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Le livre de Job
Sondez les Écritures - 3ème année

Introduction
Philippe Fournier : Chapitres 1 à 42

1. Place du livre dans l’Écriture

Avec les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques, le livre de Job fait partie des livres de sagesse, ou livres poétiques. Des phrases prononcées par Job (21. 17, 18) semblent citées en Prov. 13. 9 et Ps. 1. 4. Ces livres contiennent les pensées et les sentiments des hommes plutôt que la révélation directe des actions divines. L’œuvre de la rédemption n’est pas le sujet de ces livres, mais des allusions à une rédemption future apparaissent de façon explicite en Job 19. 25 et 33. 24.

Quelques mots sur l’inspiration du livre :

– 1. Le caractère sacré de ce livre est reconnu par d’autres écrivains bibliques qui mentionnent le nom de Job ou en citent le texte [Ezé. 14. 20 ; 1 Cor. 3. 19 ; Jac. 5. 11].

– 2. Job présente une image saisissante des souffrances futures du peuple juif, jusqu’à ce qu’il se reconnaisse sans prétention comme objet de la grâce de Dieu.

– 3. La solitude de Job dans son épreuve et certaines de ses paroles font penser à Christ (19. 13, 14 à rapprocher de Ps. 69. 8 et Jean 7. 5 ; les expressions de 10. 11, 12 sont à comparer avec Héb. 10. 5).

– 4. Les détails scientifiques ou techniques de ce livre sont d’une exactitude surprenante pour ces temps reculés : l’extraction des minerais (28. 1-4) ; la construction de canaux (28. 10, 11) ; la pression atmosphérique (28. 24-26) ; l’évaporation et les pluies (36. 27) ; l’astronomie (38. 31-33) ; sans parler des mœurs animales (39. 1-33).

L’inspiration divine n’échappe pas au lecteur. Certains personnages de ce livre n’ont pas parlé de Dieu “comme il convient” (42. 7). Mais leurs discours sont rapportés par l’Esprit de Dieu pour nous servir d’instruction, comme le reste des Écritures [2 Tim. 3. 16].

Le nom que Dieu emploie habituellement pour exprimer sa relation avec l’homme (l’Éternel ou Jéhovah) ne figure que dans les deux premiers et les cinq derniers chapitres. Dans le reste du texte les noms Dieu (Eloah ou El) ou Dieu Tout-Puissant (El-Shaddaï) sont les plus fréquents, et n’impliquent pas une communication intime. Ce choix souligne l’état spirituel des amis de Job, et illustre un des thèmes du livre : entrer dans une véritable relation avec Dieu. Le livre de Job ne contient aucune allusion directe à Israël, ce qui permet de dire que tout homme de cette terre peut trouver Dieu. Il s’agit d’un message universel, valable pour tous les temps.

Le style du livre est celui d’une complainte. Il contient beaucoup de mots difficiles, et le langage heurté de ces hommes face à la souffrance amène des difficultés de compréhension, que les diverses traductions ne permettent pas toujours de résoudre.

2. Le contexte historique

La plupart des commentateurs s’accordent à penser que la vie de Job se situe à l’époque des patriarches, entre Abraham et Moïse. Les principaux arguments qui établissent cette conviction sont les suivants :

– 1. La durée de la vie de Job rappelle celle des patriarches : il a des fils établis à leur compte en 1. 4 et vit au moins 140 ans après son épreuve (42. 16).

– 2. Ce livre ne contient pas d’allusions à la loi de Moïse. Job offre des holocaustes en 1. 5, différents de ceux du Lévitique ; ils ont le caractère de sacrifices pour le péché. Noé aussi offrait des holocaustes avant la loi [Gen. 8. 20].

– 3. Plusieurs détails de la vie domestique sont semblables à ceux des personnages de la Genèse : le jugement se rend à la porte de la ville (29. 7, 8) [Gen. 19. 1], la monnaie est le késita (42. 11) [Gen. 33. 19 ; Jos. 24. 32], (seules mentions dans l’Écriture).

