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Épître aux Colossiens
Sondez les Écritures - 3ème année

Introduction
Jean Muller : Chapitres 1 à 4

Colosses et l’évangile

Colosses était une petite ville de la province de Phrygie, en Asie mineure, la Turquie actuelle. Située à 160 km à l’est d’Éphèse, elle était proche de Laodicée et de Hiérapolis, deux autres villes mentionnées dans l’épître (2. 1 ; 4. 13, 16). L’apôtre Paul avait traversé la Phrygie à deux reprises [Act. 16. 6 ; 18. 23], mais il ne semble pas qu’il se soit arrêté à Colosses ; en effet, les Colossiens ne connaissaient pas son visage (2. 1).

L’évangile avait donc été prêché dans cette région par d’autres que Paul, notamment Epaphras, fidèle serviteur du Christ et compagnon de service de l’apôtre (1. 7). Les assemblées formées à la suite de son travail entretenaient d’heureuses relations de communion (4. 15, 16).

Le but de la lettre aux Colossiens

Paul a écrit cette lettre au cours de sa première captivité à Rome (dans les années 62-63). Il jouissait alors d’une certaine liberté, entouré de quelques fidèles amis : Timothée, Luc, Aristarque, Tychique et Epaphras. Ce dernier lui avait apporté des nouvelles récentes de Colosses. L’état général de l’assemblée était très bon, comme le montre le début de la lettre ; l’apôtre reconnaît tout le travail de la grâce de Dieu qui entretenait chez les Colossiens la foi, l’amour et l’espérance.

Mais de faux docteurs essayaient de propager parmi eux des erreurs dangereuses qui ont causé plus tard de grands ravages dans l’assemblée. Chez les Galates, des docteurs judaïsants avaient déjà prêché le retour à la loi (l’obligation de la circoncision en particulier), en annulant ainsi la grâce de l’évangile [Act. 15. 1-5 ; Gal. 2. 12 ; 5. 2, 11, 12]. A Colosses, le danger était différent, et tout aussi subtil. D’un côté, les faux docteurs étaient aussi des judaïsants qui voulaient imposer les ordonnances de la loi aux chrétiens. Mais, de l’autre côté, sous le couvert de différentes philosophies (grecque, égyptienne, perse et hindoue), ils propageaient des idées gnostiques1 et s’attaquaient aux gloires de Christ. Ils accordaient aux anges une puissance excessive dans le monde invisible, tandis qu’ils rabaissaient la personne de Christ au rang inférieur d’une créature, osant ainsi nier même sa prérogative et ses gloires de Dieu Créateur. Ils affirmaient que la matière est la vraie source du mal dans le monde ; par suite, ils niaient que la création soit l’œuvre de Dieu. Pour se libérer de la nature mauvaise, il fallait se soumettre à un ascétisme2 poussé à l’extrême. Ils propageaient ainsi des enseignements de démons, en interdisant de manger des viandes et de se marier [1 Tim. 4. 3]. Chose étrange, cette recherche d’une fausse spiritualité s’accompagnait d’une vie dissolue (ce qui est souvent le cas des faux docteurs dans tous les temps).

La lettre que Paul écrit aux Colossiens, (l’une des quatre qui datent de la première captivité de l’apôtre à Rome3) répond à ces dangers et développe les ressources de la grâce de Dieu en Christ pour nous en garder. Dieu a laissé le mal doctrinal se propager dans les assemblées déjà du temps des apôtres ; ainsi, des instructions morales nous sont données par l’enseignement même de leurs épîtres, pour nous avertir et nous garder de tels dangers.

A notre époque, le légalisme remplace le judaïsme, tandis que l’intellectualisme et le mysticisme remplacent le gnosticisme. Pour ne pas nous laisser entraîner par ces deux courants, notre sécurité est de revenir toujours à la simplicité quant au Christ [2 Cor. 11. 3], en tenant ferme à ce qui nous a été enseigné dès le commencement [1 Jean 2. 14].

