirituels. Suite à sa conversion, Onésime était devenu un enfant de Dieu, un frère dans la foi. C’est ainsi que Philémon est invité à le considérer : un frère dans le Seigneur.

Telle devrait être également notre relation avec tous les enfants de Dieu : les considérer comme des frères et sœurs en Christ, autant dans les relations terrestres que spirituelles. Combien cela est digne d’instruction et devrait nous parler ! N’y a-t-il pas souvent un écart entre ces deux aspects ?

Synthèse des versets 13 à 16

Paul aurait pu garder Onésime auprès de lui, mais il donne les raisons qui justifient son renvoi. Onésime étant maintenant un enfant de Dieu, l’apôtre désire que Philémon le considère de la même façon que lui, et que cette nouvelle relation entre ces deux frères dans la foi soit rendue visible.