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Le premier livre de Samuel
Sondez les Écritures - 3ème année

1 Samuel 4

1 Samuel 4

1Et ce que Samuel avait dit arriva à tout Israël. Et Israël sortit en bataille à la rencontre des Philistins, et ils campèrent près d’Ében-Ézera ; et les Philistins campèrent à Aphek. 2Et les Philistins se rangèrent en bataille contre Israël ; et la bataille devint générale, et Israël fut battu devant les Philistins ; et ils frappèrent environ quatre mille hommes en bataille rangée, dans la campagne. 3Et le peuple rentra dans le camp, et les anciens d’Israël dirent : Pourquoi l’Éternel nous a-t-il battus aujourd’hui devant les Philistins ? Prenons à nous, de Silo, l’arche de l’alliance de l’Éternel, et qu’elle vienne au milieu de nous et nous sauve de la main de nos ennemis. 4Et le peuple envoya à Silo, et on apporta de là l’arche de l’alliance de l’Éternel des armées, qui siège entre les chérubinsb ; et les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, étaient là avec l’arche de l’alliance de Dieu. 5Et aussitôt que l’arche de l’alliance de l’Éternel entra dans le camp, tout Israël se mit à pousser de grands cris, de sorte que la terre en frémit. 6Et les Philistins entendirent le bruit des cris, et dirent : Quel est ce bruit de grands cris dans le camp des Hébreux ? Et ils surent que l’arche de l’Éternel était venue dans le camp. 7Et les Philistins craignirent, car ils dirent : Dieu est venu dans le camp. Et ils dirent : Malheur à nous ! car il n’en a jamais été ainsi auparavant. 8Malheur à nous ! Qui nous délivrera de la main de ces dieux puissants ? Ce sont là les dieux qui ont frappé les Égyptiens de toutes sortes de plaies dans le désert. 9Philistins, fortifiez-vous et soyez hommes, de peur que vous ne soyez asservis aux Hébreux, comme ils vous ont été asservis ! Soyez hommes, et combattez !  10Et les Philistins combattirent, et Israël fut battu ; et ils s’enfuirent chacun à sa tente ; et la défaite fut très grande, et il tomba d’Israël trente mille hommes de pied. 11Et l’arche de Dieu fut prise, et les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, moururent. 
12Et un homme de Benjamin courut de la bataille, et vint à Silo ce même jour, ayant ses vêtements déchirés, et de la terre sur sa tête. 13Et il entra, et voici, Éli était assis sur un siège, aux aguets, à côté du chemin ; car son coeur tremblait pour l’arche de Dieu. Et l’homme entra pour annoncer dans la ville [ce qui était arrivé] ; et toute la ville jeta des cris. 14Et Éli entendit le bruit des cris, et dit : Qu’est-ce que ce bruit de tumulte ? Et l’homme vint en hâte et informa Éli. 15Or Éli était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, et il avait les yeux fixes et il ne pouvait voir. 16Et l’homme dit à Éli : Je viens de la bataille, et je me suis enfui de la bataille aujourd’hui. Et [Éli] dit : Qu’est-il arrivé, mon fils ?  17Et celui qui portait le message répondit et dit : Israël a fui devant les Philistins, et même il y a eu une grande défaite du peuple, et aussi tes deux fils, Hophni et Phinées, sont morts, et l’arche de Dieu est prise. 18Et il arriva que, lorsqu’il mentionna l’arche de Dieu, [Éli] tomba à la renverse de dessus son siège, à côté de la porte, et se brisa la nuque et mourut ; car c’était un homme âgé et pesant. Et il avait jugé Israël quarante ans. 
19Et sa belle-fille, femme de Phinées, était enceinte, près d’accoucher ; et elle entendit la nouvelle que l’arche de Dieu était prise, et que son beau-père et son mari étaient morts, et elle se courba et enfanta, car les douleurs la surprirent. 20Et comme elle se mourait, celles qui se tenaient auprès d’elle [lui] dirent : Ne crains point, car tu as enfanté un fils. Et elle ne répondit pas et n’y fit pas attention ;  21et elle appela l’enfant I-Cabodc, disant : La gloire s’en est allée d’Israël ; – parce que l’arche de Dieu était prise, et à cause de son beau-père et de son mari. 22Et elle dit : La gloire s’en est allée d’Israël, car l’arche de Dieu est prise. 

(Traduction J.N. Darby)

Notes

a. la pierre de secours.

b. ou : dessus des chérubins, ici et ailleurs.

c. où est la gloire ? ou : privé de gloire.