Place de l’épître aux Colossiens dans les écrits de Paul

La responsabilité de l’homme et les desseins de Dieu

Les écrits de Paul montrent les résultats de l’œuvre de Christ (sa mort et sa résurrection) et de son élévation dans la gloire : former pour Dieu un peuple céleste destiné à habiter le ciel pour l’éternité. Le Saint Esprit présente cette vérité sous deux aspects différents, bien qu’inséparablement liés :

– 1. La responsabilité de l’homme : par nature, l’homme est coupable, souillé et ennemi de Dieu. Il faut une œuvre de Dieu en sa faveur pour répondre à son état : c’est la croix de Christ, la base de tout. Mais il faut aussi un travail dans l’homme pour qu’il soit placé au bénéfice de l’œuvre de Christ : la foi et la grâce, le don de la justice qui justifie et qui communique la vie éternelle. L’épître aux Romains présente cet aspect de la vérité de Dieu.

– 2. Les desseins de Dieu : par nature, tous les hommes sont morts dans leurs fautes aux yeux de Dieu. Dans ses desseins éternels, Dieu voulait choisir, du milieu de cette humanité perdue, un peuple céleste pour lui. L’œuvre de Christ en permet l’accomplissement : tirer des hommes de leur mort morale, pour les vivifier (spirituellement), les ressusciter avec Christ, les faire asseoir dans les lieux célestes et là, enfin, les bénir dans le Christ Jésus pour l’éternité. L’épître aux Éphésiens montre cet autre aspect du christianisme.

Ces deux points de vue sont développés simultanément dans l’épître aux Colossiens. Ainsi, dans son état antérieur, le croyant y est vu à la fois comme étant autrefois mort dans ses fautes (2. 13), mais aussi comme vivant dans ce qui appelle la colère de Dieu (3. 7). L’épître aux Colossiens établit ainsi le lien entre les deux épîtres aux Romains et aux Éphésiens.

Le désert et les lieux célestes

Pour Israël autrefois, le Jourdain, image du fleuve de la mort, séparait le désert du pays de la promesse. Après avoir sacrifié la Pâque et traversé la mer Rouge, le peuple racheté d’Égypte a passé le Jourdain en laissant le désert derrière lui pour entrer dans sa terre. Le chrétien, lui, est encore dans le monde (le désert spirituel), mais se tient déjà par la foi dans le pays (les lieux célestes) jusqu’à la réalisation de son espérance, la venue de Christ. L’épître aux Romains (comme celle aux Hébreux et les épîtres de Pierre) montre le croyant encore dans le monde. L’épître aux Colossiens le montre comme venant de traverser le Jourdain. Il est ressuscité avec Christ (le symbole des douze pierres placées à Guilgal)4, ayant passé par la circoncision du Christ (2. 11), le secret de la liberté chrétienne. Toutes les instructions pratiques de l’épître en découlent. Mais une espérance est aussi réservée au chrétien en Christ dans les cieux (1. 5, 27). L’épître aux Éphésiens complète le tableau des desseins de Dieu à notre égard. Les croyants sont déjà vus dans les lieux célestes, là où Christ se trouve ; ils sont bénis en lui, assis avec lui, rendant témoignage devant les autorités célestes, et ils sont engagés dans un combat pour acquérir la jouissance de leur héritage. Là encore, l’épître aux Colossiens relie les deux épîtres aux Romains et aux Éphésiens.

La vie de Christ et le Saint Esprit

Dans l’épître aux Éphésiens, le Saint Esprit tient une place importante. On le trouve successivement mentionné en rapport avec :

– le sceau de l’appel céleste et les arrhes de l’héritage (ch. 1) ;

– tous les croyants (juifs et ceux des nations) unis ensemble pour constituer une habitation de Dieu (ch. 2) ;

– la révélation du mystère de Dieu et l’intelligence pour le comprendre (ch. 3) ;

– le sceau de l’unité pratique des croyants sur la terre et le secret de leur marche à la gloire de Dieu (ch. 4 et 5) ;

– enfin, les deux armes offensives du croyant dans le combat : l’épée de l’Esprit et la prière par l’Esprit (ch. 6).

Dans l’épître aux Colossiens, au contraire, le Saint Esprit n’est mentionné qu’une seule fois, et encore d’une manière incidente (1. 8). Mais Christ est présenté avec beaucoup de détails, comme étant la vie du croyant (3. 4), ce qui est d’une importance égale.

L’apôtre présente plutôt aux Éphésiens la position des chrétiens (“nous en Christ”), aux Colossiens, le caractère de leur vie et de leur marche (“Christ en nous”). Toutefois, le caractère de ces deux épîtres est très proche.

