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Le livre du prophète Abdias
Sondez les Écritures - 4ème année

Introduction
Philippe Fournier

1. Place du livre dans l’Écriture

Le livre d’Abdias est le plus court de l’A.T. Plusieurs aspects soulignent son inspiration divine.

– 1. Il se présente comme une vision prophétique (v. 1). Il a le caractère d’un oracle, ponctué par les paroles mêmes de l’Éternel (v. 1, 4, 8, 18).

– 2. Le verset 17 semble cité en Joël 2. 32, avec la mention particulière : “comme l’Éternel l’a dit”.

– 3. Le texte d’Abdias évoque le thème de l’avenir d’Édom, qui a largement inspiré d’autres textes prophétiques [Nom. 24. 17-19 ; Ps. 60. 6-10 ; 83. 1-18 ; 108. 7-11 ; 137. 1-9 ; És. 21. 11, 12 ; 34. 1-17 ; 63. 1-6 ; Jér. 49. 7-22 ; Lam. 4. 21 ; Ezé. 25. 12-14 ; 35. 1-15 ; Dan. 11. 41 ; Joël 3. 19 ; Amos 1. 11, 12 ; Mal. 1. 2-5].

– 4. Le chapitre 49 de Jérémie contient en particulier des expressions très proches de celles d’Abdias, mais avec un but différent. Jérémie détaille l’avenir d’une série de nations, tandis qu’Abdias se sert du jugement d’Édom pour illustrer la façon dont Dieu prendra en main la cause de son peuple, au “jour de l’Éternel”. Cet usage d’un même fait dans différentes perspectives se retrouve dans d’autres portions de la Bible, comme les évangiles.

– 5. Abdias va au-delà de la simple condamnation d’un adversaire d’Israël : il envisage le royaume de l’Éternel comme le but final de son message prophétique (v. 21).

2. Thème et auteur du livre

Deux leçons évidentes se dégagent :

– 1. Sur le plan moral, Dieu juge la nation d’Édom, responsable d’exactions odieuses contre Israël. Il réprouve son comportement orgueilleux, violent et impitoyable. Comme dans d’autres textes [Amos 2. 1], Dieu condamne ce qu’on appelle aujourd’hui les “crimes contre l’humanité”.

– 2. Sur le plan prophétique, Abdias annonce la destruction totale d’Édom (v. 18). À travers l’outrage commis contre Israël, Dieu se trouve personnellement mis en cause. Le jugement d’Édom devient une figure du destin des ennemis de Dieu (“les nations”, v. 15).

Aucun élément ne permet d’assimiler ce prophète à l’un quelconque des Abdias mentionnés dans l’Écriture. Son nom signifie “serviteur (ou adorateur) de l’Éternel”. Le fait que l’auteur soit inconnu étend encore la portée de la condamnation des ennemis d’Israël.

3. Brève histoire passée d’Édom

Ce peuple est constitué des descendants d’Ésaü, appelé Édom en Genèse 25. 30. Le nom d’Édom est associé au moment où Ésaü révèle son irrespect pour les choses saintes.

En effet, il méprise la bénédiction divine [Gen. 25. 29-34]. D’après Genèse 271, il ne semble pas se repentir, mais simplement regretter de ne pas être abondamment béni. Par la bouche de son père Isaac, Dieu lui offre cependant la possibilité d’une relation avec Lui [Gen. 27. 39]. Il lui promet qu’il s’affranchira un jour du joug de son frère Jacob, qui l’a pourtant trompé. Ésaü ne s’en contente pas, il laisse la haine l’envahir, et décide de tuer son frère [Gen. 27. 41]. Désormais le nom d’Édom – qui rappelle son indifférence envers Dieu – va le caractériser, ainsi que sa postérité [Gen. 36. 8, 19, 43].

L’absence de pardon entre les deux frères les amène à s’éviter [Gen. 32, 33]. Les Amalékites, descendants probables d’Ésaü [Gen. 36. 12], attaqueront les Israélites par ruse [Deut. 25. 17, 18]. Plus tard, Dieu ordonne à Israël de respecter le territoire de Séhir qu’il a accordé à Édom [Nom. 20. 14-21 ; 24. 3 ; Deut. 2. 4-7, 22]. La loi de Moïse réservait à Édom un traitement de faveur [Deut. 23. 7, 8]. Asservi par David [2 Sam. 8. 13-14 ; Ps. 60], Édom se révolte sous Salomon [1 Rois 11. 14-22], puis surtout sous Joram [2 Rois 8. 20-22 ; 2 Chr. 21. 8-11]. Il use de cruauté lors du siège de Jérusalem par Nebucadnetsar [Ps. 137. 7 ; Lam. 4. 21 ; Ezé. 25. 12 ; 35. 5]. Plusieurs oracles prononcent sur lui un jugement final (voir ci-dessus), et à la fin du 5e siècle av. J.-C., Malachie constate que le pays est ruiné, et que toute velléité de reconstruire sera vaine [Mal. 1. 2-5]. Édom est alors probablement envahi par diverses tribus. Des témoignages historiques montrent que le territoire d’Édom était occupé par les Nabatéens (vestiges de la ville de Pétra2 vers la fin du 4e siècle av. J.-C).