1. Le jugement du peuple et de la sacrificature

Trente ans environ se sont écoulés entre les récits des chapitres 2 et 41. De quelle patience use notre Dieu ! Mais les fils d’Éli ne se sont pas repentis [Ecc. 8. 11].

Samuel a vraisemblablement une trentaine d’années à cette époque. Comme tout lévite, son rôle était d’enseigner le peuple [Deut. 33. 10 ; 2 Chr. 17. 9 ; 30. 22]. De plus, il était prophète, allant de lieu en lieu pour encourager et exhorter chacun. Israël apprit ainsi à reconnaître son autorité (3. 20 ; 7. 15-17).

Première défaite devant les Philistins : v. 1, 2

Depuis vingt années déjà, les Philistins dominaient sur Israël [Jug. 13. 1 ; 14. 4 ; 15. 11] en dépit de leur destruction massive à la mort de Samson [Jug. 16. 30]. Pour essayer de secouer ce joug, les Israélites engagent la bataille. Croient-ils jouir de la faveur de l’Éternel qui se révélait désormais par sa parole (3. 21) ? Toujours est-il que, bien présomptueusement et sans consulter Samuel, détenteur de la parole de Dieu, ils décident l’attaque. Ils méconnaissent leur état réel et suivent leurs propres désirs : aussi l’échec est inéluctable. Ils auraient dû se souvenir de la défaite d’Aï [Jos. 7] et aussi de la destruction de Benjamin [Jug. 20].

Ils se rassemblent à Ében-Ézer2, dont le nom est donné ici par anticipation. Là, par grâce, sera placé le témoignage à la fidélité de Dieu (7. 12). Mais pour l’heure, il ne faut pas compter sur le secours de l’Éternel, qui n’a pas été consulté [Ps. 81. 13, 14].

Les Philistins, de leur camp situé à Aphek, ville de l’ouest d’Éphraïm, vont remporter une première victoire. Contrairement aux Égyptiens et aux Assyriens, ils ont leur territoire en Canaan. Ils sont pour nous une image de l’ennemi intérieur, c’est-à-dire de la chair qui agit dans le chrétien et dans la chrétienté. Son influence redoutable ne peut être vaincue par notre propre force [Ex. 13. 17 ; Rom. 7]. La victoire sur la chair ne s’obtient que par le Saint Esprit.

Le recours à l’arche : v. 3-5

Les anciens d’Israël reconnaissent spontanément le doigt de l’Éternel dans cette défaite. Mais ce “pourquoi” (v. 3) est-il interrogateur ou accusateur [Prov. 19. 3] ? Y a-t-il une recherche sérieuse, en soi-même, de la cause de cet échec ? Aucune humiliation ne se manifeste, contrairement à l’affaire d’Acan et à la lutte contre les Benjaminites [Jos. 7. 6 ; Jug. 20. 26].

Les Israélites font alors appel à l’arche. Quelle folie de compter sur elle sans compter sur le Dieu de l’arche ! Et quelle superstition de s’attendre au symbole matériel de la présence de Dieu quand le cœur n’est pas en règle avec lui ! Au demeurant, n’est-il pas étrange, après avoir reconnu que la défaite était de la part de l’Éternel, de désirer sa présence au moyen de l’arche pour un deuxième combat ? Pensent-ils, avec nostalgie, à l’efficacité de l’arche dans le Jourdain ou devant les murs de Jéricho ? Dans le désert, l’arche prenait elle-même l’initiative de ses déplacements pour conduire le peuple et Moïse disait : “Lève-toi, Éternel ! et que tes ennemis soient dispersés !” [Nom. 10. 35] Maintenant le peuple était dans le pays et l’arche devait demeurer au lieu que l’Éternel avait choisi [Deut. 12. 5, 11, 14, 18].

Plus tard, Jérémie dénoncera la prétention à se glorifier de la présence de Dieu : “Ne mettez pas votre confiance en des paroles de mensonge en disant : c’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel” [Jér. 7. 4]. De toute façon, on ne peut pas faire venir Dieu à soi, on doit aller vers lui. C’est un principe pratique permanent [Jac. 4. 8].

Les fils d’Éli même sont avec l’arche. Quelle inconscience et quelle inconséquence ! Les cris qui accueillent l’arche à son entrée dans le camp sont plus des cris d’excitation collective que des cris de victoire (17. 20) [Jos. 6. 10, 20 ; Jug. 7. 18, 20]. On prétendrait se servir du nom de Dieu sans s’être jugé. La terre tremble à ces cris mais le ciel reste insensible. L’arche est appelée ici avec emphase : “l’arche de l’alliance de l’Éternel des armées, qui siège entre les chérubins” (v. 4)3.

