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Commentaire sur l'épître à Philémon
S. Berney
8 Aussi, bien que j’aie une grande liberté en Christ de te commander ce qui convient,

Paul avait été nommé apôtre selon le commandement de Dieu (1 Timothée 1. 1). Cette fonction lui conférait une autorité qui lui permettait, dans la dépendance de Dieu, de commander ce qui convenait, relativement à la marche collective comme individuelle (voir 1 Thessaloniciens 4. 2). Avec cette autorité apostolique, Paul avait donc l’entière liberté devant le Seigneur de commander à Philémon ce qu’il devait faire. Or, Paul met ici sa prérogative d’apôtre entre parenthèses ; par cette locution “aussi”, il fait le lien avec l’amour et la communion de foi qui animent Philémon et fait appel à ces heureuses dispositions pour la demande qui suit.

9 à cause de l’amour, je te prie plutôt,

Philémon était animé par l’amour divin pour les croyants, avec lesquels il pouvait également avoir une même pensée quant à ce qui plaît à Dieu. C’est donc “à cause de l’amour”, en pleine communion avec son frère Philémon, que Paul lui demande quelque chose : il le “prie”, expression répétée au verset 10. Combien l’humilité de ce serviteur nous touche et devrait aussi nous caractériser !

9 tel que je suis,

Paul souligne sa demande en utilisant trois qualificatifs qui mettent en évidence son humble condition : son propre nom (Paul), son état (vieillard), son statut (prisonnier). Il introduit cela par cette expression : “tel que je suis”.

C’est bien en réalisant notre faiblesse, notre petitesse, que le Seigneur pourra nous employer pour sa gloire. Nous devons sans cesse nous rappeler qu’en nous, il n’y a aucune force, et que notre capacité vient de Dieu (2 Corinthiens 3. 5) ; la puissance de Dieu opère dans notre faiblesse (2 Corinthiens 12. 10).

9 Paul,

En mentionnant son nom, l’apôtre ne dit pas “l’apôtre Paul”, mais tout simplement “Paul”, ce qui exprime son humilité. Ce nom, qui lui a été donné après sa conversion, signifie “petit”. “Tel que je suis, Paul” : quelle humilité de la part de l’apôtre qui avait une grande liberté de commander ce qui convenait (v. 8) !

9 un vieillard

Ce second qualificatif que Paul s’attribue illustre encore son humilité. Dans la Parole de Dieu, les vieillards sont ceux qui ont de l’expérience et de la sagesse (Job 12. 12). Nous sommes exhortés à les respecter, les écouter et les honorer (voir Lévitique 19. 32). Sous cet aspect, Philémon devait écouter Paul. Mais le contexte de ce passage et de cette épître semble plutôt indiquer que, comme vieillard, Paul est aussi caractérisé par une grande faiblesse et la nécessité de dépendre d’autrui. “Tel que je suis,­… un vieillard” : c’est ainsi que, dans l’humilité, ce serviteur dépendant du Seigneur réalise aussi son manque de forces et sa grande faiblesse.

9 – et maintenant aussi prisonnier de Jésus Christ –,

Paul utilise la même expression qu’au début de cette épître : “prisonnier de Jésus Christ”. Nous pouvons toutefois voir une nuance dans ces locutions identiques. Au verset 1, Paul se nomme prisonnier de Jésus Christ en rapport avec le contexte de l’épître, et cette expression met en évidence son humilité, mais aussi sa soumission à la volonté de Dieu. Au verset 9, Paul précise qu’il est “maintenant aussi prisonnier de Jésus Christ”, ce qui souligne la privation de liberté et ses souffrances carcérales, ajoutées à sa petitesse et à sa faiblesse (Paul, un vieillard). “Tel que je suis,­… maintenant aussi prisonnier de Jésus Christ” : c’est dans cette humble condition, que Paul adresse maintenant sa demande à Philémon.

10 je te prie pour mon enfant que j’ai engendré, étant dans les chaînes, Onésime.

