Bannière

Le livre du prophète Amos
Sondez les Écritures - 4ème année

Amos 4. 1- 5. 17

5. Colère contre l’avidité : 4. 1-3

Le prophète s’adresse maintenant aux dix tribus qu’il compare à des vaches de Basan. Ce territoire à l’est du Jourdain, tôt convoité par la tribu de Manassé, comprenait de riches pâturages [Deut. 32. 14 ; Ezé. 39. 18]. La comparaison avec des vaches paraît désigner davantage la population de Samarie engraissée par le luxe et les richesses que ses habitants efféminés ou ses femmes riches.

Le peuple opprime, écrase les chétifs et les pauvres pour mieux s’enivrer à leurs dépens. Il est un microcosme1 du monde actuel qui réclame de ses dirigeants toujours plus de biens matériels pour en jouir plus égoïstement.

Le verset 3 est difficile à traduire. On peut comprendre que le tremblement de terre puis l’ennemi feront des brèches par lesquelles pourront s’enfuir quelques rescapés du désastre à venir. Le peuple sera transporté, enlevé comme avec des hameçons. Image saisissante à l’époque, car les conquérants conduisaient parfois leurs captifs par un crochet passé dans leur nez [Jér. 16. 16 ; Ezé. 29. 4 ; Hab. 1. 15].

6. Le salaire d’un faux culte : 4. 4-13

Un culte de pure forme : v. 4, 5

Le prophète ironise : “Venez à Béthel, et péchez !” Mettez le comble à vos péchés ! C’est à Béthel que Jacob avait enterré ses idoles [Gen. 35. 1-5]. Si seulement il les avait détruites car, moralement parlant, Jéroboam I les déterra pour instituer un culte hybride non seulement à Béthel, mais aussi à Dan [1 Rois 12. 26-33] alors que l’Éternel avait choisi un lieu [Deut. 26. 2]. Le but de Jéroboam était de dissuader le peuple d’aller à Jérusalem mais son choix révèle aussi qu’au fond, il méprisait la volonté de Dieu.

Ce culte idolâtre respecte apparemment les moindres détails. Certains prélèvent la dîme tous les trois ans. Pourquoi ne pas dîmer tous les trois jours ? Qu’il fasse des collectes, et les publie !

Pour témoigner d’une reconnaissance qui n’est que pure forme, le peuple apporte en offrande du pain levé, au mépris des instructions de l’Éternel clairement révélées [Lév. 2. 11]. C’est de sacrifices pour le péché qu’il aurait besoin ! Ces rites sans rapport avec la vie quotidienne sont condamnés sans appel.

Les buts du Dieu souverain dans ses jugements : v. 6-13

Dieu a répondu à ce culte hypocrite par des jugements. Ces châtiments n’étaient pourtant pas distribués d’une manière aveugle, car ils atteignaient un homme, mais en épargnaient un autre. Ne frappant pas au hasard, ils étaient la preuve évidente que Dieu intervenait lui-même. Rien n’y fit, le peuple ne voulut pas revenir à l’Éternel. Des fléaux inhabituels (brûlure, rouille des blés, chenilles) atteignirent tout le peuple. Ils touchèrent toutes les récoltes. La peste frappa comme l’Éternel l’avait fait en Égypte. Quel renversement de situation ! Pas plus que les précédentes, ces plaies ne pouvaient être attribuées au hasard ou à des forces aveugles de la nature. Mais le peuple ne revint pas à l’Éternel. Amos répète cinq fois cette constatation comme une litanie. Bien d’autres prophètes ont fait la même expérience [Es. 9. 13 ; Jér. 5. 3 ; Osée 7. 10]. Le cœur de l’homme ne change pas.

Malgré leur redoutable apparence, ces épreuves n’avaient qu’un but : prévenir le peuple de châtiments plus grands encore en l’amenant à la repentance. Mais quand le peuple fait fi des avertissements divins, il ne lui reste qu’à se préparer à rencontrer un Dieu saint et juste en jugement. Ce Dieu est le Créateur qui a formé les montagnes. Il connaît toutes les pensées de l’homme, domine sur le jour et la nuit et s’avance comme un conquérant sur les sommets de la terre. C’est ce Souverain dans les cieux comme sur la terre, qui peut tout et qui connaît tout, qu’Israël doit se préparer à rencontrer.

Le jugement annoncé est-il vraiment inéluctable ? Pourquoi faudrait-il alors se préparer à rencontrer Dieu s’il n’y avait pas une voie de grâce possible ? L’exhortation du verset 12 serait sans fondement. La grâce et la colère divine se font face. Certes la sentence est prononcée mais le repentir de l’homme peut faire fléchir Dieu [2 Chr. 33. 13, 19]. Grâces à Dieu, une échappatoire est possible. Amos la présente dans le chapitre suivant.