– 4. De nombreuses allusions sont faites à la vision biblique de l’origine du monde et de l’humanité (37. 18 : comp. Gen. 1. 6 ; 33. 4 : comp. Gen. 2. 7 ; 10. 9 et 34. 15 : comp. Gen. 2. 7 et 3. 19) ; Adam est mentionné en 31. 33).

– 5. La mention fréquente du “Tout-Puissant” évoque l’époque des patriarches auxquels Dieu s’est révélé sous ce nom [Gen. 17. 1 ; 35. 11 ; Ex. 6. 3].

Le lieu où se déroule cette scène pourrait être au sud-est de la Palestine. Le pays d’Uts est mentionné en Lam. 4. 21 en rapport avec le peuple d’Édom, et les noms d’Éliphaz et Théman apparaissent dans la descendance d’Édom (Ésaü) en Gen. 36. 10, 11. Théman est aussi une ville d’Édom réputée pour ses sages en Jér. 49. 7 [Abd. 9]. Plusieurs commentateurs pensent donc que le récit se passe dans cette tribu étrangère au peuple d’Israël. Ceci renforce le côté universel du message qu’il développe. Voir que Dieu ait consacré un livre entier à un étranger pouvait bien faire réfléchir les Juifs. D’un autre côté, remarquons qu’Uts est aussi un neveu d’Abraham comme Buz (32. 2) [Gen. 22. 21 ; ], et qu’un Job est mentionné dans la descendance de Jacob [Gen. 46. 13].

Sans pouvoir trancher sur ces différents points, retenons qu’il s’agit d’un récit très ancien, qui montre que de tout temps Dieu a voulu se révéler à sa créature.

3. Les thèmes du livre

Plusieurs thèmes sont abordés au cours de ce livre, mais deux ressortent plus nettement.

La souffrance

Dieu, dans sa sagesse, s’occupe des siens de diverses manières : c’est ce qu’on appelle son gouvernement. La souffrance du croyant en fait partie, et le sens et la portée de cette souffrance sont le sujet essentiel de ce livre. Plusieurs réponses sont apportées :

– 1. L’auteur du livre dépeint dans les premiers chapitres la fidélité de Job et semble dire que Job est éprouvé à cause de sa conduite exemplaire. La piété de Job sera ainsi démontrée publiquement (voir en particulier 1. 22 ; 2. 10).

– 2. Pour les amis de Job, la souffrance est toujours la conséquence du péché, et ils sont amenés à l’accuser de façon de plus en plus insistante et agressive (18. 21 ; 20. 5, 19, 23 ; 22. 5-10).

– 3. Élihu ne remet pas en cause ce point de vue (33. 27 ; 34. 35-37), mais ajoute essentiellement l’idée que, par la souffrance, Dieu avertit les siens pour les écarter du mauvais chemin (33. 17, 30). Elle a pour lui une vertu éducative.

– 4. Job voudrait dialoguer avec ce Dieu auquel il attribue la bonté, mais il ne comprend pas qu’il puisse affliger le juste (16. 21 ; 23. 3-6). Tour à tour il exprime sa foi (ch. 19) et se justifie (ch. 31).

– 5. Dieu lui-même prend la parole pour exprimer sa grandeur. Il reproche à Job d’avoir placé Dieu dans le siège de l’accusé, et il rétablit les rôles (38. 3 ; 40. 2). Il ne donne pas d’explication directe à la souffrance de Job, et invite plutôt le croyant à reconnaître qu’il est entre les mains d’un Dieu tout-puissant qui connaît tout et qui aime ses créatures (ch. 39).

L’homme en relation avec Dieu

Les discours des trois amis sont d’une froide rigueur, qui donne l’impression d’un Dieu lointain. Au contraire Job cherche à connaître le Dieu vivant (19. 25) et personnel. Sa plainte lancinante se résume à la question de savoir qui est ce Dieu qui semble se cacher ou se dérober.