Paul reprend le fil de sa demande concernant Onésime. Onésime (dont le nom signifie : utile, profitable) était un esclave de Philémon qui s’était enfui et avait été converti par le moyen de l’apôtre Paul emprisonné (“engendré, étant dans les chaînes”). Un esclave en fuite qui rencontre l’apôtre des nations : oui, les chemins du Seigneur sont mystérieux et merveilleux ! Pour l’apôtre Paul, Onésime était comme son enfant, tout comme Timothée dans d’autres épîtres. Paul était très attaché à ces deux rachetés et agissait à leur égard comme un père qui les aime, les enseigne et veille à leur croissance.

Paul n’indique pas comment Onésime a été conduit à le rencontrer. Avec beaucoup de délicatesse, il ne donne pas de détails à Philémon sur la conversion de son esclave. Si l’apôtre témoigne de sa propre conversion avec beaucoup de détails (voir Actes 22 et 26), il nous montre plutôt ici qu’il convient d’être sobres lorsque nous rapportons les circonstances de la conversion d’une autre personne.

11 Il t’a été autrefois inutile, mais maintenant il est utile, à toi comme à moi ;

L’apôtre fait ici, en quelque sorte, un jeu de mots, puisque “Onésime” signifie “utile”. Autrefois, Onésime était l’esclave de Philémon (v. 16), mais un esclave inutile. Suite à sa conversion, Onésime est devenu utile. Cela a été rendu possible grâce à l’action divine en lui dans la puissance du Saint Esprit. Ainsi, né de nouveau, Onésime est rendu capable de marcher dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées (Éphésiens 2. 10). La conversion n’entraîne ainsi pas seulement un changement radical de position devant Dieu, mais aussi des effets dans la marche, et rend capable de marcher d’une manière digne du Seigneur. Effets bénis de l’œuvre de la croix ! Chaque enfant de Dieu est aussi esclave de Jésus Christ, parce qu’il appartient dorénavant à un Maître bon qui l’a acheté. Dans cette position, il est appelé à le servir dans la séparation du mal, dans l’obéissance et la dépendance, en réalisant sa propre inutilité (Luc 17. 10). C’est dans ces conditions qu’il sera, dans la main de Dieu, utile pour sa gloire et la bénédiction des saints (2 Timothée 2. 21). Paul avait fait l’expérience de l’utilité d’Onésime (v. 13) ; bien qu’il ne soit indiqué nulle part de quelle façon il a servi l’apôtre, cela a été consigné parmi les bonnes œuvres faites pour le Seigneur, qui auront leur récompense céleste. Assuré qu’Onésime sera aussi utile à Philémon en tant que frère, Paul dit : “il est utile, à toi comme à moi”. Onésime est sauvé, il est un enfant de Dieu ; désormais, il vit pour Celui qui, pour lui, est mort et a été ressuscité (2 Corinthiens 5. 15).

12 et je te l’ai renvoyé, lui qui est comme une partie de moi-même.

Paul renvoie Onésime, son enfant dans la foi, auprès de son maître Philémon. Ce verbe “renvoyer” ne signifie toutefois pas “se débarrasser” de lui ou le chasser, comme c’était l’intention des disciples lorsque le Seigneur Jésus était sur la terre (Matthieu 14. 15 ; 15. 24).

Une profonde affection unissait Paul et Onésime ; elle est mise en évidence par l’expression ” lui qui est comme une partie de moi-même “. Quelle place avait Onésime dans le cœur de l’apôtre ! Paul renvoie Onésime parce qu’il était nécessaire de régulariser la situation auprès de Philémon, comme auprès de l’assemblée qui se réunissait dans sa maison. En effet, avant sa conversion, Onésime avait quitté Philémon dans un état moral complètement opposé à celui qui le caractérisait maintenant. Il devait donc y retourner en vue de continuer son activité d’esclave, servant dorénavant joyeusement son maître dans la chair, comme servant le Seigneur (Éphésiens 6. 7).

Synthèse des versets 8 à 12

Avec une humilité exemplaire, Paul introduit le sujet de sa lettre : le retour d’Onésime à Colosses, chez Philémon, son ancien maître. À Rome, pendant sa fuite, Onésime a rencontré l’apôtre Paul, qui a été le moyen de sa conversion. Désormais, Onésime est un enfant de Dieu et Paul lui est très attaché. Mais la place de cet esclave converti est de retourner auprès du maître qu’il a fui. Avec amour et serrement de cœur, Paul le renvoie en intercédant pour lui auprès de Philémon.