7. Complainte sur la maison d’Israël : 5. 1-3

Ne se lassant pas d’avertir, Dieu s’adresse maintenant à la maison d’Israël. Le cœur d’Amos devait être déchiré en prononçant ces sombres paroles car l’invasion par les Assyriens serait très meurtrière : seul un dixième serait épargné. Durant les vingt dernières années de l’existence du royaume des dix tribus, une succession de coups politiques précipita la fin. Lorsqu’en 722 Shalmanéser mit fin à ce royaume à tout jamais, la politique intérieure était en ruine [2 Rois 17. 3-6].

8. Appel à la repentance : 5. 4-17

Par un avertissement de dernière heure, l’Éternel s’adresse une ultime fois à Israël. Si les calamités n’ont pas amené le peuple à la repentance, l’appel au cœur trouvera-t-il un écho ? Le Dieu souverain s’abaisse maintenant vers son peuple et supplie : “Cherchez-moi, et vous vivrez”. Il ne veut pas que le peuple cherche Béthel (maison de Dieu), elle n’est plus sa maison, elle est devenue un repaire de démons. Béthel ou ironiquement Beth-Aven (maison de vanité ou d’iniquité [Osée 4. 15]) sera réduite à rien. Il est inutile que le peuple aille à Guilgal (roulement) car il n’est plus le lieu de guérison où l’opprobre de l’Égypte a été “roulé” [Jos. 5. 8 ; 9] ; ou à Beër-Shéba (puits du serment), un lieu de pèlerinage (8. 14) [Gen. 21. 22, 23].

Ce n’est pas leur religion qui peut les faire vivre, mais l’Éternel (v. 6). Que faire d’une religion incapable de produire la repentance, de susciter des réveils et de prévenir les jugements [Matt. 7. 21-23] ? Elle ne distille qu’amertume et injustice. Ce n’est pas de pèlerinage que le peuple a besoin mais d’une personne dont le nom est l’Éternel (v. 8) ; lui, le Créateur, qui produit des cycles dans le cours ordinaire des choses. Il a fait les Pléïades et Orion, deux constellations qui servaient à marquer le changement de saisons dans l’Orient ancien. La puissance de l’Éternel opère la succession régulière du jour et de la nuit. Le cycle de la pluie est aussi régi par lui. Il est le Dieu qui produit des changements, même politiques, pour le bien des hommes (v. 9). Dans son ingratitude, le peuple n’a été capable que de renverser la justice (v. 7). Sa responsabilité est entière.

Les lois religieuses sont bafouées et les lois civiques piétinées. Étrange religion maintenue en volant le pauvre ! Étrange société organisée pour faire taire les juges et celui qui parle avec intégrité ! Dans cette société de nantis, les juges rançonnent les pauvres pour faire leur travail. Désireux de laisser derrière eux une œuvre durable, les riches construisent en pierres de taille. Ils ne pourront même pas habiter dans ces biens éphémères, mal acquis !

La nation est condamnée. Pourtant Amos supplie encore ses auditeurs de rechercher le bien et de haïr le mal car il sait que l’Éternel pourrait user de grâce envers un reste. L’Éternel que nous connaissons comme le Dieu de grâce, ne saurait en effet oublier la miséricorde envers un reste appelé “reste de Joseph” pour souligner que Dieu sera avec lui comme il était avec Joseph [Gen. 39. 2 ; 39. 21 ; 39. 23 ; 43. 38].

La connaissance de Dieu (v. 4) fait désirer le bien et nous rend capables de le faire (v. 14-15). En agissant sur notre cœur, elle nous pousse à haïr le mal et à vivre saintement. Mais la sainteté ne peut être atteinte si nous cherchons à nous améliorer par nos propres efforts. Elle découle d’une transformation totale de l’être par l’action de l’Esprit Saint pour pouvoir discerner ce que Dieu veut de nous [Rom. 12. 2].

Malgré les appels répétés à la repentance, l’Éternel sait que la grande majorité du peuple ne reviendra pas à lui. C’est pourquoi il proclame un jugement définitif. Il ne passera pas par-dessus son peuple comme il le fit en Égypte [Ex. 11. 4 ; 12. 12], mais au milieu de lui. Il n’y aura plus comme jadis le sang de l’agneau pascal pour protéger. Ce jour sera un jour de deuil. Les plaintes funèbres retentiront même dans les vignes où d’ordinaire résonnent les voix joyeuses des vendangeurs.

Notes
1 –

Abrégé, image réduite du monde, de la société.

Choisir un passage
Choisir un livre
×
Choisir un passage
Choisir un livre