Job apprend à se connaître avec douleur et dévoile sa fierté (ch. 29), son amertume (ch. 30) et sa bonne conscience (ch. 31). Rien de tout cela ne lui permettra d’acquérir devant Dieu la véritable justice dont il a soif (9. 2 ; 14. 4). Il découvre avec l’aide d’Élihu que l’homme est justifié sur le principe de la grâce (33. 24). Job pensait que sa relation avec Dieu était basée sur sa propre intégrité ; il va apprendre que Dieu porte sur lui un regard rempli d’une grâce inconditionnelle, qui lui donnera la force pour faire le bien (33. 25-30 ; 36. 5-10).

4. Structure du livre de Job

L’auteur de ce livre est inconnu. Malgré des différences de style observées au fil du texte, il n’est pas nécessaire de supposer l’existence de plusieurs auteurs. Quelques remarques appuient cette idée :

– 1. les points de vue successifs constituent différentes approches du sujet de la souffrance ;

– 2. Élihu fait allusion aux paroles de Job et de ses amis (32. 11 ; 33. 8 ; 34. 5 ; 35. 2-4), et il en est de même dans la conclusion (42. 7-9) ;

– 3. parmi les manuscrits retrouvés à la Mer Morte un texte de Job du 2e siècle av. J.-C. contient exactement le même ordre des versets que nos textes actuels.

Les chapitres 1 et 2 sont écrits en prose, comme l’épilogue (42. 7-17), alors que le reste du livre est un poème (ch. 3 à 42. 6), ce qui donne la structure globale du texte. Les cycles de discours donnent le plan de la partie centrale.

Pour permettre au lecteur de se repérer dans les arguments de Job et de ses interlocuteurs, deux synthèses sont présentées : après le chapitre 31 (p. 95) et à la fin du commentaire (p. 127).

Plan du livre de Job

1. Introduction : la fidélité de Job et son épreuve : Ch. 1 et 2

2. Débats de Job et de ses amis. Solitude de l’homme éprouvé : Ch. 3 à 26

Introduction. La détresse de Job : Ch. 3

Premier cycle de discussions : Ch. 4 à 14

Éliphaz, l’homme d’expérience. Remontrances aux amis et à Dieu : Ch. 4 à 7

La valeur de la tradition et le tribunal impossible (Bildad-Job) : Ch. 8 à 10

Le légalisme et le fatalisme (Tsophar-Job) : Ch. 11 à 14

Deuxième cycle de discussions : Ch. 15 à 21

Les fausses consolations et la foi dans la tourmente (Éliphaz-Job) : Ch 15 à 17

Maltraité, Job désespère et espère à la fois (Bildad-Job) : Ch. 18, 19

Une théologie face à la réalité des faits (Tsophar-Job) : Ch. 20, 21

Troisième cycle de discussions : Ch. 22 à 26

Job accusé de méchanceté. Job face au silence de Dieu (Éliphaz-Job) : Ch. 22 à 24

Petitesse humaine et grandeur divine (Bildad-Job) : Ch. 25 et 26

3. Monologue de Job : intégrité, regrets et présomption : Ch. 27 à 31

Sagesse traditionnelle et sagesse divine : Ch. 27, 28

Job décrit le passé, le présent et son innocence : Ch. 29 à 31

4. Élihu ; la grâce sans conditions et l’éducation divine : Ch. 32 à 37

Un dialogue différent et un nouveau message : Ch. 32, 33

Réfutations des griefs de Job : Ch. 34, 35

Un Dieu tout-puissant éduque le croyant : Ch. 36, 37

5. “L’Éternel” ou l’homme dans la main de Dieu : ch. 38 à 42. 6

Sagesse et tendresse dans la création : Ch. 38, 39

Un Dieu juste et puissant, un homme limité mais confiant : Ch. 40 à 42. 6.

6. Conclusion. “La fin du Seigneur” : Ch. 42. 7-17

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