L’événement auquel Abdias fait allusion correspond à un moment où Édom a profité d’une défaite juive devant quelque adversaire pour se faire un butin et emmener des prisonniers à bon compte. Il peut s’agir de la prise de Jérusalem par les Philistins sous Joram, à une époque où les Édomites s’étaient affranchis du joug juif [2 Chr. 21. 8-11, 16, 17]. Il a en effet existé une connivence entre les Philistins et Édom pour du trafic d’esclaves [Amos 1. 6], et Abdias 19 mentionne les Philistins.

Il peut aussi s’agir de la prise de Jérusalem par Nebucadnetsar, car d’autres textes mentionnent le comportement ignoble d’Édom à ce moment dramatique (voir plus haut).

4. L’avenir d’Édom et la structure du livre

Le comportement d’Édom a attiré sur lui un jugement inexorable [Es. 34. 5-17 ; Jér. 49. 7-22 ; Ezé. 35. 1-15]. On peut considérer que ce jugement s’est réalisé, puisque la peuplade d’Édom a disparu, comme prédit par Abdias 183.

D’un autre côté, le prophète mentionne un jour de l’Éternel, qui verra la réalisation du jugement global d’Édom. Or il associe ce jour avec le triomphe d’Israël et avec le royaume futur de Christ. De ce point de vue, on peut considérer que le jugement final d’Édom est encore à venir. Dans ce cas, il faut admettre que la nation d’Édom ressurgira, tout comme les dix tribus d’Israël4. Le message d’Abdias aurait donc, comme souvent les textes prophétiques, à la fois une réalisation immédiate et un accomplissement pour les temps futurs.

Par ailleurs le jour de l’Éternel est “contre toutes les nations”, et le jugement d’Édom semble en être le symbole. Il en va de même dans plusieurs textes [Es. 34. 1-8 ; 63. 1-6] où l’écrivain passe sans transition de la mention d’Édom à celle d’un jugement universel. Dans ce cas, on peut aussi se demander si le passé d’Édom ne sert pas simplement d’illustration pour ce qui attend les ennemis de Dieu, sans nécessairement supposer une résurrection historique d’Édom (pourtant probable).Édom symboliserait prophétiquement le sort réservé à la violence humaine (il était habité par une haine meurtrière, comme Caïn), tandis que la Babylone prophétique représenterait le destin de la puissance corruptrice des peuples. Son jugement est identique à celui d’Édom [Es. 13. 17-22 ; 34. 9-17].

Quelles que soient ces interprétations, il semble que la mention du jour de l’Éternel (v. 15) introduise un nouvel horizon dans la prophétie d’Abdias, ce qui permet d’adopter le plan suivant :

Plan du prophète Abdias

Première partie  : La destruction d’Édom et sa cause  : v. 1-14

1. L’annonce du jugement : v. 1

2. La ruine : v. 2-9

3. La faute d’Édom : v. 10-14

Deuxième partie  : Le jour de l’Éternel  : v. 15-21

1. Justice est faite sur les nations et Édom : v. 15-18

2. La domination d’Israël à l’aube du règne : v. 19-21

Notes
1 –

Malgré une difficulté d’interprétation, Héb. 12. 16, 17 autorise la même conclusion.

2 –

Construite dans une vallée au pied de hautes falaises de grès, à rapprocher du verset 3.

3 –

Dans Jér. 48. 47 et 49. 6, un rétablissement est annoncé aux peuplades de Moab et Ammon. Rien de tel dans le passage parallèle sur Édom (49. 7-22).

4 –

A l’appui de cette interprétation, Ésaïe 11 associe le rassemblement futur des dispersés d’Israël avec la présence d’Édom. Voir aussi, entre autres, Nom. 24. 18  ; Lam. 4. 22  ; Dan. 11. 41, où les temps futurs font mention d’Édom.