Christ et son corps

Les trois épîtres de Paul aux Éphésiens, aux Colossiens et aux Corinthiens présentent les croyants formant ensemble le corps de Christ, unis indissolublement à lui, la Tête, le Chef. Chaque épître montre un aspect particulier de ce joyau des desseins éternels de Dieu :

– L’épître aux Colossiens montre les gloires de la Tête du corps, en qui habite toute la plénitude de la déité (1. 19 ; 2. 9).

– La première épître aux Corinthiens montre la vie du corps de Christ sur la terre, dont tous les croyants sont les membres [1 Cor. 12. 12, 27].

– L’épître aux Éphésiens montre l’assemblée, corps de Christ, comme la plénitude (le complément) de celui qui remplit tout en tous [Eph. 1. 23]. Tous les dons pour le corps découlent de la Tête, Christ dans le ciel [Eph. 4. 7-13].

Un tableau (page suivante) résume cette comparaison entre les épîtres.

Plan de l’épître aux Colossiens

Dans sa sollicitude pour les Colossiens, l’apôtre doit reprendre point par point toutes les erreurs déjà infiltrées parmi eux, et qui les détachaient de la personne de Christ, voilant ses gloires merveilleuses à leurs yeux.

Avant de le faire, il se plaît d’abord à reconnaître tout ce qu’il y avait de bon parmi eux ; puis, il prie pour eux et leur parle de Christ, le Créateur, le centre de l’univers et des desseins éternels de Dieu.

Alors, il les met en garde contre tous les dangers qui les guettaient (c’est le but principal de sa lettre) ; puis, il déploie devant eux le tableau le plus complet de la vie de Christ dans la marche des croyants sur la terre.

Cet ordre moral de l’épître conduit ainsi naturellement au plan suivant, adopté pour le commentaire :

Première partie  : Les Colossiens et la grâce de Dieu  : Ch. 1. 1-8

1. Salutations : v. 1, 2

2. Les actions de grâces de Paul : v. 3-8

Deuxième partie  : La prière de Paul et les gloires de Christ  : Ch. 1. 9-29

1. La prière de Paul : v. 9-14

2. Christ, premier-né de la création : v. 15-17

3. Christ, premier-né d’entre les morts : v. 18-20

4. La réconciliation des croyants et l’évangile : v. 21-23

5. Le mystère de l’assemblée : v. 24-29

Troisième partie. La pleine valeur de Christ et de son œuvre  : Ch. 2. 1-19

1. Marcher en Christ : v. 1-7

2. La philosophie. La circoncision du Christ et le baptême : v. 8-12

3. Le légalisme et la croix de Christ : v. 13-15

4. Liberté chrétienne, ritualisme et mysticisme : v. 16-19

Quatrième partie  : Morts et ressuscités avec Christ. La vraie vie chrétienne  : Ch. 2. 20 à 4. 6

1. Morts avec Christ aux éléments du monde. Le danger de l’ascétisme : 2. 20-23

2. Morts et ressuscités avec Christ, notre vie : 3. 1-4

3. Mortifier nos membres sur la terre : 3. 5-7

4. Dépouiller le vieil homme et revêtir le nouvel homme : 3. 8-11

5. Revêtir les caractères de Christ : 3. 12-15

6. La parole du Christ en nous : 3. 16, 17

7. Le chrétien et le mariage : 3. 18, 19

8. Le chrétien dans la famille : 3. 20, 21

9. Le chrétien dans la société : 3. 22 à 4. 1

10. La prière et le témoignage devant le monde : 4. 2-6

Cinquième partie  : Paul et les Colossiens  : Ch. 4. 7-18

1. Le message de Paul par Tychique et Onésime : v. 7-9

2. Les salutations : v. 10-18

Tableau comparatif des épîtres de Paul
Notes
1 –

Le mot “gnosticisme” vient du grec “gnôsis”, connaissance ou science. L’apôtre en parle comme de “la connaissance faussement ainsi nommée” (1 Tim. 6. 20).

2 –

“Ascétisme”  : ensemble de règles ayant pour objet de libérer l’esprit de l’homme par le mépris du corps, auquel on impose des exercices de pénitence, de privation et de mortification.

3 –

Ce sont les épîtres aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.

4 –

Voir commentaire sur le livre de Josué, vol. 2.