De nos jours, chez certains qui se disent chrétiens, il y a beaucoup d’apparat (représenté ici par l’arche, les vêtements sacerdotaux), beaucoup de bruit dans les réunions. Mais si on ne s’est pas jugé auparavant, les plus beaux cantiques ne seront qu’un bruit insupportable pour Dieu [Amos 5. 23].

La réaction des Philistins : v. 6-9

La peur des Philistins est bien compréhensible. Pour ces gens habitués aux images taillées, l’arche de l’Éternel équivaut à l’Éternel lui-même. La sortie d’Égypte par la puissance de l’Éternel est dans toutes les mémoires [Jos. 2. 10], et comme pour tous ceux qui ne connaissent pas le seul vrai Dieu, les ressources sont en eux-mêmes : “Philistins, fortifiez-vous !” (v. 9) Nous savons que maudit est l’homme qui se confie en l’homme, mais que béni est celui qui se confie en l’Éternel [Jér. 17. 5 ; Phil. 4. 13 ; 2 Tim. 2. 1].

La seconde défaite d’Israël et ses conséquences : v. 10, 11

La description du désastre d’Israël est brève et dramatique. Asaph mettra en poème ce souvenir terrible : “Il livra à la captivité sa force, et sa magnificence en la main de l’ennemi ; et il livra son peuple à l’épée… Leurs sacrificateurs tombèrent par l’épée, et leurs veuves ne se lamentèrent pas” [Ps. 78. 61, 62, 64]. Cette terrible scène confirme que la faveur et la présence de Dieu ne peuvent être revendiquées en dehors du jugement du mal. “Je ne serai plus avec vous si vous ne détruisez l’anathème du milieu de vous” [Jos. 7. 12]. Les promesses de victoire même en cas d’infériorité numérique [Lév. 26. 8 ; Deut. 32. 30 ; Jos. 23. 10] ne peuvent se réaliser.

Anne avait chanté la gloire future du roi. Mais pour l’heure, cette gloire s’en est allée. La demeure de Silo est abandonnée [Ps. 78. 60]. L’arche est prise par les Philistins et ne reviendra plus à Silo, ni même en Éphraïm [Jér. 7. 12-14].

La fin d’Éli : v. 12-18

Pendant ce temps, Éli tremble d’angoisse pour l’arche. Le tumulte de la confusion (v. 14) qui succède aux cris de la présomption (v. 5) accroît son inquiétude. Le messager mentionne la prise de l’arche en dernier lieu, comme un fait peut-être accessoire. Or, pour Éli, c’était l’essentiel. Il meurt de tristesse, non pas en apprenant la mort de ses fils, mais en comprenant que l’arche est prise. Quelle remarquable preuve d’attachement à son Dieu ! S’il lui a manqué pendant sa vie l’énergie de la fidélité, sa piété personnelle brille magnifiquement à la fin de sa vie. Au fond de lui, il aimait l’Éternel plus que ses fils.

La naissance d’I-Cabod : v. 19-22

Le témoignage de la femme de Phinées est aussi clair. Sa plus grande douleur est la perte de l’arche. Rien ne peut la consoler, pas même la naissance d’un fils. Le nom donné à l’enfant gardera le souvenir solennel du jugement de Dieu sur son peuple. Ainsi, en contraste avec le peuple qui se sert de l’arche à ses propres fins, Éli et sa belle-fille montrent dans leur mort leur réel attachement à l’Éternel.

Ce contraste se retrouve aujourd’hui : combien de personnes bafouent le Seigneur, prétendant « l’emmener » avec eux, se réclamant de lui et se glorifiant de sa présence, tout en méconnaissant ou en méprisant sa personne. Ne nous glorifions donc pas de nos privilèges, en oubliant la responsabilité qui en découle ; et ne soyons pas satisfaits d’une position ecclésiastique qui ne correspondrait pas à notre condition morale. En particulier, n’ayons pas de prétentions déplacées sur la vertu de la présence du Seigneur, sans en réaliser la solennité ; mais attachons toujours nos cœurs à lui.

Notes
1 –

Il y aurait simultanéité entre le livre des Juges et celui de 1 Samuel. Ce chapitre 4 ferait directement suite à Juges 16. Samson, qui a jugé le peuple vingt ans, mourut vraisemblablement peu de temps avant Éli qui, lui, a “jugé” (dans le sens d’exercer la sacrificature) pendant quarante ans (v. 18), soit entre 1110 et 1070 environ av. J.C.

2 –

Ce lieu se trouve à Mitspa (ou Mitspé) de Benjamin (à ne pas confondre avec d’autres Mitspa de Juda, de Gad ou de l’Hermon).

3 –

Voir le Complément sur l’arche de l’Éternel (vol. 3).

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